Bruxelles, décembre 1976. J'écris mon premier « Grand Article » pour le numéro 25 de Review Kit de l'IPMS (Société Internationale des Maquettistes Plastiques). Le sujet : les nouveaux Sea King qui viennent d'entrer en service à Koksijde. À l'époque, la documentation était loin d'être aussi accessible qu'aujourd'hui avec Internet, et les observateurs étaient encore expulsés par des parlementaires ou arrêtés administrativement par la gendarmerie s'ils étaient surpris à prendre des photos aux abords des bases. Quarante-trois ans plus tard, je n'ai toujours pas monté une seule maquette de Sea King, mais les temps ont bien changé…
9 janvier 2019, Base aérienne de Koksijde – Une page se tourne. Près de 250 passionnés ont bravé le froid, le vent et même la grêle pour assister à la dernière apparition publique du dernier Sea King. Le 40e Escadron souhaitait marquer la fin d'une ère en offrant aux fans la possibilité d'une ultime séance photo, de jour comme de nuit. Un grand merci au 40e Escadron pour cette initiative.

Le RS02 en juillet 1987. Remarquez le radôme, différent de celui de la photo précédente. (Photo : Daniel Brackx)
le 40e escadron
Au début des années 1960, le besoin de remplacer les canots de sauvetage au large des côtes belges par du matériel plus moderne se fit sentir. Forts de l'expérience acquise avec les hélicoptères lors des inondations catastrophiques de 1953, ainsi qu'avec les Bristol Sycamore utilisés à la base de Kamina, une unité de recherche et de sauvetage fut créée à Koxide le 1er avril 1961, équipée de cinq HSS1 de South Aviation, construits sous licence Sikorsky. Cette « unité d'hélicoptères », comme on l'appelait, fut renforcée en 1963 par une seconde unité de recherche et de sauvetage (SRT) dotée de sept S-58C acquis auprès de Sabena. Cette dernière était affectée aux transports de courte portée et aux transports VIP, ainsi qu'au soutien des unités Nike en République fédérale d'Allemagne. Une unité navale dédiée, destinée au soutien logistique de la flotte et au dragage des mines, compléta initialement l'unité avec deux HSS1, un don complété par trois SE 316-B. L'unité acquit des Alouettes III en 1971. Cette même année, elle fut renommée 40e Escadron le 30 octobre 1974. Auparavant rattaché à la 15e Escadre de transport de Melsbroek, le 40e Escadron avait été dissous en 1972 suite au remplacement des C-119G par les C-130 Hercules. Il ne fut pas réactivé afin de laisser place à l'insigne adopté un an plus tôt par l'escadrille d'hélicoptères, représentant un hélicoptère stylisé survolant la mer, d'où émerge une main tendue, implorant de l'aide. Cet insigne fut modifié en 1992 dans un style plus traditionnel, reprenant la mouette qui avait été l'emblème du 2e Escadron de Koksijde durant la Première Guerre mondiale et qui était déjà utilisé par l'escadrille SRT.

Le South Aviation H-SS1 B4 OT-ZKD, mis hors service en décembre 1984, est conservé sur la base de Koksijde. On le voit ici lors d'une réunion le 30 juin 2007 à Koksijde.

Peu après leur arrivée, les Sea Kings portaient l'insigne d'escadron version 1974 représentant un Sea King stylisé.
le roi des mers mk48
Après 15 ans de service intensif, les H-SS1 et S-58 arrivaient en fin de vie. Il n'en restait que 10, dont la moitié totalisait plus de 10.000 3 heures de vol. Le Sikorsky présentait des lacunes importantes pour les opérations outre-mer : un seul moteur, un système de radionavigation limité, l'absence de radar, et une faible autonomie et flottabilité pour les missions côtières. Les critères de sélection visaient à pallier ces défauts ; l'appareil retenu devait être équipé d'un radar et d'un système de radionavigation autonome, avoir une autonomie de 600 milles nautiques, être opérationnel en permanence, être bimoteur, être doté d'une flottabilité motorisée et résister à la corrosion. De plus, il devait pouvoir transporter six brancards. Sur la base de ces critères, plusieurs types d'hélicoptères furent présélectionnés, mais le Kaman UH-2 Seasprite, le Boeing-Vertol CH-46 Sea Knight, le SA-330 PUMA, le Bell 412 et le S-58T (une version bimoteur du S-58) furent rapidement écartés en raison de leur coût élevé ou de leur manque de fiabilité. Trois versions différentes du Sikorsky S-61 Sea King restèrent en service : la version américaine, utilisée uniquement en Europe par le Danemark, et la version Agusta, développée pour la marine italienne et encore inachevée, qui fut remplacée par la version construite par Westland au Royaume-Uni.

