Hélène Dutrieu, la femme qui a survolé l'Olympia

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Grimbergen, le 2 janvier 2022. L'auteur Gunter Segers a écrit un livre passionnant sur Hélène Dutrieu. Il est recommandé aux passionnés de cyclisme comme aux passionnés d'aviation. L'aviatrice était non seulement une pionnière de l'aviation, mais aussi un modèle important pour l'émancipation des femmes.

Il y a quelque temps, France Télévisions a réuni l'actrice et présentatrice Virginie Efira, l'auteure-compositrice-interprète Angèle et l'auteure Amélie Nothomb. Il était frappant de constater à quel point peu de Français savaient qu'elles étaient belges. J'ai inconsciemment pensé à Hélène Dutrieu, l'aviatrice belge que l'on croyait généralement née en France. Pourtant, elle n'a jamais renié ses origines. Après une victoire à Florence, en Italie, par exemple, elle a hissé le drapeau tricolore belge.

Gunter Segers a fait des recherches très approfondies pour cette merveilleuse biographie d'Hélène Dutrieu, l'aventurière qui, à son époque, s'aventurait constamment en territoire masculin et brisait de nombreux plafonds de verre. Gunter (www.guntersegers.be) est auteur et illustrateur de livres illustrés, dont certains ont été traduits dans le monde entier. La biographie d'Hélène Dutrieu est son premier ouvrage de non-fiction, né de son intérêt pour l'histoire, le genre, les droits des femmes et le féminisme. Aucune biographie d'elle n'ayant jamais été publiée auparavant, Jurgen a consacré des années à des recherches de sources primaires. D'innombrables archives, nationales et internationales, ont été méticuleusement fouillées pour retracer sa vie dans ce livre. Il n'y a pas de descendants directs, ses contemporains sont décédés depuis longtemps et ses archives personnelles, si tant est qu'elles aient jamais existé, sont introuvables. Malheureusement, il n'existe aucune source pour les photos, par ailleurs nettes et généralement en grand format. Selon l'auteur, celles-ci ont été difficiles à retracer ; les images proviennent principalement des archives de l'éditeur. Cependant, la source de certaines photos sera communiquée aux lecteurs intéressés sur demande.

Couverture

Le mardi 10 juillet 1877, Hélène Dutrieu naissait à Tournai, fille d'un officier. Elle avait un frère de cinq ans, Eugène. À peine cinq semaines après sa naissance, son père, Florent, perdit son emploi et la famille déménagea à Lille, en France, où elle tenta de joindre les deux bouts. À quatorze ans, Hélène quitta l'école pour travailler. Elle souhaitait éviter une vie de femme de ménage ou d'ouvrière dans le coton. Son frère, Eugène, vit un potentiel dans le cyclisme, et sa sœur, Hélène, commença à l'accompagner aux vélodromes. Eugène connut le succès ; Hélène s'inscrivit également dans un club cycliste et participa à sa première course le 3 octobre 1892. Elle devint rapidement une athlète reconnue et s'installa à Paris. Le 1er novembre 1868, la première course cycliste féminine eut lieu à Bordeaux, où les athlètes portaient de longues jupes sur leurs vélos. Malgré leurs tenues suggestives, elles étaient considérées comme des dames de petite vertu. Mais les jupes longues cédèrent peu à peu la place à une tenue plus sportive. La nouvelle liberté de mouvement offerte aux femmes était une chose qu'elles refusaient de renoncer. Le vélo devint un facteur clé du processus d'émancipation, et Hélène servit de modèle aux suffragettes et à de nombreuses femmes ordinaires. Elle obtint d'excellents résultats sportifs internationaux, pratiquant également régulièrement le cyclisme en Belgique. En 1896, Dutrieu, alors âgée de dix-neuf ans, devint la première championne internationale de cyclisme sur piste à Ostende. Gunter Segers résumait tous ses résultats de course dans des rapports annuels clairs.

À la fin du XIXe siècle, l'intérêt pour les courses féminines commença à décliner. Les cyclistes comme Hélène étaient encore considérées comme des curiosités, et son frère Eugène continuait d'obtenir des résultats impressionnants. Entre-temps, Hélène avait amassé une fortune considérable grâce à ses vélos. Elle ouvrit une boutique de mode à Lille, mais sans succès. Pendant un temps, elle se consacra aux courses automobiles et motocyclistes. Elle envisagea même une carrière de chanteuse, mais elle l'abandonna rapidement. Retour donc au cyclisme. En août 1903, elle testa pour la première fois la « Flèche humaine » à Marseille devant un public. À bicyclette sans pédales, elle descendit un saut en hauteur à 65 km/h, puis plana sur quatorze mètres avant d'atterrir sur un plateau. La cascade fut un immense succès ; elle entama une tournée et survola même l'Olympia et Paris. « Voler dans les airs, c'est une sensation merveilleuse ! », dit Hélène. Elle remplaça son vélo par une moto, ce qui faillit lui être fatal. Après une chute où la moto a atterri sur son corps, elle doit passer près de deux ans en rééducation.

