Beauvechain, le 2 octobre 2019. La composante aérienne de La Défense célèbre l'arrivée de sept nouveaux pilotes, dont une jeune femme affectée au transport aérien et formée au sein de l'Armée de l'Air, ainsi que deux pilotes d'hélicoptère ayant achevé leur formation au sein de l'ALAT (Aviation légère de l'Armée de terre) française. Les quatre autres jeunes pilotes, récemment qualifiés pour la chasse, ont validé le nouveau programme de formation de l'US Air Force et obtenu ainsi les prestigieuses « ailes d'argent » épinglées sur la poche droite de leur veste. Ce nouvel accord de formation remplace celui des Ajets, qui a duré quatorze ans sur les AlphaJets belgo-français utilisés conjointement à Tours et Cazaux, et qui a pris fin avec le retrait des AlphaJets de l'Armée de l'Air belge, effectif fin 2018.




Un moment inoubliable pour chaque pilote
La remise des ailes est une cérémonie empreinte d'émotion, qui couronne un long et difficile parcours, réunissant une élite. La grande fierté des porteurs d'ailes est donc tout à fait légitime, car l'aboutissement de cette position si convoitée est parfaitement illustré par la devise commune de l'insigne de pilote de l'Armée de l'Air : « L'étoile vous guide, les ailes vous portent et la couronne de lauriers vous attend. »




Comme de coutume, la cérémonie d'ouverture a été suivie du salut à l'étendard, de la réception des autorités civiles et militaires, et du discours de clôture prononcé par le commandant de la composante aérienne de défense, le général de corps d'armée Bem Frederik Vansina. L'ensemble du défilé était commandé par le colonel de l'Armée de l'air Bem Patrick Goossens, commandant du Centre de compétences aériennes de Beauvechain.
Un défilé aérien très réussi
Outre les troupes et la musique royale de l'Armée de l'Air, le tarmac offrait en arrière-plan plusieurs hélicoptères et avions : du côté des hélicoptères, il y avait un Eurocopter EC 130 Hummingbird français sur lequel les jeunes pilotes ont été formés à Dax, en France, et un Agusta A109 sur lequel les futurs pilotes belges d'hélicoptères se perfectionneront, ainsi qu'un NH90 MTH, auquel ils auront accès dans quelques années ; du côté des avions, il y avait un SIAI-Marchetti SF260M sur lequel les jeunes pilotes ont effectué leurs premiers vols, ainsi qu'un Embraer Xingu français sur lequel les jeunes pilotes de transport se sont qualifiés à Avord et un Lockheed C-130 Hercules qui les attend pour perfectionner leurs compétences de pilotage de gros avions et, à partir de 2020, sur le très gros Airbus A400M Atlas. Pour les pilotes de chasse qui se sont perfectionnés aux États-Unis, leur profil sera suffisant après leur transfert à l'OCU (Unité de conversion opérationnelle) sur F-16BM à Kleine-Brogel, suivi d'une affectation dans l'un des escadrons de chasse sur F-16AM et, dans quelques années, aux commandes d'un FA-35 !



La cérémonie s'est conclue par le survol de quatre F-16AM, trois Agusta A109 et un C-130H CH11 arborant des fanions d'invasion commémorant le 75e anniversaire.la Anniversaire du débarquement de Normandie.
Un sponsor prestigieux pour le sponsor
La promotion précédente était composée exclusivement d'élèves de la Royal Military Academy qui avaient déjà choisi un parrain ; celle réservée aux aviateurs a été reportée à 2019. La promotion 16 a donc reçu le commandant Jacquet comme parrain.
Fernand Jacquet entra à l'école militaire en octobre 1907 et rejoignit la 4ela De Ligne, un régiment d'infanterie, s'engage à la fin du mois de juin 1910. Passionné d'aviation, il sort de l'anonymat et obtient le brevet civil n° 68 le 25 février 1913. Il devient ainsi l'un des pionniers de l'aviation militaire belge. Affecté à la Compagnie des Aviateurs, il reçoit son brevet militaire le 30 août 1913.



Il participa à la guerre en 1914 à bord de son Jero-Farman HF.20. Le 26 février 1915, aux commandes de son HF.20 et accompagné de deux autres hommes, il chargea une douzaine de biplans allemands, et un combat acharné, mais indécis, s'ensuivit. Déterminé à neutraliser les appareils ennemis, il fit installer une mitrailleuse dans le cockpit de son Farman HF.20 « Hen Cage », manœuvrée par son observateur, Henri Vindevoghel. C'est cet équipage qui, le 17 avril 1915, chargea un biplan ennemi et le détruisit, lui valant ainsi la première victoire reconnue de l'aviation belge. Ce fut la première de sept victoires officielles, auxquelles on pourrait ajouter au moins une douzaine d'autres, mais qui ne lui furent pas attribuées. Très actif en 1916, il prit le commandement de la 1re division aéroportée en décembre de la même année.ère L'escadron de chasse atteindra le statut de premier as belge le 1eréther Février 1917. Il eut l'honneur d'emmener le roi Albert sur le front en tant qu'observateur le 18 mars 1917.
Il fut nommé chef du groupe de chasse, plus souvent appelé « Groupe Jacquet », et surnommé « Banjo ». Avec 598 missions et 126 combats aériens à son actif, Fernand Jacquet fut le pilote belge le plus actif de la guerre, malgré sa mauvaise vue qui l'obligeait à porter des lunettes. Il fut le seul Belge à recevoir la DFC (Distinguished Flying Cross) durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), et fut par la suite décoré de la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur et de la Croix de Guerre française.
Fernand Jacquet quitta l'armée en 1920 et créa une école de pilotage et des ateliers de révision, d'assemblage et de construction aéronautiques à l'aérodrome de Charleroi-Gosselies, dont il était également le promoteur.
Il fut également très actif dans la résistance contre les occupants allemands en 1941 et 1942, notamment en créant des voies d'évasion pour les pilotes alliés descendant au-dessus de la Belgique, ce qui entraîna son arrestation et son emprisonnement par la Gestapo à la citadelle de Huy en 1942. Profondément affecté par les mauvais traitements qu'il subit, Fernand Jacquet se retira dans sa maison de Leval-Chaudeville, où il mourut le 12 octobre 1947.
Jean-Pierre Decock

