Six trophées dans les nuages ​​: la carrière du balloniste Ernest Demuyter

Photos vraisemblablement prises au départ de la course Gordon Bennett de 1924 depuis le stade de Solbosch. À l'arrière-plan, le bâtiment actuel de l'ULB. (Archives Luc Wittemans)

Saint-Trond, le 21 février 2026. Ernest Demuyter fut la figure emblématique de l'aérostation belge pendant de nombreuses années. Il remporta six fois le trophée Gordon Bennett et s'assura que ce trophée soit attribué définitivement à la Belgique en 1924, après sa troisième victoire consécutive. Entre les deux guerres mondiales, il était une personnalité belge de renom, à l'instar d'Eddy Merckx aujourd'hui. Nous présentons ici un aperçu de sa carrière d'aéronaute, en mettant l'accent sur le trophée Gordon Bennett.

Avant et pendant la Première Guerre mondiale

Ernest Antoine Joseph Paul Demuyter naquit à Gand le 26 mars 1893. Durant sa jeunesse, il vécut longtemps en Grèce, où son père travaillait pour « L'Expansion économique de la Belgique », probablement un organisme gouvernemental. Lors de vacances, il rentra en Belgique à bord d'un cargo, via Gibraltar jusqu'à Anvers, un voyage de dix-huit jours. Il est fort probable que sa passion pour l'aviation soit née durant cette traversée.

Le 15 septembre 1907, lors du concours international de ballons à gaz organisé au Parc du Jubel à Bruxelles, Ernest Demuyter, alors âgé de quatorze ans, eut l'occasion d'observer tous les préparatifs d'un décollage. Vers le soir, une fois la foule partie, il put s'approcher encore davantage et fut autorisé à participer à l'ascension du ballon français « L'Équateur », piloté par Leprince. Sur le chemin du retour, de nuit, en attendant sa correspondance pour Ostende à Bruges, il sortit ses cartes et tenta d'estimer les points d'atterrissage des ballons. Quelque temps plus tard, il fit la connaissance de Léon Gheude, un aéronaute belge renommé, et l'assista lors de plusieurs de ses ascensions. 1908 fut l'année de son premier vol en ballon : Léon Gheude l'emmena pour un court vol à bord d'un « ballon de rallye » au départ d'Eeklo le 30 août 1908. Le « ballon de rallye » était une activité très populaire, même après la Seconde Guerre mondiale : un ballon décollait et était suivi par des cyclistes, des motocyclistes et/ou des automobilistes (pré-inscrits), et celui qui atteignait le ballon atterri en premier remportait un prix.

Deux ans plus tard, le 21 août 1910, à l'occasion d'une course de ballons au départ de Kiel, près d'Anvers, il espérait obtenir son brevet de pilote en effectuant un vol en solitaire. Mais personne ne voulait lui louer de ballon sans brevet. Finalement, il parvint à louer un petit ballon à gaz ancien auprès d'un forain ; le ballon était en mauvais état. À l'approche d'Eindhoven, Demuyter décida d'atterrir, mais l'atterrissage ne se déroula pas sans incident : son ballon se dégonfla lentement et il fut entraîné par le vent sur près de deux kilomètres. Pour obtenir son brevet, il devait également effectuer une seconde ascension, de nuit. À l'aide d'un ballon loué, il effectua ce second vol – dont la date précise est inconnue – et atterrit en France. Sa carrière de pilote pouvait alors commencer. Le 15 octobre 1911, il participa à sa première course.

Un brevet de pilote d'aéronaute ne lui suffisait visiblement pas ; il obtint également son brevet de pilote. Il commença sa formation dans une école de pilotage non précisée, mais n'y effectua que peu de vols. À l'école de pilotage De Brouckère de Genk, il obtint le brevet de pilote belge n° 57 le 30 juillet 1912. Par la suite, selon ses propres dires, il quitta Genk pour Sint-Job-in-'t-Goor, où il participa à la formation des élèves pilotes, mais nous n'avons trouvé aucune mention de son activité dans les journaux de l'époque.