Le Rs 01 lors de sa présentation à la presse belge le 5 octobre 1976. À l'arrière-plan, un C-130 transporte des journalistes pour leur faire découvrir le climat typique des Cornouailles. (Photo : Guy Visele)

L'hélicoptère RS 02 basé à Yeovil arbore toujours l'immatriculation temporaire britannique de classe B, G-17-2, avec un Sea King pakistanais en arrière-plan. (Photo : Westland Helicopters Ltd)
Le S-61 Sea King était bien connu et avait même fait l'objet d'une large publicité lors de la récupération des capsules spatiales américaines en mer. En 1967, Westland avait converti une cellule construite par Sikorsky, en y intégrant les modifications demandées par la Grande-Bretagne et en y incorporant les équipements nécessaires, fabriqués en Grande-Bretagne. Le Westland entra en service dans la Royal Navy à la mi-août 1969 et se distinguait de la version américaine par ses turbines RR GNOME H-1400, son radar de recherche et son système de navigation Doppler, ainsi que par un rotor de queue à six pales muni d'un radôme sur son bord dorsal. Bénéficiant d'une licence non exclusive pour tous les pays à l'exception de l'Amérique du Nord, Westland connut rapidement un succès important à l'exportation, obtenant des commandes des marines allemande et norvégienne (suivies par les marines australienne, indienne, pakistanaise, qatarie et égyptienne). Outre son coût d'acquisition et son temps de vol plus avantageux que les versions américaine et italienne, le choix de la version britannique offrait des possibilités de standardisation opérationnelle et d'échange de pièces détachées avec trois partenaires de l'OTAN. Westland proposa également l'indemnisation économique la plus attractive, ce qui amena le Comité ministériel des investissements publics à ratifier la recommandation de l'évaluateur en décembre 1973. Alors que 12 hélicoptères étaient initialement prévus, le gouvernement passa commande auprès de Westland le 22 avril 1974 pour la livraison de cinq Westland Sea King MK48 (version SAR) pour un coût d'environ 450 millions de francs belges, avec un délai de livraison garanti de 18 mois maximum.

Les Sea King RS 03 et RS 05 flambant neufs dans les hangars de Culdrose le 5 octobre 1976. (Photo Guy Visélé)

