Le 18 juin 2018, un membre de la rédaction s'est rendu au Mémorial du Special Air Service à Sennecey-le-Grand, à environ 50 km au sud de Beaune. Par coïncidence, une cérémonie avait lieu ce jour-là, au cours de laquelle une trentaine de jeunes soldats du 1er régiment de parachutistes de l'infanterie de marine ont reçu leur fourragère (cordon d'honneur, peut-être la meilleure traduction), symbolisant leur incorporation dans cette unité. Le choix de ce lieu pour cet événement est hautement symbolique.
Service aérien spécial SAS
David Stirling, jeune lieutenant, était au cœur de la première unité du SAS. Début 1941, il faisait partie de la « Layforce » (du nom de son commandant, le lieutenant-colonel Robert Laycock), composée de plusieurs unités de commandos en Méditerranée orientale. Hospitalisé après un saut en parachute raté, Stirling élabora ses idées pour une unité de type guérilla opérant derrière les lignes ennemies pour des missions de renseignement et de sabotage. Il décida de soumettre immédiatement sa proposition à la plus haute autorité militaire possible afin qu'elle ne finisse pas dans un tiroir avec les gratte-papier du quartier général. Il se présenta au quartier général du Moyen-Orient avec des béquilles, mais l'entrée lui fut refusée. Il réussit à ramper par-dessus ou à travers le grillage (sans béquilles) et, fuyant les gardes qui le poursuivaient, il ouvrit porte après porte jusqu'à tomber sur le commandant en second. La suite appartient à l'histoire : David Stirling fut autorisé à mettre ses idées en pratique, et c'est ainsi que naquit le Special Air Service. Au départ, le SAS opérait dans le désert d'Afrique du Nord, mais en 1944, il était devenu une brigade comprenant les 1er et 2e SAS britanniques, les 3e et 4e SAS français et le 5e SAS belge.
Pourquoi un mémorial à Sennecey-le-Grand ?
Le 4 septembre 1944, des membres du 3e SAS français menèrent à Sennecey-le-Grand une action qui laissa des traces. Le 6 juin 1944, les Alliés débarquèrent en Normandie, suivis du débarquement dans le sud de la France le 15 août 1944. Contrairement à la Normandie, les troupes allemandes du sud opposèrent peu de résistance et se replièrent massivement vers le nord par la vallée du Rhône. Après la percée des lignes allemandes par le général Patton à Avranches, en Normandie, le 25 juillet 1944, une petite unité SAS française, composée de quatre jeeps armées et dirigée par Guy Combaud de Roquebrun, en profita pour se diriger vers l'est. Ils opéraient derrière les lignes allemandes pendant plusieurs semaines, déplorant un mort et deux blessés. Début septembre 1944, ils se retrouvèrent en Saône-et-Loire, où ils rejoignirent un groupe de trois SAS parachutés. Ils reçurent l'ordre d'attaquer un convoi allemand en retraite dans le village de Sennecey-le-Grand. Cependant, faute de renseignements précis sur les effectifs allemands et la situation locale, les actions prévues par la Résistance française, censées être coordonnées avec celles du SAS, ne se déroulèrent pas comme prévu. Les quatre jeeps foncèrent néanmoins vers les Allemands, mais à l'entrée du village, les choses tournèrent mal : prenant un virage serré trop rapidement, le guide de la première jeep chuta, et une autre quitta la route et s'écrasa, blessant trois autres. Les trois autres jeeps s'enfoncèrent plus profondément dans le village, tirant de toutes leurs forces sur le convoi allemand, qui subit d'énormes pertes (entre 850 et 3 1100 morts et blessés, selon les rapports). À l'entrée du village, ils firent demi-tour pour des raisons inconnues. La première jeep resta coincée lorsqu'un vélo, coincé sous ses roues, essuya des tirs. La deuxième jeep subit le même sort, et la troisième fut touchée par une grenade Panzerfaust.
C'est pourquoi Sennecey-le-Grand a été choisi pour accueillir le mémorial du SAS. Initialement conçu comme un mémorial purement français, il est devenu un mémorial pour toutes les nationalités du Special Air Service. Conçu par Jean Melinand, lui-même vétéran du 3e SAS, il a été inauguré le 4 septembre 1984, en présence notamment de David Stirling.
Le mémorial se dresse à l'endroit même où les quatre jeeps ont effectué leur raid meurtrier. Il comprend plusieurs petites plaques portant les noms de tous les soldats SAS tombés au combat, toutes nationalités confondues.