Le 22 septembre 1912, il participa pour la première fois à une grande compétition de ballons à gaz de longue distance, le Grand Prix des Sphériques de l'Aéro-Club de France. Il était accompagné d'un autre aéronaute belge, Alexander Veenstra. Le décollage eut lieu à Saint-Cloud (Paris). Ils faillirent renoncer à un bon résultat lorsque leur câble de remorquage s'accrocha à la cime d'un arbre, immobilisant le ballon juste au-dessus d'une voie ferrée. Alors qu'un train approchait à quelques centaines de mètres, les deux aéronautes parvinrent, au prix d'un effort surhumain, à dégager le câble. L'atterrissage eut lieu à quelques mètres de la mer, sur la côte bretonne au sud de Vannes. Grâce à ce vol, il obtint la deuxième place du championnat.

Avant la Première Guerre mondiale, Demuyter participa à deux reprises au prestigieux Trophée Gordon Bennett. Ce trophée comportait plusieurs épreuves : une compétition automobile (de 1900 à 1905), une compétition aérienne (de 1909 à 1920) et une course de ballons à gaz sur longue distance (à partir de 1906). Les vainqueurs recevaient un trophée offert par le magnat de la presse américain James Gordon Bennett Jr. Le pays qui remportait la compétition trois fois de suite pouvait conserver le trophée définitivement.

Un mois après sa participation à la course de Paris, Demuyter prit le départ du Trophée Gordon Bennett à Stuttgart pour la première fois, le 27 octobre 1912. Il termina neuvième avec un vol de 1 182 kilomètres. Il participa également à cette course en 1913, partant cette fois de Paris le 12 octobre, et se classa septième. À cette époque, il portait déjà un vif intérêt à la météorologie, intérêt qu'il approfondit encore les années suivantes, ce qui lui fut très utile lors de ses participations ultérieures.

Lors du débarquement allemand du 4 août 1914, Demuyter fut affecté à une section de ballons des forts de Liège, puis devint observateur au sein de la Compagnie des Aviateurs. Son parcours militaire est pour le moins atypique : deux vols comme observateur avec le lieutenant Jacquet, mais, d’après ce dernier, il eut peur. Après le 2e Lorsque l'escadron de Demuyter se retira de Namur pour Maubeuge, en France, le 24 août, il disparut, pour réapparaître à Wilrijk en septembre. Il servit brièvement dans une unité de véhicules blindés, mais disparut de nouveau en octobre 1914, pour ne réapparaître qu'en 1916. On dit qu'il séjourna à Paris pendant tout ce temps. Un destin étrange, d'autant plus que d'autres comparurent en cour martiale pour des délits moins graves. Vers le milieu de l'année 1917, il fut mis en permission et rejoignit la Marine nationale. Il y servit comme timonier et navigateur à bord du dirigeable VZ.5, l'ancien Belgique III. Le 15 janvier 1919, il effectua un vol en ballon avec cinq élèves de la Marine nationale, de Rochefort-sur-Mer à Liège. Il fut démobilisé le 30 septembre 1919.

Demuyter remporte le premier trophée Gordon Bennett

En guise de préparation pour le premier Trophée Gordon Bennett d'après-guerre, Demuyter participa à la course de ballons de la Semaine de l'aviation des Jeux olympiques d'Anvers, le 18 juillet 1920. Le but de la compétition était d'atterrir au plus près d'un point prédéterminé par le balloniste lui-même, à 30 km du site de décollage. Des ballonistes italiens, français et belges y participèrent ; pour la Belgique, outre Ernest Demuyter, on comptait le capitaine Dewandre, le capitaine Georges, le lieutenant Mathieu Labrousse, Liefmans, l'adjudant Scutenaire, Van Someren et le lieutenant Van Santbergen. La victoire revint à un Italien ; Demuyter termina onzième.

De 9e Le Trophée Gordon Bennett annuel a débuté à Birmingham, en Alabama (États-Unis), le 23 octobre 1920. Ernest Demuyter était accompagné du lieutenant Mathieu Labrousse. Avant le départ, il avait demandé à l'attaché militaire de l'ambassade de Belgique aux États-Unis d'envoyer un télégramme en Belgique annonçant son atterrissage à l'est de la région des Grands Lacs. Ses connaissances météorologiques lui avaient été précieuses, puisqu'il remporta la compétition pour la première fois en atterrissant sur l'île North Hero, sur le lac Champlain, exactement dans la zone prévue, après un vol de 40 heures et 15 minutes et une distance de 1 769 km parcourue à vol d'oiseau.

