En mars 2018, la date du 14 août 2009 à Loncin me revient en mémoire. C'était l'inauguration d'une nouvelle galerie de musée au fort de Loncin, dédiée au Handley-Page Halifax et à son équipage, qui s'était écrasé non loin de là en juillet 1943. Deux anciens combattants de Bierset, très actifs au sein du White Bison, étaient présents : Jean Loncelle et Hubert Sermon. Ce dernier avait réalisé un magnifique dessin de profil du Halifax NF-P/HR734, qu'il a offert à M. Macours, conservateur du musée.
Comme c'est souvent le cas lors de ce genre d'événements, les conversations allaient bon train et, je ne sais pas ce qui a amené le sujet du Fouga Magister, la question du seul Fouga CM170.R Magister belge à avoir jamais arboré une livrée camouflée a été évoquée. Hubert Sermon a saisi l'occasion et a mentionné qu'il avait eu l'idée (mais pas l'autorisation officielle) d'utiliser l'un des Magister de l'escadrille Fouga du 3e L'escadrille tactique, stationnée à Bierset, sera peinte aux couleurs du camouflage du Mirage 5. Cette information a été confirmée par Jean Loncelle, collègue et ami d'Hubert Sermon et, comme lui, ancien adjudant-chef qui avait longtemps été stationné à Bierset.
L'armée de l'air belge a mis en service cinquante Fouga CM170.R Magister à partir de 1960, dont cinq acquis auprès de la Luftwaffe en 1970. Cet excellent avion d'entraînement français a été retiré du service actif en 1979, remplacé par l'Alphajet. Les Fouga Magister ont d'abord été stockés à Koksijde. Huit d'entre eux ont été vendus à Israel Aircraft Industries, qui en a ensuite vendu sept au secteur civil.
Compte tenu des contraintes, principalement budgétaires, imposées à l'Armée de l'Air, il fut décidé de sortir les Magister de Koksijde de leurs réserves et de les remettre en état afin de constituer des escadrilles Fouga sur les bases. Ces appareils serviraient à l'entraînement à très faible coût (comparé aux avions de chasse), mais aussi comme avions de liaison rapide. Ainsi, à partir d'avril 1980, l'escadrille Fouga de Kleine-Brogel se vit attribuer trois Magister, celle de Florennes deux et celle de Beauvechain quatre, tandis que les appareils restants furent répartis entre les escadrilles de Brustem et de Bierset (trois appareils chacune). Parmi ces derniers, le MT-35 devait être envoyé en Iran (inspection et réparations si nécessaire, ou révision générale), une opération qui s'acheva par la peinture de l'appareil. C'est là qu'Hubert Sermon, connu dans toute l'Armée de l'Air pour ses farces, eut l'idée pour le moins saugrenue de le peindre avec le camouflage dit « Vietnam », utilisé sur de nombreux avions de chasse de l'OTAN et sur les Mirage belges. Ce camouflage se composait de trois teintes : vert foncé, vert moyen et ocre foncé, le dessous étant peint en gris clair ou en métal naturel, et les réservoirs d'aile en orange fluorescent. Hubert Sermon réalisa ce travail seul et dans une relative discrétion ; seuls quelques collègues étaient au courant de son initiative et la soutenaient. Ainsi, le MT-35, façon Mirage, fut dévoilé à Bierset fin 1983. Pilotes et passionnés de tous bords ne cachèrent pas leur enthousiasme et trouvèrent le Fouga ainsi camouflé fantastique, ce qui était loin d'être l'avis de certains officiers supérieurs. Heureusement, leur mauvaise humeur n'entraîna pas d'interdiction. Le MT-35 put ainsi être admiré, camouflé en avion de combat, lors de rassemblements et de journées portes ouvertes en Belgique et dans les pays voisins entre 1984 et 1987. Les Fouga Flights furent dissous début 1988 et tous les Magisters se réunirent à Brustem pour la création du 33e groupe.e Cette escadrille était destinée aux pilotes de passage, c'est-à-dire à ceux qui occupaient un poste administratif ou de personnel leur permettant de maintenir leurs compétences de pilotage.
Le MT-35 camouflé ne dérogea pas à la règle et continua de voler avec sa livrée de camouflage jusqu'à sa révision complète par les techniciens de la base de Brustem en 1988. Il réapparut ensuite avec une livrée entièrement métallique, agrémentée des touches orange de l'avion d'entraînement. L'idée originale d'Hubert Sermon avait ainsi atteint son terme… mais ce n'était pas son premier essai du genre ; pour son dernier vol fin 1978, le pilote en chef Guy Rothheuth avait peint son Citroën 2 CV aux couleurs du camouflage Mirage, avec l'indicatif BA23.
Bien que le MT-35 ait repris du service, il continua à voler et à être utilisé intensivement. Après la fermeture de la base de Brustem en 1996, le 33e L'escadron a été transféré à Beauvechain. Cette unité a été dissoute le 7 décembre 1999 et est devenue l'escadrille Fouga, rattachée organiquement au 7e escadron.e escadron du 1e L'escadrille d'entraînement de Beauvechain. Dès lors, le lieutenant-colonel aviateur Paul Rorive devint un présentateur enthousiaste, très recherché par les organisateurs de meetings aériens en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, ainsi que fréquemment en Belgique. Cet « âge d'or du Fouga » dura jusqu'en 2007, car à la fin de la saison, le MT-35, le dernier des cinquante Fouga Magister encore en état de vol au sein de la Force aérienne belge, dut être définitivement retiré du service. Le dernier vol opérationnel du MT-35 fut programmé pour le 27 septembre 2007. L'appareil effectua la traditionnelle tournée des bases, comme le veut la tradition pour les avions retirés du service. Une grande fête était prévue l'après-midi, au cours de laquelle Paul Rorive devait réaliser le dernier vol d'un Magister au sein de la Force aérienne. Le MT-35 était stationné sur l'esplanade de Beauvechain et fut remorqué jusqu'à la zone opérationnelle voisine. Un cortège de passionnés suivit lentement le Fouga sous une bruine persistante, évoquant les cortèges funèbres d'antan à la campagne. Le Magister a décollé, a roulé jusqu'au seuil de piste, mais n'a pas pu décoller, apparemment en raison d'une panne de compresseur sur l'un de ses réacteurs Turboméca Marboré. L'appareil est retourné à son emplacement de stationnement et a coupé ses moteurs sous les yeux de nombreux supporters, quelque peu déçus. Le Fouga CM170.R Magister a quitté la scène aéronautique belge après une très longue carrière de 47 ans, un record de longévité pour un avion de la Force aérienne belge.
Pour conclure, il convient de mentionner qu'Hubert Sermon a participé à l'aventure FATAC (Force aérienne tactique congolaise) avec des équipages belges et des avions américains arborant les couleurs de la Force aérienne congolaise dans les années 60, et qu'il est le créateur de l'emblème de ce corps d'aviation, emblème empreint de l'imagination et de l'humour qui caractérisent ce technicien sous-officier pour le moins original.
Jean-Pierre Decock






