Bienvenue au club aux onze nouveaux pilotes

Les nouveaux pilotes posent pour la photo traditionnelle en présence du Général-major Aviateur Thierry Dupont, Commandant de la Composante Air.

Bevekom, le 30 septembre 2020. La base du Centre de compétences aériennes a célébré l'arrivée de onze jeunes pilotes au sein de la composante aérienne du ministère de la Défense, intégrant ainsi le cercle très fermé des pilotes. Pour commémorer la cérémonie de remise des ailes aux nouveaux pilotes, un défilé a été organisé, accompagné, comme de coutume, par la musique de l'Armée de l'air. De nombreuses personnalités civiles et militaires ont honoré la cérémonie de leur présence, parmi lesquelles l'amiral Hofman, chef d'état-major des armées, le général de division Thierry Dupont, récemment nommé commandant de la composante aérienne, et le colonel Pascal July, nouveau commandant du Centre de compétences aériennes et responsable du dispositif mis en place pour l'occasion.

Les onze nouveaux pilotes saluent le public juste avant le début de la cérémonie de remise des insignes.
Le colonel aviateur Stéphane Pierre épingle fièrement les ailes sur la veste de son fils Jonathan, pilote d'hélicoptère.
Les nouveaux pilotes posent pour la photo traditionnelle en présence du général de division Thierry Dupont, commandant de la composante aérienne.

Parmi les onze nouveaux pilotes, on compte six pilotes de chasse : les lieutenants Pieter Baeyens, Aaron de Wispelaere, Séverin Godart et Antoine Hamblenne, ainsi que les sous-lieutenants Jean Marchand et Vincent Vervloet. Tous ont obtenu leur brevet de pilote de chasse dans le cadre du programme ENJPPT (Euro-NATO Joint Jet Pilot Training) à Wichita Falls, aux États-Unis. La promotion comprend également trois pilotes d'hélicoptère : le lieutenant Jonathan Pierre, dont le père, le colonel Stéphane Pierre, a eu l'honneur d'épingler les ailes de pilote sur la veste de son fils, ainsi que les sous-lieutenants Brice Fournier et Georgiy Pilpani. Enfin, deux pilotes de transport, le lieutenant Gilles Luyten et le sous-lieutenant Samuel Leleux, viennent renforcer les effectifs. Leur arrivée coïncide avec la livraison de l'Airbus A400M Atlas, prévue à Melsbroek le 9 octobre.

Le traditionnel lancer de képi, exécuté avec vigueur par les nouveaux diplômés ; le colonel Pascal July et le major-général Thierry Dupont (au centre) semblent apprécier la démonstration, bien qu'ils s'abstiennent d'y participer.
Six des vingt élèves pilotes de la prochaine promotion sont actuellement en formation au sein du 5e escadron ; ils sont vingt au total (contre vingt-sept initialement), formant ainsi ce que l'on pourrait appeler une « promotion importante ».
Les candidats à la prochaine cérémonie de remise des prix d'escadrille examinent les avions qu'ils espèrent piloter bientôt… bon courage, les garçons (et les filles), c'est bientôt l'heure !

Il convient de noter que la moitié de la classe, et six jeunes pilotes en particulier, provenaient également des Cadets de l'Air : l'importance de cette institution, véritable pépinière de jeunes pilotes, ne saurait être surestimée !

Les cadets de l'air amènent le planeur Grob G102 Astir CS Jeans dans le hangar.
Formation des pilotes de chasse et de transport : le SIAI SF260M ST-46, l'Embraer Xingu 099/YP français de l'école d'Avrord et le F-16 AM, le Pilatus T-6/PC 9 d'origine américaine, est manquant.

Un parrain prestigieux
La nouvelle promotion d'élèves pilotes avait choisi le colonel aviateur Alexandre Binon comme parrain. Il obtint son brevet de pilote en 1936, lors de la 72e promotion. En 1939, il fut affecté au 5e escadron du 3e groupe du 3e régiment d'aviation à Fairey Battle. Son emblème était le faucon égyptien.

Le parrain de cette promotion était le colonel Alexandre Binon, qui était l'un des pilotes de Fairey Battle ayant participé à l'attaque héroïque du pont de Vroenhoven le 11 mai 1940.

La Blitzkrieg éclata le 10 mai 1940 et l'unité se replia sur l'aérodrome de Belcele, près de Sint-Niklaas-Waas. Les Fairey Battle furent divisés en trois groupes de trois appareils pour bombarder les ponts du canal Albert qui n'avaient pas été détruits par les sapeurs et sur lesquels affluaient troupes, blindés et transports ennemis. La mission était suicidaire, car larguer des bombes à courte portée, sous le rideau de feu de la DCA allemande et dans un ciel grouillant de chasseurs ennemis, relevait du suicide. Mais les équipages des 5e et 9e escadrilles d'Evere entrèrent dans la bataille avec un courage digne des héros d'antan. Parmi eux, l'adjudant Binon prit pour cible le pont de Vroenhoven, où son Battle fut criblé de vingt impacts lors de son premier et unique passage ; la moitié de sa gouverne de direction fut arrachée et des balles de DCA percèrent son siège, heureusement sans faire de blessés parmi l'équipage.

