Dans le petit cimetière d'Aineffe (Faimes), nous avons découvert le caveau funéraire de la famille d'Otreppe de Bouvette. Plusieurs membres de cette famille ont été actifs dans l'aviation belge au fil des ans.
Le premier nom que l'on rencontre dans l'histoire de l'aviation belge est celui du baron Emmanuel Marie Joseph Ghislain d'Otreppe de Bouvette, né à Liège le 14 mai 1904. Il débute sa formation de pilote militaire avec le 39e Promu élève pilote le 18 septembre 1925, il obtient sa licence de pilote militaire le 12 novembre 1926. Pilote fraîchement qualifié, il rejoint l'un des escadrons du IIIe Groupe, 2e Régiment aérien de Bierset. Lors d'un exercice le 29 juillet 1927, le sergent d'Otreppe et son observateur, l'adjudant Jo Commont, rencontrèrent des problèmes avec leur De Havilland DH-4 E-55. L'équipage sauta en parachute, mais le parachute du sergent d'Otreppe ne s'ouvrit pas et il s'écrasa. L'adjudant Commont atterrit indemne.
Le baron Jean d'Otreppe de Bouvette, né le 16 février 1920 à Liège et décédé le 6 mai 2018 à Bruxelles, fut également actif dans l'aviation pendant presque toute sa vie. Il était le neveu du baron Emmanuel d'Otreppe de Bouvette.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, il s'engagea volontairement dans l'Aviation militaire belge. Il rejoignit ensuite la Résistance, mais s'enfuit en Grande-Bretagne en 1943. Souhaitant rejoindre la Royal Air Force, il fut refusé. Il rejoignit alors la Brigade Piron (du nom de son commandant, Jean-Baptiste Piron), avec laquelle il débarqua en Normandie le 8 août 1944 et libéra plusieurs villages et villes français. Ils franchirent la frontière franco-belge le 3 septembre 1944 et arrivèrent à Bruxelles le lendemain.
Après la guerre, Jean d'Otreppe réalisa son ambition de devenir pilote. Il fit partie de la première promotion d'élèves-pilotes de l'École de l'aviation civile. Cette promotion s'entraîna d'avril à novembre 1952. Il connut ensuite une longue carrière à la Sabena, prenant sa retraite en 1993 avec 1 18.000 heures de vol à son actif. Pilote de planeur passionné, il détenait plusieurs records belges :
Le 24 avril 1956, il effectue un vol aller-retour de La Ferté Alais à Blois-le-Breuil (France) à bord d'un planeur français Air 100, établissant ainsi le record belge de distance à 255 800 km.
Les 3èmes Championnats du Monde de Vol à Voile se sont déroulés à Saint-Yan, en France, du 29 juin au 13 juillet 1956. Jean d'Otreppe était membre de l'équipe belge.
Le 28 mai 1957, il pilote un Schleicher Ka2b de Temploux à Angers en France, établissant un record belge de distance de 511 300 km avec une cible prédéterminée.
Et enfin, le 9 juillet 1957, il établit un record de vitesse belge en parcourant à bord d'un Ka2b un parcours triangulaire de 100 km de Saint-Hubert à Les Epioux, Gedinne et retour à Saint-Hubert à une vitesse moyenne de 37 km/h.
En 1972, il acheta son propre planeur, le Rolladen-Schneider LS-1d OO-ZBP, qu'il pilota jusqu'en 1977. Entre-temps, il avait également été pris par l'envie de construire son propre avion. Son premier projet fut un autogire Bensen B-8M en 1969, immatriculé OO-57. La même année, il construisit un Pottier P-40, immatriculé OO-68. Il s'agissait d'un type d'avion inhabituel, dépourvu d'empennage. Le prototype, construit en France, effectua son premier vol en 1975. Ce projet fut brièvement interrompu en 1978 lorsqu'il entreprit la construction d'un Rutan Vari-Eze. Ce Vari-Eze fut immatriculé OO-101 en décembre 1983. Le projet Pottier P-40 fut alors achevé ; il s'agissait, à notre connaissance, du deuxième P-40, et aucun autre exemplaire ne fut construit. Un homme averti en vaut deux, et Jean d'Otreppe souhaitait donc aborder le premier vol avec prudence, fort de son expérience sur ce type d'appareil en France. Il chercha l'opportunité d'effectuer les premiers vols sur un aérodrome doté d'une longue piste, mais ne fut jamais accueilli. Son P-40 ne vola jamais et fut finalement donné au Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire. Il y fut aperçu pour la première fois fin 1998 et est accroché à la charpente du hall de l'aviation depuis 2004.