Les Sea King RS 03 et RS 05 flambant neufs dans les hangars de Culdrose le 5 octobre 1976. (Photo Guy Visélé)
Prévu pour une livraison en septembre 2015, le programme a pris du retard et n'a effectué son premier vol que le 12 décembre 1975. Le camouflage sable (réf. BS 381 col. 361) et vert (réf. BS 381 col. 320) en a surpris plus d'un à l'époque, car il différait du bleu marine des Sikorsky-58 et HSS-1. On a alors avancé que ces appareils étaient initialement destinés à l'Égypte et avaient été détournés de la chaîne de production au profit de la Belgique. Cette hypothèse est peu probable, car les appareils égyptiens étaient peints en sable et bleu ciel. Une chose est sûre : ce camouflage est parfaitement adapté à l'environnement dunaire du littoral belge, et les hélicoptères l'ont conservé tout au long de leur carrière.
Les cinq appareils furent finalement livrés à l'unité d'entraînement à l'étranger (FTU) de la Royal Navy, basée à bord du HMS Sea Hawk à Culdrose, en Cornouailles, début juin 1976. Créée en juin 1973, cette unité avait pour mission de former les équipages aériens et navals. Elle équipe des Westland Sea King, les appareils belges étant les plus récents. À partir du 2 juillet 1976, 14 pilotes, 7 opérateurs radar et navigateurs, 7 mécaniciens de bord et 43 techniciens suivirent une formation intensive de quatre mois avant de convoyer les cinq hélicoptères à Koksijde par mauvais temps, le 8 novembre. Le même jour, l'unité FTU de Culdrose fut dissoute.
43 ans de service irréprochable et fidèle
Une période d'entraînement intensif a ensuite débuté suite à l'annonce de Culdrose. Le 27 décembre 1976, la première véritable opération de sauvetage a eu lieu par hélicoptère d'un marin blessé du chalutier « Zeebrugge 176 ». Il a été rapidement admis à l'hôpital d'Ostende. Le roi Beaudouin a honoré de sa visite l'escadron le 8 mars 1977, un mois avant qu'il ne soit déclaré opérationnel le 1er avril. Les H-SS1 ne seront conservés que pour l'entraînement, le dernier à être retiré du service en décembre 1986 étant le B8 OT ZKH. Cela marquera le début de 43 années de bons et loyaux services, jalonnées d'un nombre impressionnant de missions de sauvetage. La 100e intervention a déjà été enregistrée le 6 décembre 1978, la 1000e aura lieu le 9 octobre 1991, la 2000e en 2002 et la 3000e en 2013. Par beau temps ou souvent par très mauvais temps, de jour comme de nuit, de 1976 à fin 2018, les équipages du Sea King auraient secouru 1 752 personnes au cours de 3 305 missions opérationnelles. Nombreux sont ceux qui doivent la vie aux équipages du 40e escadron sur Sea King, qu'il s'agisse de marins belges ou étrangers blessés ou en détresse dans une mer agitée après le naufrage de leur bateau, gravement brûlés, ou même de patients en attente d'un don d'organes. Certaines de ces missions sont consignées dans des mémoires, dont la plus célèbre reste le naufrage du ferry « Free Herald Enterprise ». Le 6 mars 1987 dans le port de Zeebrugge. Trois Kings se relaieront pendant plus de 23 heures pour des évacuations médicales, tandis que des plongeurs du 40e escadron secourront plus de trente personnes du ferry renversé dans les couloirs du 40e escadron. Cet exploit exceptionnel serait reconnu en octobre 1988 par la Fédération aéronautique internationale (FAI) qui décernera à l'escadron le diplôme « Voor ustanding Airmanship ». Lors du spectaculaire incendie de l'hôtel Switel à Anvers, la veille du Nouvel An, le 1er janvier 1995, les Sea Kings ont évacué les brûlés vers différents hôpitaux de nuit en pleine tempête de neige. Elles seront rapidement mises en œuvre lors de l'explosion d'un gazoduc à haute pression dans la zone industrielle de Ghilslenghien le 30 juillet 2004, pour ne citer que quelques événements dramatiques qui sont restés gravés dans les mémoires. Autant de faits qui témoignent du professionnalisme des équipages, de la qualité de leur formation et de la fiabilité du matériel, parfaitement entretenu. Le 40e escadron se distinguera également lors des compétitions internationales de sauvetage (compétitions internationales SAR). Contrairement aux Sikorsky, dont les capacités sont très limitées, notamment en ce qui concerne les missions au large des côtes, les Sea King belges effectueront également de longs vols de navigation. Nous les verrons donc en Écosse, en Norvège, en Italie, en Irlande et en Suède, et même débarquer sur des plateformes pétrolières en mer du Nord. Le Sea King aurait également servi à transporter des personnalités importantes, notamment le pape Jean-Paul II lors d'une visite officielle du 16 au 22 mai 1985. Le 40e escadron, les Sea Kings, et leurs équipages seront également les vedettes de la série télévisée néerlandaise VRT « Windkracht 10 », qui connaîtra un grand succès entre avril 1997 et juin 1998.

En août 1981, le Rs 01 a été aperçu devant le H4 de l'aérodrome de TeplouX après le sauvetage d'un parachutiste du club de parachutisme de Namur dans un arbre à Mettet (zone de saut à l'époque) hors de portée de l'échelle des pompiers.
Au cours de leur longue carrière, les Sea King seront modernisés à plusieurs reprises, notamment par le remplacement des pales de leur rotor principal par de nouveaux matériaux composites. Plus visiblement, le premier radar Mel Ari.5995 sera remplacé par une version plus performante, le Bendix RDR 15000B, ce qui entraînera une modification de la forme de la tourelle. Afin de faciliter les recherches par mauvais temps ou de nuit, les Sea King seront équipés d'une caméra infrarouge à balayage frontal (FLIR).