Ernest Demuyter avec le trophée Gordon Bennett. Comme il porte encore l'uniforme belge, la photo a probablement été prise après sa première victoire en 1920. (Archives Frans Van Humbeek)

En 1921, le Trophée Gordon Bennett fut créé en Belgique ; le pays vainqueur de l'édition précédente prit en charge l'organisation de la compétition suivante. Le 18 septembre 1921, quatorze ballons décollèrent du terrain de Solbosch, où se situe aujourd'hui, entre autres, le campus principal de l'Université Libre de Bruxelles. Mais un incident survint au décollage : l'un des nombreux soldats réquisitionnés pour la préparation et le lancement des ballons oublia de larguer la nacelle lors du « lachez-tout ». Ce passager clandestin ajouta un poids supplémentaire, expliquant ainsi la douzième place de Demuyter et Veenstra cette année-là, leur plus mauvais résultat en dix-huit participations. Le second participant belge, le lieutenant Labrousse, accompagné du lieutenant Pinget, termina dixième.

Nous nous concentrerons ici sur la participation d'Ernest Demuyter au Trophée Gordon Bennett, mais il participa également régulièrement, les années suivantes, à d'autres compétitions telles que le Grand Prix de l'Aéro-Club de France et la Coupe Aumont-Thiéville. Cette dernière fut créée en 1914 en mémoire de Jacques Aumont-Thiéville et de quatre officiers français disparus dans un accident de ballon le 17 avril 1913. Demuyter remporta la première édition de cette compétition et réitéra cet exploit à plusieurs reprises par la suite.

La course Gordon Bennett de 1922 débuta à Genève le 6 août. Avec Veenstra comme assistant, Demuyter atterrit au milieu d'une forêt près d'Ocnita, en Roumanie, après un vol de 25 heures et 49 minutes couvrant une distance de 1 372 km. Demuyter entreprit alors une longue marche dans la neige à la recherche de secours pour récupérer le ballon. Mais les choses tournèrent mal : un arbre tombant rompit la corde retenant le ballon, qui s'éleva de nouveau dans les airs, cette fois sans pilote. Il fut retrouvé plus tard à la frontière bulgaro-roumaine, au sud de Bucarest. Demuyter remporta néanmoins le trophée Gordon Bennett pour la deuxième fois.

Le concours Gordon Bennett de 1923 reprit à Bruxelles. Demuyter emmena Léon Coeckelbergh comme assistant. Alexander Veenstra, assistant l'année précédente, participait lui-même à la compétition, assisté de Philippe Quersin. Une troisième équipe belge était également engagée, avec le lieutenant Mathieu Labrousse et le commandant Dewandre. Les ballons décollèrent du Solbosch le 23 septembre 1923. Mais un incident dramatique se produisit dès le départ : alors que les préparatifs du lancement se déroulaient sous un soleil radieux, un violent orage éclata peu avant l'envol des premiers ballons, accompagné de pluie, de grêle et d'éclairs. Les trois équipes italiennes et l'équipe polonaise décidèrent sagement de ne pas décoller. Lors de l'ascension, le premier ballon américain percuta celui du lieutenant Labrousse, provoquant la déchirure de son enveloppe et l'empêchant de prendre son envol. Le second ballon américain, apparemment surgonflé, éclata au sol. Peu après le décollage, la foudre frappa un ballon espagnol, un suisse et un américain, faisant cinq morts et un blessé grave. Dans ces conditions apocalyptiques, Demuyter et Veenstra parvinrent tous deux à décoller et se classèrent respectivement premier et deuxième, avec 1 155 et 1 005 kilomètres parcourus. Demuyter atterrit à Sköllersta, au sud d'Örebro, en Suède.

