Vol d'affaires avec SABENA en 1968

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Zaventem, dimanche 17 mars 1968. Je suis à l'aéroport vers dix heures du matin pour confirmer mon vol pour Hambourg via Amsterdam, car il n'y avait pas de vol direct depuis Bruxelles à l'époque. C'était mon premier voyage d'affaires pour l'entreprise où j'étais un jeune cadre prometteur. L'agence de publicité qui m'avait embauché, Lintas, intégrée au groupe Unilever, avait investi dans ma formation (vu le prix du billet d'avion et de l'hébergement) en m'envoyant participer à un séminaire international sur « Créer une publicité plus efficace ». Passionné d'aviation depuis l'enfance et élève pilote pendant près de six mois à l'aéroclub de l'université de Gand, j'étais naturellement ravi de pouvoir voyager en avion. À l'époque, je ne me rendais pas pleinement compte de l'extraordinaire portée de ces vols.

 

Découverte du Convair Metropolitan

C'était un dimanche matin ensoleillé de mars 1968 et le terminal de l'aéroport baignait dans la tranquillité dominicale, rien à voir avec l'agitation qui règne aujourd'hui à l'aéroport national de Bruxelles, près de cinquante ans plus tard.

 

Mon vol a décollé à onze heures, à destination de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol. Les formalités se sont déroulées sans encombre ; je me suis dirigé vers la passerelle d'embarquement et la porte où le Convair CV 440 Metropolitan attendait ses passagers. Nous étions en fait assez nombreux, car il n'y avait qu'une quinzaine de places pour cinquante.

 

Le Convair CV 440 Metropolitan OO-SCQ à l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol en mars 1968. À l'arrière-plan, la passerelle passagers télescopique et articulée installée à la porte d'embarquement d'un DC-9 de KLM. Ce système de passerelle était avant-gardiste au début de l'année 1968. (Archives JP Decock)

 

Mon expérience d'observateur d'avions m'a incité à noter l'immatriculation de l'appareil : OO-SCQ, l'un des douze Metropolitan acquis par SABENA en 1956 (numéro de construction 368). Il a été immatriculé le 23 octobre 1956 et brièvement loué à Air Katanga en 1960.

 

La porte d'embarquement à l'avant de l'avion était équipée d'une échelle télescopique. En haut, l'hôtesse de l'air nous attendait avec un plateau de bonbons et du papier buvard. Les bonbons étaient une agréable surprise : en les suçant régulièrement, on avalait de la salive, ce qui permettait de déboucher les oreilles qui s'étaient fermées pendant la montée de l'avion. Le papier buvard était là pour que les passagers munis de stylos-plumes puissent y essuyer leur encre, au lieu de la voir se vider inopinément dans une de leurs poches à cause de la chute de pression due à l'altitude.

 

Tableau de bord d'un Convair CV 440 Metropolitan avec, en haut et au centre, l'écran radar météorologique circulaire, situé entre les manettes des gaz (indiquées par T pour manette des gaz). (Photo : Sabena)

 

Le roulage au sol s'est déroulé rapidement, le décollage s'est fait sans encombre et le vol s'est avéré très confortable grâce à l'absence quasi totale de vibrations et de bruit. Nous avons atterri à Schiphol une quarantaine de minutes plus tard.

J'ignorais alors que l'OO-SCQ serait radié le 23 avril 1968, quelques semaines plus tard seulement, car il avait été vendu à Frontier Airlines aux États-Unis, où il serait exploité sous le numéro N73165.

 

En transit à Schiphol

À mon arrivée à l'aéroport de Schiphol, où j'étais en correspondance, j'ai été absolument stupéfait par le système alors inédit et ultramoderne de passerelles télescopiques articulées qui s'adaptent aux portes des avions, permettant un embarquement direct depuis la porte (ou de l'avion à la porte) sans avoir à poser le pied sur le tarmac. En 1968, Schiphol était l'un des premiers aéroports d'Europe, sinon le premier, à mettre en œuvre un système aussi avant-gardiste.