Le RS 03 est photographié à Florennes le 6 juillet 2008. Son fuselage arbore une décoration commémorative pour ses 30 ans de service. La caméra FLIR est visible sous le nez de l'appareil.
La nouvelle génération NH 90 NFH CAIMAN
Au début du milieu du deuxième millénaire, les Sea King approchent de leurs trente ans de service intensif et la demande pour leur remplacement se fait de plus en plus pressante. Le NH90 de NHindustries a été retenu. Après approbation gouvernementale en avril 2007, un contrat a été signé en juin 1977 par l'intermédiaire de l'Agence OTAN de gestion des hélicoptères (NAHEMA) pour l'acquisition auprès de NHindustries (devenue Airbus Helicopters en 2014) de dix appareils : quatre hélicoptères de transport tactique (TTH) et quatre hélicoptères de frégate OTAN (NFH), ainsi que deux options ultérieurement abandonnées. Le premier NH90 MHT (la Belgique a abandonné l'appellation TTH pour MTH, hélicoptère de transport polyvalent) est arrivé à Beauvechain le 2 octobre 2013. Le premier NH90 NFH, le RN 02, est entré en service le 9 mai 2014, suivi du RN 01 en août 2014 et du RN 03 en décembre 2014.

Fin 2015, la composante aérienne a acquis le Sea King Har ZH542 de la RAF, mis hors service, afin de s'approvisionner en pièces détachées. (Tom Brinckman)

Le NH90 Mth diffère de la version NFH par sa livrée vert olive et l'absence de radôme sous le fuselage.
Entre-temps, le RS 01 a été désarmé et offert au Musée de l'Air de Bruxelles, où il est arrivé le 17 décembre 2008, lors de l'Esplanade du Cinquantenaire. Le RS 01 est le seul appareil à avoir effectué un atterrissage forcé fin avril 1981 suite à un problème technique. Il a été remorqué jusqu'au port de Zeebrugge par le dragueur de mines « Artevelde » avant d'être transporté des quais à la base par un Chinook américain. Le RS 03 est le deuxième appareil à avoir été désarmé, son dernier vol ayant eu lieu le 29 août 2013 à 11851 5 heures. Le 3 décembre 1980, cet appareil a effectué un atterrissage d'urgence en autorotation dans la carrière du Mont Saint-Guibert, près de Wavre. Gravement endommagé, il a également été évacué par un CH-47 Chinook de l'armée américaine, qui l'a ramené à Koksijde pendant le vol. Suite à cet accident, provoqué par la panne des moteurs due au givrage, les cinq Sea King seront équipés de déflecteurs d'entrée d'air. Les pièces du Rs 03 seront récupérées au profit des appareils restants et seront rejointes par un autre appareil. Westland Sea King Har de la RAF, le ZH542, qui a été acheté fin 2015 pour servir de pièces de rechange.

Le 18 décembre 2018, les trois derniers Sea King opérationnels ont effectué une ultime tournée d'adieu en formation. On les voit ici au-dessus de la base aérienne Sint Jan à Bruges, un lieu qu'ils ont fréquemment visité durant leurs 43 années de service. (Tom Brinckman)
Le 19 décembre 2018, les derniers Sea King opérationnels, les Rs 02, 04 et 5, ont effectué un vol d'adieu en formation au-dessus des Flandres, survolant plus de dix monuments lors d'opérations de sauvetage et d'évacuation, ainsi que des installations militaires comme le centre de contrôle de Zemmerzake, des installations portuaires et la Tour de Fer. Le 13 janvier 2019, le Rs 02 a effectué un dernier vol de routine à bord d'une frégate en mer et une évacuation à l'hôpital Saint-Jean de Bruges avant de s'immobiliser définitivement à Koksijde. Il totalisera 12 500 heures de vol et 738 missions de sauvetage en 43 ans, un bilan exceptionnel, représentatif de l'utilisation des cinq Sea King belges. Le Rs 04 sera retiré du service le 15 février, suivi du Rs 05, arborant sa livrée noire, le 21 mars. S'ils quittent le service, ils seront mis en attente d'un éventuel acquéreur.

Le RS05 est le seul à avoir arboré une livrée autre que le camouflage vert et sable. La décoration noire a été appliquée pour commémorer les 25 ans de service du Sea King. (Photo Daniel Brackx)
Ainsi s'achève la carrière du « Roi des mers », qui aura marqué son époque. Ce pourrait également être le chant du cygne de la base de Koksijde, le transfert des Cayman à l'aéroport d'Ostende étant évoqué pour des raisons budgétaires. Mais le Sea King ne sera pas oublié : outre le RS O01, exposé au Musée de l'Air de Bruxelles depuis dix ans, un exemplaire a été symboliquement vendu à la ville de Koksijde et y sera exposé.
Texte : Robert Verheggen
Photos : Daniel Brackx, Tom Brinckman, Force aérienne, Guy Visele, Westland Helicopters Ltd, Robert Verhegghen







