Charles Jean Joseph Goffin, né à Graide le 9 mars 1913, décédé à Reckange (Mersch), Grand-Duché de Luxembourg, le 8 septembre 1944.
Charles Goffin obtint son brevet de pilote militaire belge entre fin avril et début mai 1938, puis rejoignit le groupe de chasse Nivelles (3/II/2Aé), équipé de Fairey Firefly IIM. Début mars 1940, les premiers chasseurs Fiat CR.42 furent livrés pour rééquiper le 2e groupe.
Le 10 mai 1940, les Cocottes décollèrent de Brustem mais perdirent rapidement la majeure partie de leurs appareils lors des raids aériens allemands. Le 11 mai, ils se replièrent sur Nieuwkerken-Waas et, dans la nuit du 15 au 16 mai, regagnèrent la France. Du 19 mai au 11 juin, ils participèrent à la défense de Chartes avec les Fiat restants. Durant cette période, Charles Goffin effectua plusieurs missions opérationnelles et participa à au moins deux combats aériens contre des avions allemands. Le 11 juin, ils poursuivirent leur route vers Mérignac, près de Bordeaux, où ils restèrent immobilisés après l'armistice français du 25 juin 1940. Début août 1940, les soldats belges encore présents dans le sud de la France furent rapatriés en Belgique. Le lieutenant Charles Goffin rentra en Belgique le 20 août 1940, mais fut fait prisonnier de guerre au camp de Beverlo le 22 août. Le 22 octobre 1940, il parvint à s'évader et à rejoindre son village natal de Graide. Il se rendit ensuite dans le nord de la France, d'où il put franchir la ligne de démarcation. En juin 1941, il séjourna à Palavas-les-Flots, près de Montpellier, et en août 1941, un groupe de Belges, dont Goffin, fut arrêté par la police française alors qu'ils tentaient de rejoindre Gibraltar par la mer depuis Marseille. Ils furent déportés au camp de travail de Manzat. Charles Goffin dut attendre octobre 1941 pour réussir à s'évader du camp. Il réussit à traverser les Pyrénées, mais fut appréhendé et interné dans le tristement célèbre camp espagnol de Miranda de Ebro. Les conditions de vie y étaient extrêmement précaires. Il fut libéré le 17 avril 1942 et, le 13 mai 1942, il posa enfin le pied en Grande-Bretagne.
Les conditions déplorables du camp espagnol aggravèrent sa santé et sa vue, l'empêchant de réaliser son ambition de devenir pilote dans la RAF. Grâce aux contacts entre l'ambassade de Belgique à Londres et l'ambassade américaine, Charles Goffin reçut une offre pour rejoindre l'USAAF (United States Army Air Forces). Le 8 janvier 1943, il fut nommé officier dans l'USAAF et, le 20 juin 1943, promu sous-lieutenant, une étape importante vers son retour aux commandes. De nouveaux examens médicaux suivirent, lui permettant de reprendre les commandes. Début 1944, après quelques vols à bord d'un Piper L-4, il démontra qu'il n'avait rien perdu de son talent de pilote. Il reçut finalement ses Silver Wings, l'insigne des pilotes militaires américains. Quelques jours plus tard, il fut muté au 14e escadron de reconnaissance photographique (14 PRS) du 7e groupe de reconnaissance photographique (7 PRG) à Mount Farm.
Le 8 septembre 1944, il reçut l'ordre de photographier la ligne Siegfried, une ligne de défense longeant la frontière occidentale de l'Allemagne, de la Suisse aux Pays-Bas. Charles Goffin pilotait un Spitfire PR.XI MB952. Les circonstances exactes de l'accident restent inconnues, mais il est probable qu'il ait été touché par la DCA allemande. Près de Reckange, des témoins aperçurent un avion, moteur crachotant, laissant derrière lui une colonne de fumée, tentant un atterrissage d'urgence. L'appareil s'écrasa violemment au sol, fit un tonneau et prit feu. Le pilote fut éjecté et les secours furent impuissants. Charles Goffin fut inhumé le lendemain de l'accident au cimetière de Mersch. Le 11 mars 1946, sa dépouille fut transférée au cimetière américain de Hamm, près de Luxembourg-Ville (aujourd'hui le cimetière et mémorial américain de Luxembourg, près de l'aéroport). Le 10 septembre 1946, à la demande de sa famille, il fut exhumé et réinhumé le lendemain dans le caveau familial du cimetière de son village natal de Graide. Il y repose encore aujourd'hui.
Non loin du lieu du crash, à la chapelle d'Eenelter à Reckange (Mersch), son nom figure sur une plaque commémorative dédiée aux victimes de la Seconde Guerre mondiale. La chapelle se dresse sur l'emplacement de l'ancien village médiéval d'Eenelter, où se trouvait déjà une chapelle. La chapelle actuelle date de 1897 et a été restaurée en 1997. Depuis avril 2021, le site est classé monument national. Ce lieu de mémoire comporte une plaque commémorative dédiée aux victimes de la Seconde Guerre mondiale, mentionnant brièvement quinze soldats napoléoniens originaires de la région (sans les nommer), et une autre plaque rendant hommage à trois écrivains de Reckange.
Pour plus de détails sur la carrière de Charles Goffin, voir le livre de Marc Audrit « Sur les traces de Charles Goffin » (Weyrich, 2024).





