Melsbroek, le 2 décembre 2016. Les commandants D. Barbaix et P. Beernaert effectuent le tout dernier vol du Fan Jet Falcon, également connu à l'origine sous le nom de Dassault Mystère XX. Les deux appareils, qui ont servi au sein de la Force aérienne belge (CM-01 et CM-02), ont rendu d'excellents services à l'aviation militaire belge pendant 43 ans.
C’est en juin 1972 que le gouvernement belge et son ministre de la Défense, Paul Vanden Boeynants (qui occupera ce poste à plusieurs reprises et deviendra même Premier ministre), commandèrent deux Mystère XX à Avions Marcel Dassault. La forte dévaluation du dollar américain à cette époque avait réduit le coût d’acquisition des douze avions-cargos Lockheed C-130H Hercules, livrés à partir de juillet 1972. L’excédent budgétaire ainsi généré permit l’achat des deux jets d’affaires auprès du constructeur français.
Le premier appareil, immatriculé CM-01, entra en service en mars 1973 au sein du 21e escadron de la 15e escadre, suivi du second (CM-02) en mai. De par sa conception et ses performances – vitesse et autonomie –, l'avion était spécifiquement destiné au transport de personnalités. Si les deux Mystère XX constituaient une nouveauté pour les aviateurs belges, ils l'étaient moins pour leurs utilisateurs et équipages occasionnels. Le ministre Vanden Boeynants, bientôt surnommé VDB par la presse, et certains de ses collègues du gouvernement étaient des passionnés d'aviation d'affaires. C'est dans cet esprit que trois officiers furent envoyés chez Dassault à Bordeaux-Mérignac en juin 1967 afin de se familiariser avec le Falcon 20 (nom donné par les Américains, premier et principal client de PAN AM, qui en avait acquis 160 exemplaires). Contrairement à ce qui est habituel, il n'y avait pas d'ordre belge qui aurait automatiquement conduit à la qualification des équipages… Ce n'est qu'un an plus tard, en 1968, que plusieurs missions furent effectuées avec le Falcon 20 en « location sèche », c'est-à-dire avec des avions appartenant au constructeur et stationnés au Bourget, près de Paris, et pilotés par du personnel militaire belge pour le compte de politiciens belges.
![]() | Le tableau de bord du CM-02 en mai 1992. (Photo : Jean-Pierre Decock) |
![]() | Le CM-01 après son atterrissage sur le ventre à Gosselies le 12 janvier 1996. (Photo : Collection du Dakota Centre) |
Durant ces 43 années, les Falcon 20 belges ont rendu d'excellents services, transportant des personnalités importantes, généralement le roi et la famille royale, ainsi que des ministres, mais aussi pour des vols spéciaux tels que le rapatriement de la dépouille de Sa Majesté le roi Baudouin depuis l'Espagne début août 1993. Les Falcon 20 ont également effectué de nombreux vols médicaux ou transporté des organes en urgence pour des transplantations.
Un Falcon 20E-5 du 21e escadron en formation avec deux F-16AM de la composante aérienne. (Photo : Eddy Kellens/IPR-Comopsair) |
Une étape décisive dans la vie opérationnelle des Falcon 20 belges a été leur modernisation, menée entre 2003 et 2005. L'élément clé de cette refonte a été le remplacement des moteurs par des turboréacteurs Honeywell TFE 731-5BR-2, développant chacun une poussée statique de 2 155 kg, contre 1 983 kg pour les General Electric CF 700-20-1 dont ils étaient équipés en 1973. Ces nouveaux moteurs sont non seulement plus puissants et plus légers, mais aussi nettement plus économes en carburant que leurs prédécesseurs, augmentant considérablement l'autonomie de l'appareil. La rénovation a également inclus une nouvelle avionique, un poste de pilotage tout écran, un radar et des équipements de télécommunications de dernière génération.
Le CM-01 arborant le marquage spécial sur la queue pour le 60e anniversaire de la 15e Escadre, le 14 septembre 2008. (Photo : Jean-Pierre Decock) |
Le premier projet de rénovation concernait le CM-02, qui a débuté le 15 octobre 2003, tandis que le CM-01 subissait le même sort à partir de fin 2003 chez Falcon Air Service (Dassault) à l'aéroport du Bourget, en région parisienne. Les appareils ont été remis en service le 5 novembre 2004 pour le CM-02 et le 21 février 2005 pour le CM-01, désormais désigné Falcon 20E-5. La durée de vie opérationnelle de cet avion VIP aux performances de chasseur n'a été interrompue que par de rares incidents, témoignant de la grande fiabilité technique du Falcon 20.
Gros plan sur le motif, spécialement créé pour célébrer le 60e anniversaire de la 15e Escadre en septembre 2008. (Photo : Jean-Pierre Decock) |
Le Falcon 20E-5 modernisé a démontré ses nouvelles capacités en effectuant ses premiers vols transatlantiques les 14 et 15 février 2005. Le commandant Eric Denis, du 21e escadron, était aux commandes du CM-02 pour le trajet Bruxelles-Goose Bay (Canada). Le commandant Rudy Ryckeboer a quant à lui réalisé deux missions Bruxelles-Washington, D.C., à bord du CM-01, du 11 au 15 novembre 2005, puis du 29 novembre au 2 décembre, via Keflavik (Islande) et Goose Bay (Canada). Ces deux pilotes étaient de véritables passionnés du Falcon 20E-5 et l'ont même présenté lors de meetings aériens en 2005, notamment à Koksijde.
![]() | Le Falcon 20-5, immatriculé CM-01, du 21e escadron, en vol en 2008. (Photo : Archives Jean-Pierre Decock) |
Les deux principaux incidents, si l'on peut dire, et qui n'étaient pas véritablement graves, furent le premier, l'atterrissage avec train d'atterrissage rentré du CM-01 sur l'aérodrome de Gosselies le 12 janvier 1996, lors d'une session de qualification de nouveaux pilotes. Le second incident fut la sortie de piste du CM-01 le 22 janvier 2009 à Deurne, suite à la perte de son train d'atterrissage avant. Dans les deux cas, le Falcon 20 fut rapidement réparé et remis en service.
Toute bonne histoire a une fin : le CM-01 a effectué son dernier vol le 13 février 2015 (équipage : commandant Dirk Barbaix, Luc Cloes et Wanda Reynders) avant d’être mis en stockage de longue durée le 25 mars 2016, faute de financement pour une révision majeure. Ce fut au tour du CM-02 de tirer sa révérence le 22 décembre 2016 (équipage : commandants Barbaix et Beernaert).
La modernisation des Falcon 20 belges devait prolonger leur durée de vie opérationnelle de trente ans, jusqu'en 2035, mais elle a été interrompue faute de ressources budgétaires, rendant la disparition de ce fidèle serviteur de l'aviation belge encore plus regrettable.
Jean-Pierre Decock