Le baron Jean d'Otreppe de Bouvette est décédé le 6 mai 2018 à Bruxelles.
Un troisième membre de la famille était actif dans l'aviation ultralégère, un secteur en plein essor à partir de la fin des années 1970. Le baron Bernard d'Otreppe de Bouvette était le fils de Jean d'Otreppe. Avec François Goethals, tous deux ingénieurs aéronautiques, il fonda Aviasud Engineering (1982-1994). Ils construisirent trois types d'ULM : le monoplace Sirocco, le biplace/biplan Mistral et le biplace Albatros. Aviasud construisit 150 Sirocco et une trentaine pour la société belge Aériane. Les droits furent ensuite cédés à la société néerlandaise ACLA ; celle-ci modernisa le Sirocco et en construisit quelques exemplaires sans réel succès commercial. Selon les sources, 202 ou 223 Mistral sortirent des ateliers d'Aviasud, en version monomoteur à hélice tractive et en version bimoteur à hélice propulsive et à hélice tractive. L'Albatros a atteint une production de 160 à 170 exemplaires. En septembre 2024, la société allemande Alphafrog (https://alphafrog.de/) a présenté une version dérivée au Mondial ULM de Blois, dans la catégorie des 120 kg de poids à vide maximum. Deux versions sont prévues : le G1 avec un moteur thermique de 25 kW et l'eG1 avec un moteur électrique de 20 kW. Leur site web rend hommage aux deux fondateurs d'Aviasud, Bernard d'Otreppe et François Goethals.
Bernard d'Otreppe a participé à plusieurs reprises aux Championnats d'Europe et du Monde d'ULM de la FAI, remportant le titre mondial en 1985 et le titre européen en 1986 en monoplace avec le Sirocco. En 1990, il a également remporté le titre mondial en biplace avec l'Albatros. Le 6 septembre 1988, il a battu le record du monde de distance en ligne droite pour ULM en pilotant un Sirocco modifié (mais baptisé Albatros) de Fréjus, où se trouvait leur usine, à Teeside, en Grande-Bretagne, sur une distance de 1 368,977 km.
Fin 1993, Aviasud Engineering, en difficulté financière, a déposé le bilan, puis a été liquidée judiciairement en 1994. Marc Mathot, ancien collaborateur d'Ultralair, a participé à la création de l'entreprise qui lui a succédé, Aviasud Industries (1995-1997). Aviasud Industries souhaitait commercialiser une version améliorée de l'Ultralair Weedhopper sous le nom de Xpair. Ce dernier serait construit par l'entreprise indienne Raj Hamsa, filiale de la famille française Koechlin. Après la dissolution d'Aviasud, ce projet serait poursuivi avec succès par Raj Hamsa sous le nom de X-Air.
Bernard d'Otreppe est rentré en Belgique après la fermeture d'Aviasud. Il est cependant décédé le 3 juillet 2005 dans un accident avec un Albatros d'Aviasud lors d'un vol entre une propriété privée de Borlez et Maillen.
La famille d'Otreppe de Bouvette était propriétaire de la chapelle de Saives à Aineffe, et ses membres furent inhumés dans le caveau familial, situé dans le petit cimetière qui l'entoure. Aux côtés des trois membres susmentionnés, trois générations de pilotes y reposent. Cependant, les inscriptions du caveau ont beaucoup souffert des intempéries et sont à peine lisibles. En 1980, la chapelle fut cédée à la commune de Faimes pour la somme symbolique d'un franc et restaurée en 1987.