Photos vraisemblablement prises au départ de la course Gordon Bennett de 1924 depuis le stade de Solbosch. À l'arrière-plan, on aperçoit le bâtiment U actuel de l'ULB, dont la construction a débuté en 1922. (Archives Luc Wittemans)
Photos vraisemblablement prises au départ de la course Gordon Bennett de 1924 depuis le stade de Solbosch. À l'arrière-plan, le bâtiment actuel de l'ULB. (Archives Luc Wittemans)

Le journal L'Étoile belge finança un nouveau ballon pour Ernest Demuyter afin qu'il participe au Trophée Gordon Bennett de 1924. Le lundi 2 juin 1924, l'O-BBEF fut officiellement présenté à Koeckelberg, où la SABCA disposait d'un atelier de construction de ballons. Le 15 juin 1924, 17 ballons à gaz décollèrent de la place du Solbosch. Portés par le vent, Demuyter et son compagnon Coeckelbergh décrivirent un large arc de cercle au-dessus de la France (Charleroi, Chimay, Reims, Paris) pour entamer la traversée de la Manche à Malleville (entre Fécamp et Dieppe). Après 43 heures et 16 minutes de vol, il atterrit sur la côte écossaise à Saint Abbs Head. À vol d'oiseau, il avait parcouru 714 km depuis Bruxelles, mais en réalité, il avait probablement volé près du double. Le vent a également gêné les autres participants belges, Veenstra et Quersin : partis vers l’est, ils atteignirent la Rhénanie avant d’être emportés vers l’ouest par le vent, et de débarquer à Leffinge, près de Middelkerke. Avec seulement 112 km à vol d’oiseau, ils ne firent mieux que dix-septième et dernière place. Les autres participants belges, le lieutenant Mathieu Labrousse et le cadet Dewandre, terminèrent douzièmes avec 207 km et un débarquement à Saint-Gengoulph (près de Château-Thierry).

Le premier trophée Gordon Bennett, tel que vous pouvez l'admirer aujourd'hui au département aviation du Musée royal de l'Armée et de l'Histoire militaire. (Photo Luc Wittemans)

Le deuxième trophée Gordon Bennett

Avec sa troisième victoire consécutive, le trophée fut définitivement attribué à la Belgique. On peut encore l'admirer au département de l'aviation du Musée royal de l'Armée et de l'Histoire militaire à Bruxelles. À son retour en Belgique, Ernest Demuyter fut accueilli triomphalement et entreprit une tournée à travers le pays, ponctuée de célébrations dans de nombreuses villes.

L'Aéroclub belge décida de faire fabriquer un nouveau trophée afin que la compétition puisse être disputée les années suivantes. Comme les années précédentes, les ballons décollèrent du Solbosch le 7 juin 1925. Les participants belges étaient les mêmes que les années précédentes : Demuyter et Coeckelbergh, Veenstra et Quersin, ainsi que les soldats Labrousse et Dewandre. Cette fois, Veenstra et Quersin remportèrent la victoire : ils atterrirent au cap Finisterre, une presqu'île à l'ouest de Saint-Jacques-de-Compostelle, le point le plus occidental d'Espagne. Ils avaient parcouru 1 345 km. Demuyter arriva deuxième avec « seulement » 681 km ; il atterrit près de Quimper, en Bretagne. Mathieu Labrousse et Dewandre terminèrent sixièmes avec 472 km.

La première place de Veenstra fut contestée par la suite, son ballon ayant fini sa course dans l'eau après avoir atterri à terre, avec ses deux occupants à bord. Ils dérivèrent pendant environ cinq heures avant d'être secourus par un navire côtier. Le règlement de la compétition stipulait que tout concurrent effectuant un amerrissage et/ou nécessitant l'assistance d'un navire serait disqualifié. L'Américain Ward T. van Orman, qui avait atteint la mer à la fin de son vol cette année-là et avait pu atterrir sur le pont d'un navire, ne fut pas inclus dans les résultats. Dans *La Conquête de l'Air* d'octobre 1925, on apprend qu'une plainte de Demuyter avait été reçue par le Comité de Ballons de l'Aéroclub de Belgique. Une enquête fut ouverte, mais nous ignorons les conclusions de cette enquête. Dans le même numéro, on apprend également qu'une plainte de Veenstra et Quersin avait été reçue par le Comité Exécutif de l'Aéroclub. Suite à cette plainte, Ernest Demuyter fut démis de ses fonctions de membre du Comité des sports de montgolfière pour s'être rendu en Espagne après l'homologation des résultats de la compétition « sans avoir informé ses collègues de ses doutes ». La situation s'aggrava toutefois pour Léon Gheude, qui s'était également rendu en Espagne (peut-être avec Demuyter) pour mener une enquête sur place concernant l'atterrissage de Veenstra et Quersin et avait exprimé ses doutes sans ambages dans une lettre adressée à l'Aéroclub belge. En guise de sanction, il fut radié de l'Aéroclub.