Six des neuf Battles furent abattus, mais Alexandre Binon parvint miraculeusement à ramener son appareil, criblé de balles, à la base. Sur les dix-huit pilotes qui lancèrent l'attaque contre les Allemands, cinq furent tués et quatre grièvement blessés. Leur courage fit de nos pilotes l'une des pages les plus glorieuses de l'histoire de l'aviation militaire belge.

Photo de groupe du 5e escadron, 3e groupe, 3e régiment d'aviation en 1940 : l'adjudant Alexandre Binon est le premier à droite, masquant partiellement Jacques Dôme ; au centre, le capitaine Charley de Hepcée, commandant du 5e escadron. (Jacques Dôme)

La Belgique déposa les armes et, pour éviter d'être capturé, Alexandre Binon utilisa son poste d'inspecteur au ministère de l'Agriculture, qui lui servit également de couverture pour ses activités de résistance. Il échappa de justesse aux griffes de la Gestapo en mai 1943. Il poursuivit ses activités clandestines jusqu'à la libération de la Belgique par les Alliés, puis réintégra l'Aviation militaire belge, devenue l'Armée de l'air, après une formation intensive auprès de la Royal Air Force.

Sa conversion en pilote de transport en 1948 lui permit d'effectuer plusieurs fois la liaison Belgique-Congo à bord d'un C-47 Dakota, dans le cadre de la construction de la base de Kamina. Sa conversion sur Fairchild C-119 Flying Boxcar durant l'été 1952 le conduisit à piloter le premier appareil de ce type entre une base américaine en Allemagne et Melsbroek. Le C-119 était conçu pour permettre le transport de matériel plus volumineux, comme les avions d'entraînement Harvard destinés à l'école de pilotage avancée, en un temps nettement inférieur à celui du C-47.

L'un des faits marquants de la carrière d'Alexandre Binon fut la coordination du voyage de retour de Belgique au Congo en 1959 d'une formation de quatre Avro Canada CF-100 Canucks. L'« Opération Simba » bénéficia du soutien de plusieurs C-119 durant ce long périple. Les avions de transport étaient sous le commandement du lieutenant-colonel Binon, navigateur supérieur de la 15e Escadre.

Alexandre Binon aux commandes d'un C-119 Flying Boxcar lorsqu'il commandait le groupe aérien de la 15e escadre. (Alexandre Binon)

Après sa conversion sur Hawker Hunter au sein de la 7e escadre de chasse et l'obtention de son diplôme de chef de patrouille, il prit le commandement du 25e escadron, puis du groupe aérien et de la 13e escadre. Il fut nommé officier supérieur au bureau des opérations de l'état-major de la chasse. Il géra avec brio la logistique des transports durant les événements tragiques qui marquèrent l'indépendance du Congo. Alex Binon devint chef d'état-major de la 15e escadre le 9 septembre 1960. Ce poste lui offrit plusieurs occasions de transporter le roi Baudouin et sa famille à bord d'un DC-3 et d'un DC-6. Le souverain, passionné d'aviation, fit l'acquisition d'un bimoteur Aero Commander en 1962, et Alex Binon fut son instructeur à cette occasion. La dernière affectation du colonel Binon fut celle de chef de la division offensive au sein de l'état-major de la 2e force aérienne OTAN.

Le commandant Michel Salmon, du 5e Escadron, qui, à l'instar de l'École élémentaire de pilotage, a adopté les traditions et le drapeau du 5e Escadron de 1940, reçoit le drapeau de ce dernier. Alexandre Binon le lui remet, entouré de plusieurs vétérans du Fairey Battle, de droite à gauche : Jacques Dôme, Henri Dewit, Joseph Berghmans et Paul Bourtambois. (Jacques Dôme)

Le colonel Binon a ainsi conclu une carrière de pilote incomparable et brillante. Cet officier très respecté, qui participa à l'héroïque mission de bombardement des ponts du canal Albert en mai 1940, quitta l'Armée de l'air avec les honneurs. Nous souhaitons la bienvenue aux nouveaux pilotes et leur adressons nos meilleurs vœux d'une carrière fructueuse sous les ailes de la cocarde noire, jaune et rouge.

Photo de Jean-Pierre Decock

Jean-Pierre Decock

Brevet B de vol à voile en 1958. Pilote d'avion privé en 1970. Totalise 600 heures de vol dont 70 d'acro. Un œil droit insuffisant même pour une carrière en vol. (Co-)Auteur et traducteur de 41 ouvrages d'aviation publiés en 4 langues depuis 1978. Compétences : histoire, technique et pilotage (aviation civile, militaire ou sportive).