Le plan stratégique : un bref aperçu en l'air

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Bruxelles, le 13 janvier 2016. Le plan stratégique tant attendu est sur la table. Il aura fallu du temps, mais l'avenir (possible) de la défense est enfin couché sur papier. Un bref aperçu de ce à quoi nous pouvons nous attendre dans notre domaine d'intérêt, à travers les quatre dimensions décrites (renseignement, air, terre et mer).

En collaboration avec ses partenaires de coalition, le cabinet a élaboré un plan stratégique à long terme solide et ambitieux. Le 22 décembre 2015, le gouvernement a approuvé la transformation du secteur de la défense en une armée de terre dotée de 25 000 équivalents temps plein (ETP) et de 9,2 milliards d'euros d'investissements. Ce plan vise à garantir un système de défense uni et équilibré, avec un équilibre sain entre les dépenses de personnel, de fonctionnement et d'investissement d'ici 2030.

Le budget actuel reflète la solidarité de la défense belge au sein du cadre international (OTAN, UE, ONU, bilatéral et multinational), mais doit également permettre la mise en œuvre des décisions de l'accord de coalition. La Belgique est le sixième pays le plus riche parmi les membres européens de l'OTAN en termes de produit national brut, mais l'avant-dernier en matière de défense. Selon les prévisions actuelles, nous nous situerons dans la moyenne d'ici 2030.

Le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA) a présenté le plan stratégique.

« Le plan stratégique représente un nouvel avenir pour la défense », déclare le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA). « Un gouvernement ne doit pas chercher à tout faire, mais se concentrer sur ses missions essentielles et les exécuter de manière responsable, efficace et économique. L'une de ces missions essentielles est la sécurité. Après tout, c'est le fondement de notre bien-être, de notre liberté et de notre prospérité à tous. » La sécurité a un coût. Elle ne l'a jamais été et ne le sera jamais. Ces dernières décennies, le budget de la défense a constamment diminué grâce aux « dividendes de la paix ». Aujourd'hui, nous réalisons un tournant historique et la Belgique souhaite se positionner comme un partenaire solidaire et fiable.

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput, a déclaré : « Le monde a radicalement changé ces dernières années. L’Europe demeure un havre de paix relativement sûr, mais elle est de plus en plus entourée d’une périphérie instable à l’Est et au Sud. L’Europe ne peut ignorer ces problèmes, d’un point de vue humain, économique et sécuritaire, et doit pouvoir agir de manière autonome par rapport aux autres acteurs mondiaux au sein de sa propre périphérie, sur les plans politique, économique et militaire. »

La défense contre les menaces extérieures et la garantie de la sécurité collective, grâce à la collaboration de tous les pays pour garantir la sécurité de tous, y compris la protection de leurs compatriotes à l'étranger, sont des missions essentielles de la défense. Le soutien à la sécurité intérieure et la fourniture d'aide humanitaire, sur le territoire national comme à l'étranger, constituent également des missions cruciales. Pour accomplir ces missions essentielles, les capacités doivent être déployées de manière appropriée et équilibrée. Pour chaque dimension, il doit exister au moins une capacité de combat déployable, durable et crédible.

Un aperçu par dimension

Information

• Dans le domaine du renseignement, le ministère de la Défense prévoit d'investir dans un drone MALE (véhicule aérien sans pilote de moyenne altitude et longue endurance) de type encore à déterminer : deux en 2021 et quatre autres en 2030. Ce drone vole entre 10 000 et 30 000 pieds. Une mission typique dure entre 24 et 48 heures. Le ministère de la Défense prévoit de déployer un drone pendant six mois, pour un coût de 550 millions d'euros et un déploiement de 120 personnes.

• Participer avec 12 membres du personnel au programme de surveillance terrestre alliée de l'OTAN. À cette fin, l'OTAN acquiert cinq drones RQ-4B Global Hawk Block 40, un drone HALE (Haute Altitude Longue Endurance), pour le compte des 28 pays partenaires.

Lors d'une précédente législature, il avait été décidé de supprimer progressivement l'actuel drone B-Hunters et de ne pas le remplacer. Le plan actuel prévoit toutefois de nouveaux aéronefs sans pilote.

Ciel

• La question la plus controversée reste la capacité de combat aérien polyvalente, c'est-à-dire le remplacement de la flotte actuelle de F-16 par des chasseurs de nouvelle génération. Actuellement, six candidats sont potentiels : le F-16C/D (dont la production durera jusqu'en 2020 et ne convient donc pas à une utilisation à long terme), le Saab Gripen, l'Eurofighter Typhoon, le Dassault Rafale, le Boeing F-18 Hornet et le Lockheed Martin F-35 Lightning II. Aucun candidat n'a encore été clairement identifié, mais le plus évident semble être le F-35, ou Joint Strike Fighter, car il a déjà été commandé par de nombreux autres pays de l'OTAN, dont les Pays-Bas, avec lesquels divers partenariats existent déjà. Concrètement, cela concerne 34 appareils, dont quatre doivent couvrir les pertes potentielles.

• L’ambition est la même qu’aujourd’hui, à savoir agir à toutes les étapes de la violence – à la fois air-air frigorifiques sol à sol – avec six avions de combat disponibles sans limitation en trois jours. Pour l'alerte rapide, le ministère de la Défense vise à faire décoller deux appareils en quinze minutes, comme c'est le cas actuellement. Le coût s'élève à 3 592,2 millions d'euros, soit suffisamment pour le déploiement de 2 206 personnels.