Deuxième en partant de la gauche, Ernest Demuyter ; troisième, probablement Léon Coeckelberg, son assistant lors des matchs de 1923, 1924, 1925, 1930, 1932 et 1934 ; à l’extrême droite, Léon Gheude. (Archives Frans Van Humbeek)

Demuyter participa également au Trophée Gordon Bennett les années suivantes, mais peut-être l'euphorie liée à sa victoire de l'année précédente lui était-elle montée à la tête ? Ou s'agissait-il d'un besoin de décompresser après une période intense marquée par quatre victoires en six participations ? Dans son second ouvrage, il écrit à propos de la course de 1929 : « Je ne suis pas très enthousiaste. » Quoi qu'il en soit, ses résultats ne furent pas toujours brillants : troisième en 1926, sixième en 1927, forfait pour cause de maladie en 1928, quatrième en 1929, deuxième en 1930, forfait en 1931, dixième en 1932, forfait en 1933, troisième en 1934 et 1935.

De nouveau compétitif !

Mais en 1936, il retrouva apparemment un second souffle : le départ fut donné à Varsovie, en Pologne, le 30 août 1936. Demuyter était accompagné de Pierre Hoffmans, un jeune radiotélégraphiste de Sabena chargé de la réception sans fil. Hoffmans l'avait également accompagné lors de la course de 1935, mais Demuyter ne précise pas dans son livre s'il disposait déjà d'un récepteur sans fil à bord de son ballon à cette époque. Ses mémoires ne permettent pas non plus de conclure qu'ils utilisèrent fréquemment ce nouveau moyen de communication. Avant l'avènement de la télégraphie sans fil, des pigeons voyageurs étaient embarqués pour transmettre les informations à la base. Après quelques résultats mitigés, il renoua avec le succès de ses débuts en effectuant un vol de 46 heures et 24 minutes, couvrant 1 715 km. Le 10 décembre 1936, il reçut le Trophée national du mérite sportif.

Trophée Gordon Bennett 1937 au stade de football du Heysel à Bruxelles. Le gonflage des ballons était une opération longue et fastidieuse qui commençait la veille au soir, voire la nuit précédente. (Archives Luc Wittemans)

Sa victoire ramena le départ du Trophée Gordon-Bennett en Belgique ; le départ fut choisi au Heysel, à Bruxelles, le 20 juin 1937. Une fois de plus, trois équipes belges étaient au départ : outre Demuyter et Hoffmans, on retrouvait Philippe Quersin et Martial Van Schelle, ainsi que le capitaine Joseph Thonnard et le lieutenant Dubreucq. Après sa victoire en 1936, Demuyter avait retrouvé la volonté de se surpasser. Après un vol de 46 heures et 1 396 kilomètres, il atterrit à Tukumo, à l'ouest de Riga, la capitale lettone. Il devança ainsi de justesse l'équipe polonaise, qui avait parcouru 1 364 km.

