Savigny-lès-Beaune (France), 8 septembre 2017. Je fais partie de ces rares passionnés de sport qui regardent principalement le Tour de France et le magazine sportif Vive Le Vélo pour les magnifiques photos aériennes et les paysages époustouflants. Je connaissais déjà le château et la collection d'aviation de Savigny-lès-Beaune, mais les critiques concernant l'exposition d'avions étant très négatives, je n'y avais pas encore fait le voyage de 600 km. Un bref entretien avec le propriétaire du musée de Vive Le Vélo m'a convaincu d'y aller ; j'aurais dû le faire plus tôt.
Le Château de Savigny-lès-Beaune est situé en Bourgogne, sur la Côte de Beaune. Quand je m'y rends en septembre, les vendanges battent leur plein. Des camionnettes circulent partout, transportant les ouvriers vers les vignes. L'époque où les étudiants belges venaient principalement gagner leur vie ici est révolue.
Châteaux
Le premier château fort fut construit ici vers 1340. En 1478, la forteresse fut entièrement détruite, son propriétaire ayant pris le parti de Marie de Bourgogne (*) dans son conflit avec le roi Louis XI. Marie de Bourgogne était autrefois une femme puissante, née à Bruxelles en 1457. Elle n'avait que 25 ans lorsqu'elle mourut à Bruges. Au début du XVIIde Au XVIe siècle, la famille Bouhier devint propriétaire des vestiges du château de Savigny-lès-Beaune et les restaura entièrement. Vers 1670, la construction d'un second château, plus petit, débuta à proximité du premier. Le château de Savigny-lès-Beaune désigne un parc de 12 hectares abritant un château datant du XIVe siècle.e et un des 17e siècle. Le propriétaire, Michel Pont (85 ans), a acheté le domaine du château en 1979. Je rencontre ce vif octogénaire dans son bureau, installé dans l'une des tours du château. Son bureau reflète son amour pour ses collections. Modèles réduits d'avions, dessins de voitures, instruments, etc., sont omniprésents. Pas d'ordinateur en vue, mais il n'en est que plus attentif aux gens. En me promenant avec lui au milieu d'un groupe de motards de passage, je remarque combien il aime parler de technologie. Il discute avec autant d'aisance avec les ingénieurs de ses voitures de course qu'avec les restaurateurs de ses avions, et, entre-temps, il offre même quelques conseils aux femmes de ménage.
| Michel Pont, courageux, devant le F-16A FA-55. Il est fier que cet avion ait trouvé sa place dans son musée. |
Collections et vins
Le château de Savigny-lès-Beaune abrite diverses collections, tant dans ses murs que dans son parc. Il possède l'une des plus importantes collections de motos de France, avec 250 motos datant de 1902 à 1960. La collection d'Abarth de course, qui compte quelque 35 exemplaires, est unique. En 1965, Michel Pont se lance dans une nouvelle passion : la course automobile. Il acquiert pour cela une Abarth italienne. Après quelques succès en course, il frôle la mort en 1972 au col d'Aubisque, dans les Pyrénées. Il raccroche le contact, mais parvient à acquérir un grand nombre d'Abarth qu'il avait conduites auparavant. Le château abrite également une collection d'outils viticoles anciens, une vingtaine de camions de pompiers, environ 3 400 maquettes d'avions et près d'une centaine d'avions militaires.
| Des avions et des pièces détachées sont également exposés au château. Dans cette salle abritant des motos anciennes, sont exposés un Hiway Hang Gliders Super Scorpion et un HM-14 Pou du Ciel. |
Le Château de Savigny-lès-Beaune est également un vaste domaine viticole. La salle de dégustation et l'entrée des différents musées se trouvent dans le petit château. Les caves et les salles du château, magnifiquement restaurées, peuvent accueillir 400 convives, un choix idéal pour des réceptions de mariage ou des dîners entre amis aviateurs. Les vins servis sont des vins de la maison. C'est précisément grâce à ce vin que Michel Pont a noué d'aussi bons contacts dans le monde de l'aviation. En 1952, le domaine viticole familial fut intégré à la base aérienne de Dijon-Longvic, aujourd'hui également fermée. De retour de dix mois de service militaire en Algérie en 1956, il reprit ses activités viticoles ailleurs, mais son intérêt pour l'aviation ne cessa de croître.
