Bellem, le 17 juin 2026. Au-dessus du paysage champêtre qui entoure le numéro 27 de la Leistraat, le bruit caractéristique des rotors se faisait entendre régulièrement mercredi soir. Un à un, les hélicoptères émergeaient des arbres, se dirigeaient vers l'héliport temporaire et atterrissaient sur le terrain soigneusement aménagé à proximité du lieu de l'événement.
En fin de journée, 29 hélicoptères étaient alignés sur le terrain. L'invité le plus remarquable était sans conteste le Bell UH-1D Iroquois OO-DON, plus connu sous le nom de Huey. Cet ancien hélicoptère de la Bundeswehr de 1969, immatriculé une fois 72+94, est arrivé à Bellem sous une immatriculation civile belge et a immédiatement attiré l'attention par sa silhouette caractéristique et le grondement tout aussi reconnaissable de son rotor.
Ce qui paraissait insolite aux passants était perçu comme une véritable réunion de famille par les participants. Pilotes, propriétaires, élèves, anciens élèves, entrepreneurs et professionnels de l'aviation se sont retrouvés lors de l'édition estivale du Toran Café. En quelques années seulement, le concept de Toran Heli Services & Academy, initialement un rassemblement informel, est devenu un événement incontournable du monde de l'hélicoptère en Belgique.

« C’est un immense succès, surtout avec ce temps », déclare Matthias Decleer de Toran. « C’est la maison de mon enfance, en plein cœur de la verdure. On s’est dit : pourquoi pas ici ? C’est un endroit agréable et on cherche aussi délibérément à s’implanter dans un lieu peu desservi par les transports aériens. »
Avec cet événement, Toran souhaite démontrer que le vol en hélicoptère ne se limite pas nécessairement à un environnement aéroportuaire traditionnel. Dans le cadre de limites opérationnelles et juridiques clairement définies, un hélicoptère peut relier des personnes et des lieux qui ne sont pas spontanément associés à l'aviation.
« Nous voulons montrer que piloter un hélicoptère est plus accessible qu'on ne le pense », explique Decleer. « Ce n'est pas réservé à un monde aéronautique fermé. Bien sûr, cela implique beaucoup de choses, mais c'est justement ce qui rend intéressant de montrer au public comment une telle activité est organisée. »

Des prairies à l'héliport temporaire
Une préparation minutieuse était nécessaire avant que Bellem puisse temporairement servir de centre d'opérations pour hélicoptères. Le site devait non seulement être adapté aux aéronefs, mais les arrivées, les départs et les dispositifs de sécurité exigeaient également une coordination étroite.
« Pour rassembler un grand nombre d’hélicoptères, il faut se conformer à de nombreuses réglementations », explique Decleer. « Nous avons dû demander l’autorisation d’utiliser un héliport temporaire. Cette démarche s’est faite en étroite collaboration avec les autorités aéronautiques. La sécurité est primordiale dans ce type d’opération. »
Les arrivées et les départs ont également dû être soigneusement échelonnés. Les hélicoptères arrivaient à Bellem depuis différents endroits et, naturellement, ne pouvaient pas tous se trouver dans la même zone simultanément. L'organisation a donc procédé par créneaux horaires préétablis.
«L' heures d'arrivée estimées en départs « Ils devaient être bien organisés », explique Decleer. « De plus, la question de l'alcool et du vol était clairement posée. Ces deux éléments sont évidemment incompatibles. »

L'héliport n'était pas librement accessible. affichage statiqueLes pilotes, leurs passagers et les visiteurs accompagnés d'une escorte étaient autorisés à pénétrer dans la zone, mais le grand public restait derrière la barrière. Cette mesure était due non seulement aux problèmes de sécurité liés aux rotors en rotation, mais aussi aux limitations inhérentes à un héliport temporaire.
Les visiteurs ne pouvaient donc pas observer les avions de très près, mais ils bénéficiaient d'une belle vue d'ensemble depuis le bord du terrain. Pour les photographes et les passionnés d'aviation, le décor était exceptionnel, surtout sous la douce lumière du soir.
Plus qu'une collection d'hélicoptères
Les hélicoptères étaient bien sûr les vedettes. Pour Toran, cependant, l'événement représente bien plus qu'une simple exposition de machines photogéniques.
« On y trouve un mélange d’étudiants, d’anciens élèves, de propriétaires d’hélicoptères et de membres de la communauté aéronautique au sens large », explique Decleer. « En gros, tous ceux qui ont un lien avec l’aviation, d’une manière ou d’une autre, s’y retrouvent. »
Le Toran Café n'est donc ni une journée portes ouvertes classique, ni un meeting aérien. Il n'y a pas de programme de démonstrations strict. La soirée est avant tout l'occasion de rencontrer des gens, d'échanger des expériences et de nouer de nouveaux contacts.