Trophée Gordon Bennett 1937 à Bruxelles. Ernest Demuyter et Pierre Hoffmans prêts au décollage, entourés de soldats qui retiennent le ballon jusqu'à l'ordre « Lâchez tout ! ». (Archives Frans Van Humbeek)
Les ballons participants ont également embarqué du courrier spécial, comme cet envoi lors de la course de 1937. (Archives Frans Van Humbeek)
SP-BCU lors du Trophée Gordon Bennett de 1937 au stade de football du Heysel à Bruxelles. (Archives Luc Wittemans)

Sa dernière participation effective à une compétition Gordon Bennett eut lieu le 11 septembre 1938, au départ de Liège, depuis le parc des expositions près du Pont Atlas, où se tiendrait l'Exposition internationale de la technique de l'eau en 1939. Demuyter hésita à participer en raison de la maladie de son fils, mais il se présenta finalement sur la ligne de départ. Il était de nouveau accompagné de Pierre Hoffmans ; les autres participants belges étaient le capitaine Joseph Thonnard, le lieutenant Vander Schueren, ainsi que Quersin et Van Schelle. Demuyter avait fait construire un nouveau ballon par Stassart, immatriculé OO-BFX. Il survola l'Autriche et la Hongrie pour rejoindre la Roumanie, où il atterrit au pied des Carpates. Après un vol de 31 heures et 35 minutes, couvrant 1 336 km, ils terminèrent sixièmes. Le capitaine Thonnard et le lieutenant Vander Schueren se classèrent deuxièmes avec 1 463 km, derrière l'équipe polonaise victorieuse avec 1 692 km. Quersin et Van Schelle terminent septièmes.

Du 8 au 23 juillet 1939, le '2 s'est tenu dans les salles des Palais de la Célébration du Milieu du Siècle au Jubelpark.e Le Salon de l'Aéronautique se tint. Parallèlement, une exposition était consacrée à la participation d'Ernest Demuyter aux courses Gordon Bennett. Les visiteurs pouvaient y admirer toutes sortes d'objets, d'instruments, de cartes et de documents. Au centre du hall, son ballon « Belgica » était à moitié gonflé. Le dernier jour de l'exposition, Demuyter sortit son ballon et, accompagné de Pierre Hoffmans et de M. Deflas, effectua un vol qui les mena jusqu'à la baie de Dollard, au nord des Pays-Bas, juste en dessous du port allemand d'Emden. Il ignorait sans doute que ce serait son dernier vol en ballon.

La course de 1939 devait débuter à Lwow, en Pologne (aujourd'hui Lviv en Ukraine), le 3 septembre 1939. Toutes les équipes et tous les ballons étaient sur place lorsque l'Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre 1939. Demuyter confia son ballon à l'armée de l'air polonaise, mais naturellement, il ne le revit jamais.

Les ballons Belgica

Chaque ballon utilisé par Demuyter lors des régates Gordon Bennett portait le nom de Belgica. Ce nom lui venait du navire du même nom à bord duquel Adrien de Gerlache était resté prisonnier des glaces du pôle Sud pendant treize mois, entre 1898 et 1899. On dispose de peu d'informations sur les ballons utilisés par Ernest Demuyter lors de ses différentes participations aux régates Gordon Bennett. On ignore tout des ballons utilisés entre 1920 et 1923. En 1924, il utilisa l'immatriculation O-BBEF, mais en 1925, Quersin et Veenstra auraient volé avec ce ballon. De même, aucune information n'est disponible concernant les ballons utilisés entre 1925 et 1933. Le seul ballon jamais enregistré au nom d'Ernest Demuyter est le Van den Bemden 2 200 m³ OO-BEW de 1933, mais a-t-il participé au Trophée Gordon Bennett avec celui-ci ? À partir de 1934, il utilisa un autre Van den Bemden de 2 200 m³, le OO-BFM du Cercle Belgica asbl. Lors de ses dernières participations en 1938 et 1939, il utilisa le Stassart de 2 285 m³, le OO-BFX.

