Liège, le 30 avril 2016. Jean Berger (70 ans) était déjà fasciné par les hélicoptères Sabena dès son plus jeune âge. On le comprend aisément quand on sait que Jean et ses parents habitaient près de l'héliport de Liège. Hangar Flying a fouillé dans ses vastes archives et nous a raconté l'histoire de l'héliport.
Après la création par Sabena du premier réseau postal européen régulier avec un Bell 47D1 (le 21 août 1950), le premier service aérien international régulier de transport de passagers par hélicoptère débuta le 3 août 1953. Ce service reliait l'héliport de Bruxelles-Groendreef à Anvers et Rotterdam. Des aires d'atterrissage à Lille, Liège, Maastricht, Cologne, Bonn, Eindhoven, Duisbourg et Dortmund suivirent progressivement. Finalement, le réseau d'hélicoptères Sabena cessa officiellement ses activités le 1er novembre 1969. Nous avons déjà publié des articles sur les hélicoptères Sabena (par exemple, [lien manquant]. www.hangarflying.eu/nl/content/terugblik-op-het-sabena-helikopternetwerk-vanuit-een-sikorsky-s-58c), cette fois-ci nous parlons spécifiquement de l'héliport de Liège.
La famille Berger habitait à deux pas de l'héliport, dans un immeuble à l'angle de la rue de Fragnée et du quai de Rome, au bord de la Meuse. L'héliport était situé boulevard Frère Orban, face au Palais des Congrès, près du pont Albert Ier (anciennement pont de Commerce). Il fut construit sur une berge comblée de la Meuse, près d'une écluse aujourd'hui disparue. De vieilles cartes postales montrent clairement que l'eau coulait autrefois à l'emplacement où l'héliport devait être construit.
![]() | Carte postale montrant l'écluse à l'avant et (près du pont) le site où devait être construit l'héliport. (Archives Jean Berger) |
Le 21 août 1950, la Sabena, en collaboration avec l'Administration des Postes, inaugura le premier service postal régulier du continent. Le pilote Armand Vervoort pilota le Bell 47D1 OO-UBA sur la ligne Bruxelles-Libramont-Liège-Tongeren-Hasselt-Beringen-Turnhout-Herenthals-Anvers-Bruxelles. Gérard Trémérie effectua le même trajet ce jour-là à bord du Bell 47D1 OO-UBB. Trémérie n'avait pas de courrier, mais un journaliste. Cette ligne hélipostale était assurée tous les jours sauf le dimanche. Liège ne disposait pas encore d'un véritable terminal à cette époque.
![]() | Inauguration des vols postaux avec le Bell 47D1 OO-UBA le 21 août 1950. (Photo Thill, Archives Jean Berger) |
Le 15 septembre 1950, à 13h40, le Bell 47D1 OO-UBB, après son décollage de Liège, est tombé dans la Meuse suite à un problème technique. L'appareil est resté à flot un moment. Le pilote Trémérie a ouvert une des portes vitrées et a sauté dans l'eau froide ; le pilote athlétique a pu nager jusqu'à la sécurité. L'appareil a été récupéré à 17h20 le même jour.
![]() | Bell 47D1 OO-UBB après le crash dans la Meuse. Remarquez la pale de rotor cassée ; les dégâts sont très limités. (Photo Sabena, Archives Jean Berger) |
Le 13 septembre 1953, l'héliport fut officiellement inauguré par la visite du S-55 OO-SHA. Initialement, l'héliport était assez petit, avec une seule piste menant à l'aire d'atterrissage. Plus tard, une seconde aire fut ajoutée. Une clôture grillagée basse entourait l'héliport, bien loin des dispositifs de sécurité modernes des aéroports. L'héliport fut agrandi et doté d'une zone herbeuse, principalement destinée aux S-58, plus lourds, qui pouvaient atterrir et décoller. L'herbe y était rarement tondue. Les passagers, qui avaient payé une fortune pour leurs billets, devaient souvent embarquer et débarquer les talons dans l'herbe haute et humide.
![]() | Construction de l'aérogare de Liège, le 9 juillet 1953. Jean Berger habitait l'immeuble à l'arrière-plan. (Photo Sabena, Archives Jean Berger) |
Jean : « Une quinzaine de minutes avant l’arrivée du Sikorsky, les drapeaux belge et Sabena étaient hissés sur deux mâts près du terminal. J’ai vu les drapeaux depuis notre appartement et j’ai su qu’il était temps d’aller à l’héliport. Enfant, un pilote d’hélicoptère m’avait promis un vol si j’étais le meilleur de ma classe. Alors que je me présentais à l’héliport avec mon excellent bulletin scolaire, mon père, d’un ton faible et ironique, m’a refusé une place dans l’hélicoptère. Je me souviens encore très bien de ma déception à ce moment-là. »
![]() | Inauguration de l'héliport le 13 septembre 1953. À l'arrière-plan, le Sikorsky S-55 OO-SHA. (Photo Sabena, Archives Jean Berger) |
![]() | Une rare image de deux hélicoptères visitant simultanément l'héliport : le S-55 OO-SHA (au fond) et l'OO-SHD. Les sacs postaux sont prêts. (Photo Sabena, Archives Jean Berger) |
C'était une girouette qui indiquait la direction du vent, pas une manche à air. Jean : « Quand l'héliport a fermé, j'ai voulu la garder en souvenir, mais je n'y suis pas parvenu. Je me demande où elle est passée. »
En 1954, Sabena a transporté un total de 391 000 passagers. À titre de comparaison, Brussels Airlines en a transporté près de vingt fois plus en 2015. La présentation de l'économiste Jules Naome lors d'une conférence à Liège le 9 décembre 1954 est intéressante. Selon Naome, les hélicoptères Sabena ont transporté un total de 23 000 passagers au cours des 15 premiers mois, tandis que les chiffres de la direction de Sabena indiquent 18 000 passagers au cours des 12 premiers mois d'exploitation. Naome rapporte également qu'au cours de ces 15 premiers mois, 1 600 passagers ont embarqué ou débarqué à Liège, dont 448 à destination/en provenance de Melsbroek pour des correspondances vers d'autres destinations (généralement) au sein du réseau Sabena. De Liège, 177 ont effectué des vols à destination/en provenance de Londres, 120 à destination/en provenance de Paris, 21 à destination/en provenance de New York et 50 à destination/en provenance du Congo. Les passagers des hélicoptères provenaient principalement des catégories de professionnels indépendants, d'industriels et de commerçants.
