Bruges, le 26 juin 2020. S'il y a bien une chose que les pilotes savent faire, c'est raconter des histoires de vol. Le livret « Fighter Pilots Open Up » est le meilleur exemple de vol en hangar. Au sens littéral, bien sûr, car notre magazine tire son nom de l'expression anglaise « discussion about aviation ».
Ce livre néerlandais – dont la couverture est à elle seule typiquement néerlandaise – est un recueil de plus de 200 anecdotes courtes racontées par 55 pilotes de chasse, généralement racontées au bar de l'escadron. Les récits vont du pilotage de Spitfires au dernier F-35, en passant par tous les types intermédiaires ayant servi dans l'armée de l'air royale néerlandaise. La plupart des anecdotes concernent le F-104 Starfighter. Ce livre est la suite de « Fighter Pilots in the Cold War », dont le format était similaire et qui en est maintenant à sa troisième édition.

Il est illustré de photos, de peintures et d'œuvres d'art numériques. Pas d'histoires héroïques, mais avec l'humour et le sarcasme nécessaires, on découvre ce que c'est que de piloter un avion de chasse. Surtout avec tous les problèmes qui peuvent survenir. Ce n'est pas surprenant, quand on sait que les pilotes repoussent souvent leurs limites et celles de leur avion.
Également pour les passionnés d'aviation belge ?
Mais pourquoi ce livre intéresse-t-il aussi les passionnés d'aviation belges ? Les récits de nos voisins du nord sur les vols de Hunter, de F-104 Starfighter ou de F-16 sont assez similaires à ceux de notre armée de l'air : quasiment les mêmes types, les mêmes problèmes… mais aussi un entraînement de pointe. Les fréquents vols à basse altitude au-dessus de l'Allemagne, où les stratèges militaires prédisaient une bataille acharnée si la Guerre froide s'intensifiait, constituaient également un terrain d'entraînement idéal pour nos escadrilles tactiques.
En outre, des anecdotes ont également été écrites sur la formation commune à Brustem, le Dutch Advanced Flight Training ou, pour nous, le Perfection Center.
On lit, par exemple, comment les instructeurs enfonçaient littéralement du poing dans les casques des pilotes néerlandais le matériel d'exercice du cockpit. Le vol de nuit sur le Fouga Magister était également une anecdote intéressante : pour permettre au plus grand nombre d'aspirants pilotes d'utiliser le circuit de nuit, un circuit spécial avait été développé. Un grand circuit en huit était tracé à 3.000 mètres d'altitude, mais tous les points de virage n'étaient pas marqués par des villages ou des industries, pourtant habituellement empruntés. L'itinéraire s'appuyait sur les bordels omniprésents de la région. Ces derniers arboraient des enseignes lumineuses rouges ou bleues très reconnaissables à l'extérieur. Cela suffisait au jeune aviateur pour naviguer le circuit de nuit, volant d'un bordel à l'autre. Selon l'auteur de cet article, les moniteurs étaient particulièrement bien informés sur l'emplacement.

Florennes
Quelqu'un sait-il encore où se trouve le canon du 315e Escadron néerlandais ? En janvier 1966, les Néerlandais ont détourné une pièce d'artillerie de campagne appartenant à leurs collègues commandos à la caserne Nassau de Roosendaal. Le récit de cette mission réussie est disponible dans le livre… Mais plus tard, le canon a été subtilisé par des pilotes belges lors du stage de conversion opérationnelle du 315e Escadron et emmené à Florennes. L'auteur de l'histoire, impliqué dans le complot, avait fouillé minutieusement la base de Florennes en septembre 1972 lors du Tactical Weapons Meeting, mais le canon avait déjà disparu. L'un de nos lecteurs sait-il ce qu'il est devenu ?
De nombreux passionnés de Mirage de Florennes connaissent encore le pilote néerlandais de NF-5 qui bloqua la piste de Florennes lors d'un exercice local de grande envergure. Le pilote en question espérait un déjeuner copieux, mais malheureusement, en raison de la simulation de guerre, ce n'était qu'un maigre panier-repas. Après le décollage, le pilote poursuivit son vol, mais une forte détonation et une chute de régime du moteur droit lui indiquèrent clairement qu'il devait atterrir rapidement : retourner à Florennes. En raison de la grande quantité de carburant dans les réservoirs et d'un parachute de freinage défectueux, les roues du NF-5 se bloquèrent sur la piste mouillée, provoquant l'éclatement de deux pneus. Des secours arrivèrent en tenue de combat complète, masques à gaz compris. Mais l'avion ne put dérailler sans dommages. De nombreux officiers supérieurs se présentèrent, mais même cela ne permit pas le déplacement nécessaire. Pendant ce temps, les Mirage basés, y compris le commandant de la base, durent se dérouter vers d'autres aérodromes. Une heure après l'incident, le NF-5 était sorti de piste… mais l'exercice prévu avait été complètement gâché. Le malheureux pilote néerlandais n'arrivait pas à suivre les discussions en français. Un hélicoptère avec un mécanicien arriva d'Eindhoven, mais les réparations allaient prendre du temps. Le pilote rentra chez lui avec l'hélicoptère ; le commandant de la base ne vint pas le saluer…
Les pilotes de chasse s'ouvrent
245 pages format A5
composition Martin Leeuwis, pilote d'hélicoptère à la retraite de l'armée de l'air royale néerlandaise,
Publications Leeuwis, Vlijmen.
ISBN 978 94 90008 222
www.jachtvliegers.info
Texte et photos : Tom Brinckman


