Sur le mur du cimetière, près des marches menant à l'église et au cimetière, se trouve une plaque commémorative du soldat de première classe Milo C. Huempfner, du 551e bataillon d'infanterie parachutiste. Ce bataillon indépendant était affecté à une unité plus importante selon les besoins. Au début de l'offensive allemande des Ardennes, le 551e bataillon était dans le nord de la France. Il fut envoyé en Belgique le 19 décembre, où il fut rattaché à la 30e division d'infanterie américaine sur le flanc nord allemand.
Le 22 décembre, Milo Huempfner conduisait un camion chargé d'obus de mortier à l'arrière d'un convoi. Dans un virage glissant, il perdit le contrôle et le camion s'écrasa sur le bas-côté. Le soldat de première classe Huempfner reçut l'ordre d'attendre près de son camion endommagé l'arrivée des secours ; si les Allemands atteignaient les lieux, il devait mettre le feu à son chargement pour éviter qu'il ne tombe aux mains de l'ennemi. Le reste du convoi disparut, laissant Milo Huempfner à Leignon. Leignon, près de Dinant, était le point le plus éloigné atteint par les chars allemands en route vers la Meuse ; ils furent finalement stoppés à Celles (Houyet), 10 kilomètres plus à l'ouest.
Le premier soldat à passer fut un lieutenant américain en jeep. Il lui annonça que les Allemands étaient tout près et se dirigeaient vers Leignon. Il exhorta Milo à monter dans sa jeep et à partir. Mais le soldat de première classe Huempfner resta avec son camion endommagé, comme on lui avait demandé. Le suivant fut une jeep dont les occupants « américains » lui demandèrent s'il y avait des soldats américains dans le secteur, après quoi ils poursuivirent leur route. Il s'avéra plus tard qu'il s'agissait d'Allemands en uniformes américains. Ils faisaient partie d'un plan du cerveau de l'opération, Otto Skorzeny, visant à semer la confusion derrière les lignes alliées en utilisant des Allemands en uniformes américains et des véhicules américains.
Finalement, des unités de la 2e Panzerdivision allemande atteignirent Leignon le lendemain. Huempfner mit le feu à son camion et se lança dans une guérilla, seul, avec seulement un fusil M1, un revolver Colt .45 et deux grenades à main. Il réussit à neutraliser plusieurs véhicules blindés allemands et à tuer quelques soldats allemands. Il put également avertir à temps les convois alliés qui s'étaient trop approchés de la présence de troupes allemandes dans le village.
Durant toute cette période, il put compter sur le soutien des habitants de Leignon pour se nourrir et se loger. La veille de Noël, ils lui demandèrent de monter la garde devant l'église pendant qu'ils assistaient à la messe de Noël à l'intérieur. Il monta donc la garde devant la porte de l'église jusqu'à la fin de la messe.
Le jour de Noël, les libérateurs américains étaient tout près, et plusieurs soldats allemands cachés dans une grange se rendirent à Milo Huempfner. Lorsque les premiers Américains entrèrent dans le village, ils le prirent pour un Allemand. Il portait des jumelles allemandes autour du cou et ne pouvait dire à quelle division il appartenait, son unité n'appartenant pas à une unité plus importante. De plus, il ne connaissait visiblement pas le mot de passe, et son nom sonnait plutôt allemand. On le prit pour un espion. Un malentendu compréhensible que les habitants de Leignon réussirent heureusement à dissiper.
Le 9 juin 1945, il reçut la Croix du Service distingué des États-Unis pour ses actions à Leignon et dans ses environs. Il mourut le 6 mars 1965, à seulement 61 ans.
Le 3 février 2002, une plaque commémorative a été apposée sur le mur du cimetière où il avait monté la garde cinquante-huit ans plus tôt, permettant aux habitants de Leignon d'assister aux célébrations de Noël sans être dérangés.





