Charleroi-Gilly, le 11 décembre 2017. La chaussée de la sinistre Chaussée de Bruxelles a été entièrement refaite il y a quelques années, l'Hôpital Civil Marie Curie adjacent est flambant neuf et impressionnant, et l'avenue Joseph Tirou, en plein cœur de Charleroi, peut désormais longer le Meir d'Anvers sur environ deux cents mètres. La Ville de Charleroi et la Fédération Wallonie-Bruxelles ont uni leurs forces et s'emploient à éradiquer ces fléaux urbains. Cependant, les bulldozers ont encore des années de travaux de démolition devant eux.
Point de repère
Dans la sous-commune de Gilly, la nature a déjà donné un coup de main et l'Airbus Gilly Craquement et casse. L'Airbus A310-222, autrefois propriété de Nigeria Airways, la compagnie aérienne nationale nigériane, et immobilisé à l'aéroport de Zaventem pour des factures impayées de Sabena Technics, y a été accueilli il y a plus de vingt ans comme un projet d'accueil sensationnel. Une initiative privée saluée par le gouvernement, qui la considérait comme un monument illuminant ce quartier morne, un lieu de rendez-vous, de préférence pour les hommes d'affaires, un petit parc d'attractions aussi ; bref, il a même été autorisé à devenir une attraction touristique.
| Un parc d'attractions pour tous les goûts. Envie de jouer au pilote ou au contrôleur aérien pour les parents, ou de piloter un petit avion pour les enfants ? |
Erreur
Aujourd'hui, les esprits ont mûri, de nouvelles perspectives ont émergé, et l'Airbus sur trois béquilles, érigé au cœur d'un ancien quartier ouvrier, est sans équivoque qualifié d'erreur urbanistique. Entre-temps, le grand public ne s'attendait pas à une telle sagesse, et la clientèle a progressivement disparu, malgré des tentatives désespérées de redynamiser l'établissement : tour à tour bar à cocktails, restaurant et salle de danse. En vain.
Que de la bouffe
C'est compréhensible de voler vers des destinations du Sud pour quelques euros à peine dans un véritable Airbus. Quelle expérience une coque d'avion éventrée pourrait-elle offrir de nos jours ? Presque rien. Et les habitants sont d'accord.
Marc Taillet, qui restaure sa maison d'en face : « On y est allés dîner une fois. Mon Dieu ! C'était le genre de restaurant où on n'y va qu'une fois et plus jamais ! Et on clame à qui veut l'entendre : Plus jamais ! Plus jamais ! Pas plus que la viande ! » À vendre et laissé à l'abandon depuis 2012, l'Airbus n'a assurément pas de clients mécontents.
| A vendre Depuis 2012. Le prix initial demandé aurait atteint la somme astronomique de 1 550 000 €. Il ne vaut même plus 10 000 €, selon les spécialistes de la ferraille aéronautique. |
Bloc résidentiel
Cependant, les riverains sont davantage préoccupés par l'avenir du site. Une fois l'Airbus démantelé et probablement mis à la ferraille, le promoteur anversois Arie Van De Kamp prévoit de construire une quarantaine d'appartements sur le terrain vacant. Marc Taillet : « Nous comprenons parfaitement le renouvellement urbain actuel, et Charleroi a certainement besoin de logements contemporains, mais un immeuble d'appartements comme celui-ci à notre porte bloquera considérablement la lumière du soleil. À cela s'ajoutent les embouteillages engendrés par l'arrivée des nouveaux résidents, sans parler des problèmes sociaux que le confinement peut engendrer. »
Jusqu'à présent, la situation semble ne pas évoluer aussi vite. L'exploitation du charbon a eu lieu dans la région au siècle dernier, et le sous-sol serait loin d'être stable. Le permis de construire demandé a été refusé le 28 mars 2017. Aucun nouveau permis n'a encore été déposé. Le promoteur du projet, Arie Van De Kamp, a refusé de commenter à la demande de son avocat.
N'oubliez pas de consulter également l'article publié par Hangar Flying en 2007 sur le L'Airbus de Gilly.
Luca Swinnen

