Bevekom, le 20 juillet 2021. Il y a quelques jours, la Belgique a été frappée par des inondations catastrophiques, entraînant d'importantes pertes humaines et matérielles. Après une minute de silence en mémoire des nombreuses victimes de la catastrophe du week-end précédent et l'interprétation de la Brabançonne par la fanfare de la Royal Air Force, la cérémonie d'inauguration de la stèle commémorative du Spitfire s'est déroulée au Centre historique de la 1re Escadre (1WHC), en présence d'un groupe restreint d'invités de marque : anciens pilotes, sponsors, donateurs, représentants de la base de Beauvechain et des escadrons 349 et 350, ainsi que des bénévoles.


Une réplique grandeur nature
« Oui, nous le pouvons. » C’est en ces termes que Guy Van Eeckhoudt, président du 1WHC, évoque les origines de cet ambitieux projet, lancé en 2019 lors d’une réunion d’anciens pilotes, dont Jan Van Den Briel, pour qui le Spitfire, et en particulier le Mk 14, demeure le summum des chasseurs qu’il a pilotés durant sa carrière. Les pilotes les plus anciens se souviendront que la base abritait un Spitfire Mk 14 « hybride » (composé du fuselage du RN201/SG-31 et des ailes du RM916/SG3) sur un piédestal dans l’enceinte de Chise, avant d’être transféré aux Britanniques en avril 1990 et mis en service.

L'acquisition d'un Spitfire authentique étant financièrement hors de portée, l'idée a été lancée d'acheter une réplique grandeur nature auprès de la société anglaise « GB Replicas » de Catfield, afin que cet avion emblématique rejoigne enfin les collections du 1st Wing Historical Centre. Le projet consiste à installer au cœur du musée une réplique sur roues du Spitfire Mk 9, tel qu'il volait aux couleurs britanniques au sein des escadrons 349 et 350, deux escadrons stationnés à Beauvechain pendant de nombreuses années. La réplique du Spitfire, livrée le 11 décembre 2020, a depuis été soigneusement entretenue par des bénévoles en vue de sa présentation au public et de l'inauguration officielle de la stèle commémorative en hommage à ces « hommes courageux qui ont tout risqué pour la liberté et à l'avion légendaire qu'ils pilotaient ». La réplique est équipée de tous ses rivets (environ 100), et le cockpit est actuellement équipé de pièces imprimées en 3D telles que le quadrant des gaz, la visière, le compas, les interrupteurs magnétiques, et plus encore. Le lecteur trouvera des détails sur ce projet dans l'article de Guy Viselé paru ce mois-ci et consacré au 1st Wing Historical Center.

Une cérémonie sobre
Après cette période tumultueuse de pandémie de COVID-19, l'inauguration officielle de la stèle commémorative et du Spitfire a finalement eu lieu le mardi 20 juillet. Après avoir rendu hommage aux victimes des inondations, le président du 1WHC a tenu à remercier tout particulièrement les bénévoles qui ont contribué à l'installation de la stèle, notamment Jean Gorderniaux, graphiste et maquettiste, et Marcel Peeren, ancien technicien de la 1re Escadre, qui, à partir des plans fournis par Johan Wolf, concepteur de nombreux mémoriaux dédiés au F-16, a réalisé la décoration sur l'empennage d'un F-16 articulé, monté sur un socle en béton.


Il s'est ensuite adressé aux premiers donateurs importants qui ont immédiatement soutenu le projet et lui ont conféré la crédibilité nécessaire pour oser le lancer, à savoir Mme Mimi Solvay de Terhulpen et S.A.S. le Prince Michel de Ligne, Colonel-pilote, commandant du 9e régiment d'aviation de la 9e escadre de l'armée de l'air.e Étaient présents : Danny Cabooter, président du musée Stampe Vertongen de Deurne et gardien de la légende du Stampe SV4 ; Bernard Van Milders, président-directeur général de Flying Group, représenté par M. Maes de sa société ; le général Van Caelenberge (à la retraite), ancien chef d'état-major des armées et actuel président des Vieilles Tiges de Belgique ; et le général Michel Mandl (absent). Étaient également présents : le général Wilfried De Brouwer, vice-président des Vieilles Tiges, et le colonel Marcel Vander Stockt, lui aussi ancien pilote de Spitfire au sein du 349e escadron.



