Chastre, le 10 juillet 2022. Je me suis souvent demandé à quoi devait ressembler la vie des pilotes de ligne (sans parler des pilotes commerciaux) qui ont passé la majeure partie de leur carrière à sillonner l'Afrique. Je me suis aussi souvent interrogé sur le sort des équipages qui pilotent des avions d'une autre époque, dont la maintenance laisse souvent à désirer, faute de moyens, si l'on en croit les rapports d'accidents.
C’est donc avec intérêt que j’ai découvert un ouvrage intitulé « Cargo », recommandé par mon ami Michel Huart, véritable encyclopédie vivante de l’aviation congolaise après l’indépendance. Ce livre de 424 pages est le fruit des souvenirs de son auteur, Jean-Claude Chamart, surnommé « Jissé ».


Les mémoires de Jissé offrent une perspective différente sur une profession fascinante qui continue de captiver l'imagination. L'auteur y décrit une carrière de 35 ans, débutant dans un aéroclub dans les années 1960, ponctuée d'anecdotes et de situations souvent insolites, parfois difficiles, voire moins amusantes. Du Texas au Honduras, en passant par l'Afrique subsaharienne, le lecteur découvre une vie aventureuse, bien loin des clichés des pilotes de grandes compagnies aériennes desservant les capitales africaines. L'évocation des vols à bord d'avions aujourd'hui disparus de nos cieux, tels que le Douglas DC-4, le Bristol Britannia ou le Boeing 707, suscitera la nostalgie chez les plus de dix ans. Bien que le récit contienne peu de repères temporels pour situer les épisodes, le contexte est évident, notamment lorsque l'auteur mentionne ses vols pour OTRAG, la société allemande qui, à l'époque de Mobutu, projetait de lancer des fusées commerciales dans l'espace. Toute une époque !


Je connais quelques pilotes comme Jissé, notamment Philippe, avec qui j'ai voyagé au Katanga en septembre 2015 et qui a égayé nos soirées de ses récits de vols en brousse au Congo, et Didier, que j'ai connu comme jeune pilote de planeur et qui travaille depuis des années dans l'industrie pétrolière en Afrique ou au Moyen-Orient. Nos conversations dévoilent une vie hors du commun, parfois risquée mais toujours fascinante, même si elle est ponctuée de périodes d'incertitude ou d'ennui – une atmosphère que j'ai également retrouvée dans « Cargo ».

Le style de ce livre est direct, sans fioritures et facile à lire ; il est idéal pour les vacances. Afin de maintenir un prix abordable, l’auteur a malheureusement dû renoncer aux photos qui auraient pu illustrer ses aventures. Grâce à la bienveillance de notre ami Guy Viselé, nous avons pu localiser certains des avions mentionnés dans le livre, grâce à leurs carnets de vol, pour illustrer cet article.
« CARGO » est disponible à un prix raisonnable sur les sites internet de la FNAC, d’Amazon, de Bookelis, d’Hachette et de Librel, où il peut être commandé sous la référence « Cargo-Jissé -Bookelis ».
Robert Verhegghen
Photos : Jissé, archives Guy Viselé