Il y a aussi un petit musée SAS sur la place qui entoure l'église. Il semblerait qu'il ne soit ouvert qu'à des horaires précis, mais vous pouvez contacter l'Office de Tourisme sur la même place pour plus d'informations et obtenir les tarifs.
La rue principale qui traversait l'ancien centre du village s'appelait Avenue du 4 septembre 1944. Une rue latérale de cette rue principale s'appelait Rue Guy de Combaud, et là où cette rue latérale rejoint la rue principale, un mémorial se dresse sur une petite île au centre : il marque l'endroit où Guy Combaud de Roquebrun, chef de la mission, a été tué.
La connexion belge
Comme mentionné précédemment, la brigade SAS comprenait également une unité belge. Créée en 1942, les Belges s'entraînèrent initialement uniquement comme parachutistes. Ils furent recrutés parmi l'infanterie belge, dont beaucoup menaient une existence plutôt monotone à l'époque et n'appréciaient que de voir un peu d'action grâce à leur entraînement de parachutiste. En décembre 1943, ils se rendirent en Écosse pour un mois d'entraînement intensif spécialisé. En février 1944, ils furent intégrés à la brigade SAS. En juillet 1944, ils furent déployés pour la première fois pour ralentir la retraite de l'armée allemande et l'empêcher de traverser la Seine. Plus tard, ils furent également déployés en Belgique (Ardennes et Limbourg) et aux Pays-Bas. Plusieurs membres belges du SAS furent tués lors de ces opérations, et leurs noms sont inscrits sur le mémorial du SAS à Sennecey-le-Grand. Après la guerre, cette unité SAS belge formerait le noyau du 1er bataillon de parachutistes.
Les noms belges suivants sont répertoriés au mémorial SAS de Sennecey-le-Grand (informations de http://www.bel-memorial.org/)
BATAILLE Etienne, né à Wevelgem le 31 octobre 1931, décédé à Withington, Royaume-Uni le 19 avril 1943
BECHET Albert, né en 1926, décédé à Westerscheps, Allemagne le 28 avril 1945
BREUER Jean Louis, né à Herstal le 22 août 1923, décédé à Meppen, Allemagne le 14 avril 1945
CARETTE Roger, décédée à La Chartre-sur-le-Loir, Sarthe, France le 9 août 1944
Florent DE PAUW, décédé à Withington, Royaume-Uni le 19 avril 1943
DEVIGNEZ Denis, décédé à Beerta, Pays-Bas le 17 avril 1945
HAZARD Etienne, né à Fontaine-Valmont, le 4 novembre 1926, décédé le 27 août 1945 des suites de blessures reçues à Veele, Pays-Bas, le 12 avril 1945
HENNEQUIN DE VILLERMONT Claude, né à Bruxelles le 29 octobre 1923, décédé à Bure, Belgique le 31 décembre 1944
HOLVOET Raymond André, né à Courtrai le 20 janvier 1924, décédé à Zwolle aux Pays-Bas le 10 avril 1945
KHAN Raymond, décédé à 's Gravenwezel le 11 septembre 1945
LIMBOSCH Frédéric, né à Westhamstead, Royaume-Uni le 30 octobre 1916, décédé à Peer le 8 septembre 1944
LORPHEVRE Emile, né le 9 décembre 1922, décédé à Bure, Belgique le 31 décembre 1944
LOX Jean, né le 1er mars 1910, décédé à Samrée-Bois-Saint-Jean, Belgique le 10 septembre 1944
MAGRIET Frans, décédé à Flensburg, Allemagne, le 29 mai 1945
MATHYS Charles, décédé à Hechtel, le 4 mars 1945
MELSENS Jean, décédé à Meeuwen le 10 septembre 1944
POLYS Nicolas, décédé à Warrington, Royaume-Uni, le 6 mars 1945
RENKIN Paul, né à Bruxelles le 19 novembre 1915, décédé à Bure, Belgique le 31 décembre 1944
ROLIN Philippe, né à Bruxelles, le 27 juin 1923, décédé à Veele, Pays-Bas, le 12 avril 1945
RUSCART Paul, décédé à Wilhelmshaven, Allemagne, le 2 mai 1945
SCHEPERS Léon, décédé à 's Gravenwezel le 11 septembre 1945
WATHELET Joseph, décédé à Finsterwolde, Pays-Bas le 15 avril 1945
WUYTJENS Mathys, décédé le 11 septembre 1945