La stèle commémorative a ensuite été dévoilée par Jan Van den Briel, 92 ans, président du Spitfire Pilot Club et initiateur du projet, en compagnie de Guy Van Eeckhoudt. Ce dernier a rappelé aux personnes présentes les moments marquants de la carrière de l'un des derniers pilotes de Spitfire encore en vie dans l'US Air Force, dont le nombre, comme on pouvait s'y attendre, se compte désormais sur les doigts d'une main.
La réunion s'est conclue par un verre convivial et de la musique interprétée par le Royal Air Force Band, qui a notamment joué l'hymne national du 349e escadron.

Jan Van Den Briel, pilote de Spitfire
Jan Van Den Briel est un de ces vétérans qu'il est intéressant de rencontrer, car son enthousiasme est intact et ses anecdotes sur les débuts de l'Armée de l'Air américaine d'après-guerre sont nombreuses. Jan est né à Boom en juillet 1929. Après la guerre, il a entamé une carrière de contrôleur aérien au ministère des Transports, ce qui lui a permis de se former aux États-Unis et de commencer à piloter un Piper Cub L-4H. En tant qu'élève-officier de réserve durant son service militaire, il a été affecté à une unité d'artillerie antiaérienne et portait l'uniforme « kaki », ce qui lui a valu de nombreuses moqueries pendant sa formation de pilote au sein du 122e escadron.e Promotion dans l'armée de l'air en janvier 1952. (https://www.youtube.com/watch?v=w6rbiEq58nI).

Après une formation à l'EPE de Gossoncourt sur SV-4B, il intègre l'EPA de Brustem sur T-6 Harvard et Spitfire Mk9. Il obtient son brevet de pilote le 15 janvier 1953 et effectue ensuite 50 heures de vol sur Spitfire Mk14 à l'école de pilotage de chasse de Koksijde. Il garde un souvenir impérissable de cette période passée sur Spitfire, qu'il considère comme l'avion de chasse par excellence et qui l'a tellement marqué qu'il fonde plus tard, avec le général Marcel Desmedt, le Spitfire Pilot Club, qui réunit les pilotes belges ayant volé sur Spitfire et dont il est l'actuel président.

Affecté au 349 en mai 1953e Au sein de l'escadron de Beauvechain, il pilotait le Meteor 8. Le 23 juillet 1953, avec son ami Marcel Vander Stockt, il joua un rôle déterminant dans une mission de chasse lors de l'exercice majeur de l'OTAN « Coronet », qui aurait pu tourner au désastre. Au cours de cette mission, douze Meteor de la 349e Force aérienne durent atterrir en catastrophe, faute de carburant suffisant, sur la nouvelle piste courte de 900 mètres de l'aéroport de Trèves (RFA), après avoir pénétré trop profondément en territoire ennemi et s'être perdus au-dessus de la couche nuageuse (voir [référence manquante]). https://www.vieillestiges.be/files/vtb-magazines/3-2013.pdfEn 1956, il suivit le cours de chef de chasse à 29 ans.e Il a rejoint un escadron et est devenu instructeur à Brustem. Il a quitté l'armée de l'air en 1958 pour entamer une longue carrière à Sabena, qu'il a conclue en 1982 comme commandant de bord sur Boeing 737. Il a atteint le grade de lieutenant-colonel dans la réserve de l'armée de l'air.
Une rencontre très intéressante qui m'a permis de consulter la mémoire de Jan pour obtenir des informations que je recherchais depuis longtemps et que seul un vétéran du début des années cinquante pouvait me donner : à savoir, la couleur des cibles aériennes utilisées par les Mosquito TT de l'école de pilotage de chasse.

Il s'agit d'un projet abouti qui en annoncera certainement d'autres. Qui sait, pourquoi pas un CF-100 ? Avec le dynamisme du Golden Falcon, tout semble possible.
Mes remerciements à Jan Van Den Briel, Guy Van Eeckhoudt, Serge Bonfond, Marc Nuyens, Françis Van Cutsem.
Texte : Bob Verhegghen
Photos : 1st Wing Historical Center, R. Verhegghen