Le château de Savigny-lès-Beaune est un monument classé ; aucune modification substantielle du parc n'est donc autorisée. La construction d'un hangar pour entreposer les avions est hors de question. Les camions de pompiers, par exemple, sont abrités dans une tente robuste et portable, tout juste conforme aux normes de protection des monuments historiques. Seuls deux Vampire et un Venom sont sous un petit auvent. Çà et là, des pièces d'avion sont entreposées à l'intérieur des bâtiments du parc du château, mais près d'une centaine d'avions sont stockés à l'extérieur. Le climat y est meilleur qu'en Belgique, mais il est indéniable que les avions sont exposés à toutes les saisons. Michel Pont : « Nous nettoyons tous les avions une fois par an. J'ai dû restituer au Bourget plusieurs avions prêtés par le Musée de l'Air et de l'Espace, dont le Hawker Hunter F4 ID44 belge. Leur stockage à l'extérieur, ici à Savigny, est, bien sûr, une illusion. » Dans d'autres musées français, ces appareils ne sont pas toujours exposés à l'intérieur, et ici, ils ne sont pas affectés par l'air marin salin. Les collections de mon château attirent de nombreux visiteurs, et les grands musées ne sont pas toujours ravis de voir cela se produire.
Quand je demande si « Les Amis du Musée du Château de Savigny » sont une association bénévole, j'obtiens une réponse inattendue. Pont : « Ce ne sont pas des bénévoles qui travaillent ici, mais seulement des professionnels correctement rémunérés. Je souhaite travailler efficacement avec du personnel correctement rémunéré et compétent en restauration. » Il n'y a aucune aide financière gouvernementale. Pont a acheté la plupart des avions à des ferrailleurs. Si Michel Pont ne les avait pas achetés, ils auraient été démantelés depuis longtemps. Par exemple, il y a toute une collection de MiG. Des saisonniers polonais venus travailler dans son domaine viticole l'avaient informé que les avions étaient à vendre comme ferraille dans leur pays. Ici, on passe devant une impressionnante collection d'avions de l'OTAN et du bloc de l'Est. On peut y voir la quasi-totalité de la collection d'avions de chasse Dassault. De nombreux avions sont derrière des grillages, mais la plupart sont encore faciles à photographier. Les observateurs sont priés de se munir d'une échelle.
| Le plan arrière du Republic F-84F Thunderstreak FU-29 repose contre la clôture de l'aérodrome. | |
| Savigny regorge de recoins surprenants. Les coques du Nord N.2501 Noratlas servent au stockage. |
Force aérienne belge
Pont : « Mon fils Christophe et moi avons acheté un camion, que nous avons utilisé pour transporter les avions achetés jusqu'au musée. Depuis, nous avons réparti les tâches différemment. Christophe est vigneron à temps plein, et je gère les collections. »
Michel Pont a acheté son premier avion en 1986, après quoi sa collection s'est rapidement agrandie. Il a également fait ses achats en Belgique, et sa collection comprend une dizaine d'avions de l'Armée de l'Air belge, ainsi que quelques autres achetés ailleurs en Belgique. Nous avons trouvé des listes d'avions ou de pièces prétendument à Savigny-lès-Beaune sur différents sites web. Nous ne mentionnerons que les avions que nous y avons vus. Nous n'y sommes restés que quelques heures, et un examen approfondi de cette vaste collection prendrait plus de temps. Michel Pont : « Tous les anciens avions belges que je possède sont exposés, à l'exception du Republic F-84F Thunderstreak FU-31, que nous espérons assembler prochainement. »
| Le Dassault Mirage IIIR (c/n 323) fut le premier avion de la collection de Michel Pont. | |
| Les pièces du Republic F-84F Thunderstreak FU-31, stockées sur le terrain du château. |
Juste devant le grand château se trouvent trois anciens avions militaires belges. Le Dassault Mirage 5BA BA-08, le General Dynamics F-16A Fighting Falcon FA-55 et le Lockheed F-104G Starfighter FX-90 y sont mis à l'honneur. Michel Pont : « C'est le seul F-16 exposé en France. J'entretiens des relations très amicales avec la Force Aérienne Belge, et c'est grâce au lieutenant-général Claude Van de Voorde que cet avion a trouvé sa place ici. Il a d'abord dû être envoyé à Weelde pour y être découpé, conformément à une obligation contractuelle envers les États-Unis. Un ambassadeur américain à Bruxelles, très compréhensif, a finalement autorisé le transfert du F-16 jusqu'à mon château. »
Dans le parc où la plupart des avions sont exposés, nous avons photographié le Republic F-84F Thunderstreak FU-45, le Republic RF-84F Thunderflash FR-26, le rare Lockheed TF-104G Starfighter FC-08 d'entraînement et le Fouga CM.170-1 Magister MT-33. Ce dernier arbore toujours les couleurs des Diables Rouges, avec le numéro d'immatriculation 290 bien visible à l'arrière du fuselage. Les anciens F-84 et F-104 belges ont été achetés ou échangés en 1988, conformément à la réglementation militaire en vigueur à l'époque.
