Premiers vols charters

Le Bristol 175 Britannia d'Air Espagne en cours de transbordement des bagages des passants en 1969 à Zaventem; immatriculé EC-BFK en Espagne, avec le début du voyage à Malaga en septembre 1969. (Photo Guy Viselé)

Bruxelles, le 28 décembre 2020. En fouillant dans mes archives, je suis tombé sur des diapositives de Douglas DC-6B des années 1960. Elles ont immédiatement fait ressurgir de nombreux souvenirs émus des débuts des vols charters et des vacances ensoleillées.

À bord d'un Douglas DC-6B aux îles Baléares
C'était en septembre 1968, et les vols charters étaient le vecteur de nouvelles vacances ensoleillées qui permettaient de filer de la Côte d'Azur vers l'Espagne, principalement la Catalogne. Le voyage en voiture depuis la Belgique était fastidieux, mais les avions charters rendaient ces trajets beaucoup plus agréables et rapides. L'exotisme des touristes se déplaçait vers les Baléares ou l'extrême sud de l'Espagne. Ils privilégiaient également les séjours « tout compris ». 1968 était une année particulière à plus d'un titre, notamment grâce aux folles journées de mai en France : pensez aux slogans folkloriques ou novateurs chantés par les étudiants de la Sorbonne, tels que « Sous les pavés, la plage » ou « L'imagination au pouvoir » (pour n'en citer que quelques-uns). J'ai donc décidé de partir en vacances au soleil, à la plage (sans les pavés !).

Le Douglas DC-6B immatriculé OO-CTN en approche de Zaventem en 1968. (Archives Jean-Pierre Decock)
Le DC-6B (OO-CTN) à Zaventem en 1970. (Archives Jean-Pierre Decock)

Les avions charters de l'époque étaient essentiellement des appareils qui avaient été remplacés, dès le début des années 1960, par des avions de ligne plus rapides et plus confortables. C'est ainsi que j'ai découvert le DC-6B, équipé d'un radar météorologique dans le nez et capable de transporter environ quatre-vingts passagers sur des distances relativement longues. Il fallait plus de trois heures pour relier Bruxelles à l'île de Majorque, la perle des Baléares. Le vol était confortable, malgré les désagréments typiques des avions de ligne à pistons : vibrations, bruit de fond important et à-coups intermittents donnant l'impression que les moteurs cherchaient un second souffle pour faire tourner les hélices. Néanmoins, en tant que jeune passionné d'aviation (ayant fondé une section de propagande aéronautique quinze ans auparavant), j'ai pleinement apprécié le vol à bord des DC-6B immatriculés OO-CTN et OO-CTK, à l'aller comme au retour. Ces appareils avaient été immatriculés en mars 1954 et mai 1953 et retirés du registre belge en septembre 1971 et novembre 1973.

Le DC-6B OO-CTK, du vol vers les îles Baléares jusqu'au roulage en 1968. (Archives Jean-Pierre Decock)
L'OO-CTK, initialement immatriculé au Congo belge en 1953, est visible ici à N'djili alors qu'il louait la Sabena à Air Congo entre octobre 1961 et avril 1962. (Archives Jean-Pierre Decock)

à Malaga en Bretagne
En 1969, les vacanciers s'envolaient pour la Costa del Sol (sud de l'Espagne), et cette fois-ci, l'avion affrété était un Britannia 175, un appareil britannique relativement récent. Surnommé « Le Géant Silencieux », il pouvait transporter une centaine de passagers et était propulsé par des turbopropulseurs. De ce fait, l'avion vibrait à peine et volait à une altitude où l'inconfort causé par les turbulences nuageuses était pratiquement inexistant.

Les vols charters de Britannia étaient opérés par Air Spain, une compagnie espagnole de vols charters et de fret fondée en 1963 et dissoute dix ans plus tard, principalement en raison de la crise pétrolière de la fin de 1973.

Je me souviens particulièrement des foules de touristes à bord, car peu d'entre eux avaient une expérience pratique du voyage en avion et pensaient, comme pour le train, que si nous ne nous précipitions pas pour remplir un siège, nous étions condamnés à faire le voyage !

Un Bristol 175 Britannia d'Air Spain, immatriculé EC-BFK en Espagne, a été déchargé de bagages de passagers à Zaventem en 1969. Il s'agissait de l'appareil en route pour Malaga en septembre 1969. (Photo : Guy Visélé)
Lors d'une escale à Ostende en 1969, Britol immatricula le 175 Britannia EC-Bsy. (Photo Guy Visele)

Lors du vol de septembre 1969, à l'atterrissage à Malaga, je me souviens avoir aperçu, de l'autre côté de l'aéroport, des rangées de bombardiers Heinkel 111 de l'aviation militaire espagnole, alors encore en service, rassemblés pour le tournage de « La Bataille d'Angleterre », qui sortirait au cinéma début 1970. En revanche, au retour, nous avons dû faire escale à l'aéroport de Cadix pour embarquer un touriste supplémentaire. Pendant l'immobilisation de notre avion, je me souviens avoir vu une vingtaine de Junkers Ju 52/3M, savamment alignés et toujours utilisés par les parachutistes espagnols.

Cependant, au début des années 1970, les vols charters à turbopropulseurs furent progressivement relégués aux opérations de fret, les clients les délaissant au profit des avions de ligne à réaction.

à Calvi à Burggraaf
En 1971, les vacanciers se rendaient en Corse, « l’Île de Beauté », qui ne portait pas ce surnom. L’avion choisi pour rejoindre Calvi, au nord-ouest de l’île, fut emprunté non pas par un vol charter, mais par la ligne régulière d’Air Inter, la compagnie aérienne française.

À Nice en 1970, les Vickers 708 étaient exploités par Air Inter et immatriculés F-BGNQ. (Archives Jean-Pierre Decock)
Le Vickers F-BGNP, immatriculé aux couleurs d'Air France, était à bord lors d'une escale à Heathrow en 1959 ; il était à bord du même appareil, mais aux couleurs du vol Lille-Calvi en septembre 1971. (Archives Jean-Pierre Decock)

Après avoir atterri à Lille-Lesquin, à une vingtaine de kilomètres de la frontière belge, nous devions rejoindre Lyon, puis Nice, et enfin Calvi, toujours à bord du même avion. Nous sommes partis à dix heures du matin et sommes arrivés à Calvi à dix-sept heures. L'appareil était un Vickers Type 708 quadriturbopropulseur, pouvant transporter une quarantaine de passagers. Le Viscount fut le premier avion au monde propulsé par des turbopropulseurs. Silencieux et rapide, cet avion court et moyen-courrier offrait un confort et une vitesse de vol exceptionnels. Je garde un souvenir ému de cette expérience aérienne, vécue à bord des Viscounts F-BGNQ et F-BGNP, immatriculés en 1953 pour Air France.

En résumé
Avec le recul d'une cinquantaine d'années, je réalise que, sans l'avoir souhaité, j'aurais pu voler à bord d'avions aujourd'hui considérés comme des classiques, juste avant leur retrait définitif. C'était une opportunité qui n'existerait plus, mais qui resterait l'un de mes plus beaux souvenirs : Faith of Spotter !

Jean-Pierre Decock

Photo de Jean-Pierre Decock

Jean-Pierre Decock

Brevet B de vol à voile en 1958. Pilote d'avion privé en 1970. Totalise 600 heures de vol dont 70 d'acro. Un œil droit insuffisant même pour une carrière en vol. (Co-)Auteur et traducteur de 41 ouvrages d'aviation publiés en 4 langues depuis 1978. Compétences : histoire, technique et pilotage (aviation civile, militaire ou sportive).