Pour beaucoup de participants, c'est une occasion rare de découvrir l'univers des hélicoptères en dehors des opérations quotidiennes. Pour la plupart, piloter n'est pas une activité solitaire, mais une passion partagée.
« C’est une grande famille Toran qui s’agrandit chaque année », explique Decleer. « On revoit des gens qu’on n’a peut-être pas vus depuis longtemps. On partage ses expériences, on tisse des liens et on fait des projets. Cet aspect social est au moins aussi important que les hélicoptères eux-mêmes. »
D'architecte à entrepreneur d'hélicoptères
Le vaste réseau que Toran entretient aujourd'hui est étroitement lié au parcours de Matthias Decleer lui-même. Il n'a pas débuté sa carrière professionnelle dans un cockpit, mais à la table de conception.
Decleer a étudié l'architecture et a d'abord travaillé dans un secteur très éloigné de l'aviation. Cependant, un vol en hélicoptère offert par son père en 2012 a bouleversé sa vision de l'avenir. Cette expérience l'a profondément marqué et a fait naître une ambition concrète. Il a alors entrepris une formation de pilote d'hélicoptère et obtenu sa licence en 2018.

HeliXperience est née d'une passion personnelle. Avec un hélicoptère loué et un pilote professionnel indépendant, elle proposait de courts vols touristiques au départ de Westkapelle, près de Knokke. Un début modeste, certes, mais le point de départ d'une aventure plus ambitieuse.
Une étape importante a suivi la rencontre avec Arno Soete lors d'un voyage en hélicoptère au Royaume-Uni en 2019. Leur collaboration a conduit à l'expansion de Toran Heli Services & Academy.
L'ambition était claire : non pas une petite structure centrée sur une seule personne, mais une organisation dotée de plusieurs piliers, d'une marque reconnue et d'une équipe en constante expansion. Depuis, Toran a développé son offre : formations, vols d'initiation, circuits touristiques, vols d'affaires, missions spécialisées, événements et voyages pour pilotes.
« Au total, une vingtaine de personnes travaillent pour Toran », explique Decleer. « Parmi elles, cinq sont employées à temps plein, et nous collaborons également avec une quinzaine de pigistes. C’est indispensable pour assurer le bon déroulement des différentes activités. »
L'école de pilotage comme fondement
L'école de pilotage demeure au cœur du projet. Toran souhaite non seulement initier les gens au pilotage d'hélicoptères, mais aussi les accompagner depuis leur premier vol d'initiation jusqu'à une formation complète, privée ou professionnelle.
Ce faisant, l'entreprise cible des profils variés. Certains étudiants souhaitent avant tout réaliser leur rêve et apprendre à piloter en autonomie. D'autres envisagent une carrière professionnelle dans le secteur. D'autres encore désirent perfectionner leurs compétences grâce à des vols de navigation, une expérience internationale ou des formations avancées spécifiques.

La formule est volontairement large. Un premier vol avec un instructeur vise à faciliter l'accès au cockpit. Ensuite, ceux qui souhaitent poursuivre leur formation peuvent intégrer un cursus adapté à leurs ambitions et à leur disponibilité.
Cela s'inscrit dans la vision plus large que Toran promeut également lors de cet événement. Le pilotage d'hélicoptères demeure une activité spécialisée qui exige un engagement, une formation et une responsabilité considérables, mais il ne s'agit pas pour autant d'un monde fermé.
Croissance et ambition
L'ambiance à Bellem était détendue, mais les projets chez Toran sont ambitieux. L'entreprise poursuit sa croissance et explore de nouvelles opportunités, y compris en dehors de ses implantations belges actuelles.
« L’histoire prend de l’ampleur et se développe progressivement », déclare Decleer. « Nous avons une bonne équipe et un entourage familial solide. C’est important pour nous. Nous étudions également la possibilité d’ouvrir une nouvelle succursale à Lille. »
Cette perspective internationale s'inscrit dans la continuité des activités développées par Toran ces dernières années. Outre la formation et les vols commerciaux, la compagnie propose également des voyages d'études pour les pilotes. Ces voyages combinent itinéraires internationaux, expérience de navigation et expéditions d'exploration conjointes, encadrés par des instructeurs et des pilotes de sécurité.
Toran souhaite pérenniser la formule du café d'été, avec un ou deux événements similaires par an. À plus long terme, l'entreprise pourrait également viser à attirer des participants des pays voisins.

Le succès rencontré à Bellem témoigne déjà de la solidité des bases. Le temps d'une soirée, l'héliport temporaire s'est transformé en un lieu de rencontre où le secteur belge de l'hélicoptère a pu s'exprimer dans toute sa diversité. Élèves, pilotes confirmés, propriétaires, instructeurs, entrepreneurs du secteur aéronautique, simples visiteurs curieux : tous ont partagé la même passion pour le vol vertical.
Alors que le soir laissait place au crépuscule et que les hélicoptères repartaient, cette image en particulier restait gravée dans les mémoires. Non seulement celle de 29 appareils sur un terrain verdoyant, mais aussi celle d'une communauté qui prenait visiblement plaisir à voler.
Bellem n'était pas un aéroport ce mercredi soir-là. Mais pendant quelques heures, on a eu l'impression d'être le cœur battant du monde belge de l'hélicoptère.
Texte et photos : Tom Brinckman