Durant sa rééducation, elle se passionna pour les débuts de l'aviation. À Paris en 1907, Hélène rencontra Henri Farman. Lui et ses deux frères étaient des cyclistes passionnés. Elle se rendit à Étampes pour voir voler Wilbur Wright. Albert Santos-Dumont cherchait à promouvoir son avion, la Demoiselle, et Hélène, qui pesait à peine 45 kilos, était la candidate idéale. Elle effectua son premier vol sur un tel appareil fin octobre 1909, sans licence et sans beaucoup de formation. Il est possible qu'Hélène ait été la première femme à piloter un avion, un fait que Gunter Segers, malgré ses recherches approfondies, n'a pu confirmer. La Demoiselle n'était pas un avion stable, et la liste des accidents continua de s'allonger, heureusement sans conséquences dramatiques pour Hélène. Elle échangea sa fragile Demoiselle contre un biplan Sommer, puis contre un biplan Farman, devenant pilote professionnelle sous l'égide de l'avionneur Farman.

Hélène prit des leçons de pilotage et Kiewit devint son port d'attache. Elle devint la première Belge à obtenir un brevet de pilote (n° 27, le 23 novembre 1910). Henri Farman lui assigna comme mécanicien permanent l'Algérien Édouard Beaud, qui resterait son compagnon constant. L'aviatrice voyagea avec son avion aux Pays-Bas, en Italie, en France, aux États-Unis et au-delà. La Belge, féministe avant-la-lettre, devint un modèle pour les suffragettes new-yorkaises en Amérique. En 1912, Hélène devint la première femme à piloter un hydravion. L'Aéro-Club de France lui rendit hommage, et naturellement, l'aéroclub belge lui emboîta le pas. En Belgique, elle fut reçue par le roi Albert. En 1913, le gouvernement français lui décerna la distinction de chevalier de la Légion d'honneur, devenant ainsi la première femme pilote à recevoir cette décoration.

Hélène Dutrieu avec son fidèle mécanicien Edouard Beaud. (Archives Günter Segers)

Pendant la Première Guerre mondiale, elle s'engagea pour la France. Elle se porta volontaire pour des vols de reconnaissance et prit plus tard la direction d'un hôpital de campagne. En juin 1915, elle partit pour les États-Unis comme ambassadrice de France auprès des Alliés. Lors de son séjour, elle noua également des contacts avec des constructeurs automobiles et, un an plus tard, commença avec succès l'importation de voitures américaines en France. En 1922, elle épousa Pierre Mortier, figure emblématique du monde littéraire. Ce mariage lui valut également la nationalité française. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le couple s'enfuit à Londres, où il rejoignit la Résistance du général de Gaule. Hélène décéda le 25 juin 1961, à l'âge de 83 ans, à son domicile parisien. Elle et son mari furent inhumés à Paris ; des rues de Tournai et de Gand portèrent son nom (voir base de données, mot-clé « Dutrieu »).

Son palmarès est impressionnant, et l'auteure le résume avec brio : première femme à rester plus d'une heure en l'air, première femme au monde à voler avec un passager, gagnante de la Coupe Femina… la liste est impressionnante. Nombre de ses citations marquantes sont magnifiquement mises en valeur dans le livre.

Naturellement, d'innombrables photos de la photogénique Hélène furent prises ; la presse adorait visiblement sa présence. C'était une jolie femme menue, également recherchée comme actrice ou mannequin pour les magazines de mode chics. Elle était à l'aise dans la vie mondaine de Paris.

En tant que cycliste ou aviatrice, elle était souvent maltraitée, par exemple si elle refusait de voler pour des raisons de sécurité. Elle a vu des collègues mourir dans des accidents sous ses yeux. Dans le cyclisme comme dans le monde naissant de l'aviation, le spectacle était primordial pour les organisateurs d'événements, la sécurité venant au second plan. Elle a également fait sensation dans l'aviation avec ses tenues non conventionnelles. La maison de couture Bernard, à Paris, a créé une combinaison de vol sur ses instructions. Voler sans corset a déclenché des scandales à plusieurs reprises, tant en Europe qu'aux États-Unis. Elle a parfois minimisé ses propres réussites, refusé de jouer le rôle de modèle féministe, et pour chaque succès remporté, elle a connu deux fois plus d'échecs. La Belge Hélène Dutrieu est un modèle mondial pour toutes les femmes, une femme libre et courageuse qui a joué un rôle de pionnière dans l'aviation. La biographie facile à lire de l'icône Hélène Dutrieu, issue d'une famille pauvre et refusant le conformisme, est aussi l'histoire de l'émancipation d'une femme. De nombreux obstacles qu'Hélène a dû surmonter en tant que femme sont toujours d'actualité en 2022. Le livre sur sa vie aventureuse a été publié par Les Iles (www.lesiles.be) imprimé dans une mise en page attrayante. Format 21 x 25 cm, couverture rigide, 392 pages, ISBN 978-94-915-4547-4, 39,5 €. Disponible en néerlandais, français et anglais. Commandes possibles via https://helenedutrieu.be/ ou visitez votre librairie de confiance.

Photo de Frans Van Humbeek

Frans Van Humbeek

Frans est rédacteur en chef de Hangar Flying. Journaliste aéronautique indépendant, il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'aviation. Il s'efforce d'aborder presque toutes les facettes de l'aviation belge, mais sa passion réside principalement dans le patrimoine aéronautique et l'histoire des aérodromes belges. Au sein de la rédaction de Hangar Flying, il met également à jour www.aviationheritage.eu.