Au premier plan, un des participants allemands ; à l’arrière-plan, la Belgica de Demuyter. (Archives Luc Wittemans)

Après les matchs de Gordon Bennett

Ernest Demuyter fut l'un des fondateurs de l'association Les Vieilles Tiges Belges asbl en 1937. À cette occasion, il était qualifié d'« aéronaute, exportateur », c'est-à-dire aéronaute et négociant en exportation. Nous n'avons pas pu déterminer précisément en quoi consistait cette dernière fonction. En 1938, il fut élu conseiller municipal de Bruxelles, et un an plus tard, il entra au Parlement comme député du Parti travailliste belge (PLP). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'engagea dans la Résistance et fit partie du service de renseignement Tegal. Arrêté par les Allemands le 20 décembre 1943, il fut condamné à mort le 27 août 1944. Peu avant la Libération, la sentence ne fut pas exécutée immédiatement. Il fut embarqué à bord d'un train à destination de l'Allemagne, le fameux « train fantôme », dont le départ fut tellement retardé par les actions des cheminots qu'il ne quitta jamais la Belgique. À son bord se trouvaient environ 1 500 prisonniers, principalement politiques, mais aussi quelques pilotes et membres d'équipage alliés.

La publicité électorale d'Ernest Demuyter en 1939 a tiré profit de sa notoriété en tant qu'aéronaute et lauréat du trophée Gordon Bennett. (Archives Frans Van Humbeek)

Après la Seconde Guerre mondiale, Demuyter ne monta plus jamais dans une nacelle de ballons. Dans son deuxième livre, il écrit qu'un vol court ne lui semble pas attrayant : « Pour ne pas être dédiquo, il me devrait partir loin, très loin, traverser un continent comme par le passé, … ». Les tentatives visant à relancer le trophée Gordon Bennett dans les années qui ont suivi la guerre ont échoué.

Le 5 février 1963, Ernest Demuyter fut transporté du Parlement à l'hôpital d'Ixelles suite à une hémorragie cérébrale. Il y décéda le 7 février 1963 et fut inhumé le 12 février 1963 dans le caveau familial du cimetière bruxellois d'Évere (parcelle 4, rangée 32). Voir la base de données. www.hangarflying.eu/erfgoedsites/graf-van-ballonvaarder-ernest-demuyter/

En 2026, avec six victoires, Demuyter occupait toujours la troisième place du classement des vainqueurs de tous les temps du Trophée Gordon Bennett, derrière Vincent Leys (France, neuf victoires), Josef Starkbaum (Autriche, sept victoires) et Gerd Scholz (Autriche, six victoires). Demuyter et l'Américain d'Orman ont remporté leurs titres durant l'entre-deux-guerres ; les huit autres vainqueurs de ce top 10 ont décroché leurs victoires après la relance du Trophée Gordon Bennett en 1983. Avec dix-huit participations, Demuyter figure également parmi les dix pilotes les plus capés.

À partir de 1983, la compétition a eu lieu à nouveau chaque année, et une équipe belge l'a remportée à trois reprises : Philippe De Cock et Ronny Van Havere ont gagné en 1999 (Albuquerque, États-Unis) et en 2006 (Waasmunster, Belgique), et Bob Berben et Benoît Simeons ont gagné en 2005 (Albuquerque, États-Unis).

Sources:

Après sa victoire en 1924, Demuyter écrit un premier livre sur sa participation à la course : La navigation aérienne et les Randonnées Victorieuses du Belgica (Editions de l'Expansion Belge vers le Levant, 1925).

En 1961 parut un second ouvrage de sa plume, sobrement intitulé Belgica (Éditions France-Empire), qui poursuit le récit de son engagement jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale. C'est ce dernier livre que nous avons principalement utilisé.

Le service aérien belge pendant la Première Guerre mondiale par Walter Pieters, Aeronaut Books, 2010

La base de données de journaux de la Bibliothèque royale (https://www.belgicapress.be/index.php)

Le site Gordon Bennett de la Fédération Aéronautique Internationale – FAI (https://legends.gordonbennett.aero/)

Photo de Luc Wittemans

Luc Wittemans

Passionné d'avions et d'aviation depuis ma jeunesse, je me suis spécialisé au fil des années dans l'histoire de l'aviation belge, et plus particulièrement dans l'aviation civile et le registre de l'aviation civile. Depuis plusieurs années, je contribue également à la base de données sur le patrimoine aéronautique belge. Hangar Flying, il m'arrive aussi d'écrire un article pour Hangar Flying et des revues d'aviation. Mes 28 années passées comme bibliothécaire dans une bibliothèque scientifique ont également fait de moi une collectionneuse d'ouvrages sur l'aviation belge.