 

Je dois prendre un vol Lufthansa à l'aéroport de Schiphol pour Hambourg, destination finale de mon voyage. Quelle agréable surprise de me retrouver à bord d'un Boeing 737 biréacteur court-moyen-courrier ! Ce type d'appareil était rare dans les aéroports à l'époque. Lufthansa fut la toute première compagnie aérienne à commander 21 B737 dès l'annonce par Boeing du début de la production de ce modèle, le 19 février 1965. Les appareils leur furent livrés à partir de fin 1967, immédiatement après la certification du B737 par la FAA (Federal Aviation Administration) américaine, le 15 décembre 1967.

 

Immatriculé D-ABEY, cet appareil est l'un des tout premiers B737 exploités par Lufthansa, la première compagnie aérienne au monde à avoir commandé et mis en service des Boeing 737 début 1968. On le voit ici à l'aéroport de Cologne-Bonn le 16 juin 1979. (Photo : Greenlander)

 

J'ai donc embarqué à bord du Boeing 737-130 de Lufthansa, immatriculé D-ABEY, pour mon premier vol en jet, et nous avons atterri un peu plus d'une heure plus tard à Fühlsbüttel, à l'aéroport de Hambourg. Je devais prendre le vol retour trois semaines plus tard à bord d'un autre B737, mais je n'ai pas noté son immatriculation.

 

D'Amsterdam à Zaventem en métro

Le 30 mars 1968, j'embarquai à bord du Convair CV 440 Metropolitan, immatriculé OO-SCT, à l'aéroport de Schiphol. Cet appareil était l'avant-dernier enregistré par SABENA, le 17 décembre 1956. Je me souviens qu'en 1956, notre compagnie aérienne nationale vantait les mérites du radar météorologique installé dans le nez de l'avion, censé permettre aux pilotes d'éviter les turbulences et les intempéries, et ainsi d'offrir aux passagers un meilleur confort de vol. À cette époque, les pilotes aimaient aussi laisser les passagers jeter un coup d'œil dans le cockpit, voire leur rendre une petite visite… que de bons souvenirs ! Le vol retour fut agréable et sans incident, tout comme l'aller.

 

J'ignorais à l'époque que ce Metropolitan (numéro de construction 381), OO-SCT, avait été vendu à Frontier Airlines en Amérique, où il avait été immatriculé N73167. Cet appareil avait également été loué par Air Congo en 1960. Il a été radié du registre belge le 14 mai 1968.

 

Un Metropolitan immatriculé OO-SCT en train de rouler au sol à Zurich-Kloten en septembre 1966. (Photo : K. Ühlinger)

 

Pour mon premier voyage d'affaires en avion, j'ai eu la chance de voler à bord d'un Convair CV 440 Metropolitan, bien que ce type d'appareil arrivât en fin de carrière chez SABENA. J'ai manqué de peu l'occasion de piloter ce magnifique avion, unanimement salué par les équipages pour son excellente maniabilité.

 

Le Metropolitan OO-SCT photographié à l'aéroport de Londres Heathrow en 1966. (Photo : Archives JP Decock)

 

Le Convair CV 440 Metropolitan OO-SCT en escale à Amsterdam-Schiphol en mars 1968. (Photo : Archives JP Decock)

 

Dans le même temps, j'ai également pu découvrir les joies et les avantages des avions à réaction en embarquant à bord de l'un des premiers vols à bord d'un Boeing 737 qui venait d'entrer en service chez Lufthansa, la première compagnie aérienne à avoir commandé ce type d'appareil, dont les premiers exemplaires étaient entrés en service quelques semaines auparavant.

 

On peut donc dire que j'étais un passionné d'aviation heureux et comblé, d'autant plus que dix jours plus tard, lors de mon troisième vol après mon retour de Hambourg, j'ai eu la chance de voler seul aux commandes de mon petit Aeronca Champion OO-MDM… qui vole toujours.

 

Jean-Pierre Decock

Photo de Jean-Pierre Decock

Jean-Pierre Decock

Brevet B de vol à voile en 1958. Pilote d'avion privé en 1970. Totalise 600 heures de vol dont 70 d'acro. Un œil droit insuffisant même pour une carrière en vol. (Co-)Auteur et traducteur de 41 ouvrages d'aviation publiés en 4 langues depuis 1978. Compétences : histoire, technique et pilotage (aviation civile, militaire ou sportive).