C'était un magnifique terminal d'aéroport à Liège. Le bar était à gauche, le service des réservations à droite. Une grande carte du monde avec les destinations Sabena était accrochée au centre. Un douanier et un gendarme étaient postés au centre du bâtiment. Jean : « Il y avait aussi une terrasse à l'extérieur. Les spectateurs qui prenaient un verre là-bas ont été presque époustouflés par l'arrivée d'un hélicoptère. Le commandant de l'aéroport, De Patoul, avait un bureau séparé. Il avait l'habitude de saluer au décollage d'un hélicoptère. Il était très respecté ; avec le bourgmestre, il était pratiquement la star de Liège. »
![]() | Le comptoir de l'héliport, le 28 juin 1957. Remarquez la belle finition métallique (aluminium ?) du comptoir. (Photo Sabena, Archives Jean Berger) |
Jean : « Quelle ambiance à Liège à l'époque ! De chez moi, j'étais à deux pas de New York, tout cela en transports en commun. D'abord le tram, puis l'hélicoptère jusqu'à Melsbroek, et de là, jusqu'à la Grosse Pomme, par exemple, en DC-7. Saviez-vous qu'ici, à Liège, le tram ralentissait à l'arrivée ou au départ d'un hélicoptère ? Le batelier laissait ses passagers profiter un moment de ces hélicoptères si particuliers à l'époque. »
Jean nota méticuleusement chaque modification mineure apportée aux hélicoptères dans ses archives, y compris l'évolution du réseau. Étonnamment, la Sabena tenta une liaison par hélicoptère entre Knokke et Vlissingen entre le 19 mai 1955 et, à partir du 1er octobre 1955, une liaison entre Melsbroek et Axel (Terneuzen). Ce dernier service régulier ne dura que peu de temps. Le remplacement du S-55 par le S-58 ne réduisit guère les temps de vol. De Liège, il ne fallait que 14 minutes pour rejoindre Maastricht en S-55 et 12 minutes en S-58. Un vol Liège-Cologne prenait 45 minutes en S-55 et 42 minutes en S-58. Melsbroek-Liège prenait 40 minutes en S-55, tandis qu'un S-58 était à peine cinq minutes plus rapide. Outre l'espace limité dont un S-55 avait besoin pour décoller ou atterrir, environ dix minutes de temps au sol étaient suffisantes entre le décollage et l'arrivée, y compris le ravitaillement en carburant.
Le 14 avril 1955, à 10 h 43, le S-55 OO-SHB, piloté par Pierre Vanebeeck et Raymond Lamouline, percuta la barrière métallique de l'héliport lors de son atterrissage en provenance de Cologne. Personne ne fut blessé, mais le SHB subit des dommages importants. L'accident fut causé par une erreur de communication entre les mécaniciens de maintenance.
Après le départ de la Sabena de l'héliport de Liège, celui-ci a été utilisé occasionnellement par des hélicoptères privés, la société Heli and Co, ou un avion Agusta du ministère de la Défense. Des restaurants comme L'Héliport ont disparu. Le 14 novembre 2014, un avis aux aviateurs (NOTAM) a été publié annonçant la fermeture définitive de l'héliport de Liège. Depuis deux ans, des NOTAM temporaires interdisant les atterrissages à EBLO ont été publiés à plusieurs reprises.
![]() | L'ancien héliport, déjà transformé en restaurant. La photo date probablement des années 1970. (Photo Jean Berger) |
Depuis le 28 janvier 2016, le terminal de l'ancien héliport est une brasserie de classe, le Riva (www.riva-brasserie.comLa ville de Liège a rénové l'extérieur du bâtiment, et l'architecte liégeois Philippe Valentiny a conçu l'intérieur moderne, qui ne rappelle plus l'héliport d'antan. Un panneau d'information sur la riche histoire aéronautique du bâtiment serait le bienvenu.
![]() | Le terminal sur la Meuse, transformé en restaurant Riva, le 30 avril 2016. (Photo Frans Van Humbeek) |
Merci à Jean Berger, Rik Sauwen, Jacques Gorteman (La Sabena et l'aviation en Belgique.)
Frans Van Humbeek
Retouche photo : Manu Godfroid

