Dans cette partie du parc se trouve également l'Armstrong Whitworth-Gloster Meteor TT Mk.20 SE-DCF. Cet avion est dépourvu de toute marque d'identification. Ce Meteor, autrefois immatriculé en Suède, a effectué un vol de Cologne à Gosselies en mai 1969, où il a été saisi par les autorités belges, au motif que sa destination pourrait être le Biafra, zone de guerre ravagée par la famine. L'appareil, équipé pour le remorquage de cibles antiaériennes, est resté de nombreuses années à proximité de Gosselies et était destiné au Musée royal de l'Armée de Bruxelles. En 1988, il a été acquis par Michel Pont, qui l'a installé dans le parc de son château.
Un deuxième Armstrong Whitworth-Gloster Meteor TT Mk.20 (SE-DCH) a une histoire quasiment identique. Je n'ai vu que la queue dans une casse. Le cockpit a été conservé un temps au musée, mais il a été entièrement restauré et appartient à un collectionneur parisien.
Le château arbore également une plaque en cuivre de Dinant, commémorant le parrainage du 2e Escadron de chasseurs-bombardiers de la 2e Escadre tactique. Entre 1970 et 1988, cette unité était équipée de Mirage à Florennes. Savigny est également jumelée avec Dinant. Michel Pont : « Le Republic F-84F Thunderstreak FU-45 porte le nom de Ville de Dinant ; l’appareil nous a été offert par la ville. En guise de remerciement, j’ai fait un don pour la restauration du Spitfire au Mémorial Spitfire de Florennes. Je suis très reconnaissant au colonel Xavier Janssens pour son aide à la construction de mon musée. »
![]() | Vue aérienne du château de Savigny-lès-Beaune et de sa collection d'avions, prise le 14 avril 2019 depuis le FK9 OO-F22. (Photo Walter Vanbelle) |
La scénographie de Savigny est peut-être un peu chargée, mais le visiteur a toujours la possibilité de se lancer dans sa propre exploration, et c'est précisément pourquoi je recommande ce musée. L'expérience aéronautique se combine parfaitement avec la visite des autres collections uniques de Pont et de la magnifique région viticole.
Veuillez consulter le site Web pour connaître les heures d'ouverture : www.chateau-savigny.com
Il existe de nombreuses possibilités d'hébergement dans la région.
Merci à Luc Wittemans pour les recherches préparatoires.
Merci également à Walter Vanbelle pour la photographie aérienne (voir aussi son site Web Flytime-FK9.weebly.com).
Frans Van Humbeek
PS. Michel Pont est décédé le 6 septembre 2021.
(*) Pas vraiment le genre de connaissances qu'un rédacteur de Hangar Flying possèderait. Johan De Cock, ancien directeur de l'Autorité néerlandaise de l'aviation civile, vient d'écrire le livre « Vorsten, van Pepijn tot Karel » (Princes, de Pepijn à Karel), publié par ElenA Mechelen, un ouvrage qui vous passionnera sans aucun doute pour l'histoire.