Il existe cinq candidats possibles pour remplacer les F-16 actuels, dont le Dassault Rafale.

• Si le gouvernement décide de le faire, les drones de reconnaissance MALE seront armés pour un appui-feu tactique.

• Un transport stratégique basé sur les sept avions de transport A400M, dont l'achat a déjà été décidé et dont le premier atterrira en 2019. Par ailleurs, il est prévu d'investir dans deux kits de ravitaillement en vol Pour pallier la pénurie de capacités de ravitaillement en vol dans le contexte européen, l'objectif est de déployer quatre avions de transport pour une durée indéterminée (37 millions d'euros supplémentaires, en plus du coût de l'investissement déjà décidé, pour 772 personnels).

Les premiers A400M sont déjà en service dans nos pays voisins. On voit ici un avion français effectuant un atterrissage d'entraînement à Ostende. Notre premier A400 est attendu pour 2019.

• Continuer à participer à la capacité AWACS de l'OTAN comme c'est déjà le cas (voir aussi www.hangarflying.eu/nl/node/164).

• La Belgique poursuit déjà le projet d'avion de ravitaillement multirôle A330, dérivé de l'avion de transport de passagers A330-200. Le ministère de la Défense y contribue déjà sur les plans scientifique, technologique et financier. À court terme, il mènera une étude de faisabilité spécifique. Cette étude portera non seulement sur la réduction du nombre d'heures, comme proposé précédemment, mais aussi sur l'étude de faisabilité de l'acquisition d'un avion complet au sein du pool européen EDA. Cet avion pourra non seulement effectuer du ravitaillement en vol, mais aussi du transport aérien. Son coût est estimé à environ 300 millions d'euros.

• Un maximum de huit hélicoptères de la flotte actuelle d'Agusta A109 seront conservés, mais uniquement pour assurer la formation des hélicoptères NH90. Ces hélicoptères offrent peu de possibilités de déploiement opérationnel en raison de leur capacité d'emport limitée. Un autre type d'hélicoptère et/ou une coopération militaire internationale pourraient être envisagés. Dans le cadre du débat sur les missions principales actuellement en cours avec d'autres services de sécurité, l'A109 est envisagé pour un rôle d'observation, en soutien à la police et à la protection civile. Outre la formation, une mission d'utilité sociale pourrait également être assurée.

L'A109 est trop léger pour effectuer correctement une mission stratégique, même une évacuation sanitaire. Huit hélicoptères supplémentaires seront déployés, principalement pour la formation des pilotes de NH90.

• Aucune décision publique n'a encore été prise concernant les missions de recherche et de sauvetage (NH90) et la « flotte blanche » (Falcon, Embraer, Airbus) de la 15e escadre. Des études sont en cours afin de déterminer comment optimiser ces missions dans le cadre des budgets de la défense. Le ministre Vandeput a déclaré à la commission de la Défense de la Chambre des représentants que la privatisation n'était pas envisagée dans l'immédiat, mais plutôt des solutions pour optimiser l'efficacité des missions de recherche et de sauvetage. Cependant, selon lui, le NH90 est déjà surqualifié pour cette mission. Les études examinent, entre autres, la manière dont ces missions sont gérées dans les pays voisins.

Selon le ministre, le NH90 est surqualifié pour effectuer des missions de recherche et de sauvetage. Une étude examine actuellement la manière la plus efficace d'accomplir cette tâche.

Terrains

• Divers investissements sont également prévus pour les déploiements terrestres afin d'améliorer la préparation opérationnelle. Notre domaine d'intérêt concerne spécifiquement le transport aérien tactique avec les quatre hélicoptères de transport multirôle NH90. D'autres investissements sont réalisés dans les équipements balistiques, les mises à niveau et les capacités d'armement. L'objectif est d'être opérationnel pendant un an avec deux hélicoptères. Cela comprend également l'évacuation médicale tactique en pool avec les Pays-Bas et en collaboration avec la France et l'Allemagne, qui disposent quasiment des mêmes hélicoptères. Des discussions sont également en cours avec les pays voisins concernant les stocks et la maintenance. Coût : 40,1 millions d'euros, 214 personnes.

Pour le transport aérien tactique, en coopération avec la composante terrestre, des investissements supplémentaires sont réalisés dans les ensembles balistiques, mises à jour et la capacité d'armement des quatre hélicoptères de transport multirôles NH90.

Maritime

• La liste d'investissement comprend également deux nouvelles frégates polyvalentes qui seront développées et acquises conjointement avec la marine néerlandaise. Basées sur les quatre hélicoptères frégates NH90 de l'OTAN, elles seront également déployées sur les nouvelles frégates comme hélicoptères d'attaque maritime pour la lutte anti-sous-marine et anti-surface, et équipées de capteurs et d'armes supplémentaires. Le coût s'élève à 60,4 millions d'euros et prévoit le déploiement de 281 personnes.

• Une collaboration avec la marine néerlandaise pour développer conjointement le Navire de soutien logistique interarmées Le projet Karel Doorman est encore en phase d'étude. Cependant, la Belgique pourrait fournir du personnel et, occasionnellement, un hélicoptère (NH90) pour renforcer la capacité logistique maritime.

Le ministère de la Défense souhaite également déployer le NH90 NFH à bord des nouvelles frégates comme hélicoptère de combat maritime pour la guerre sous-marine et de surface, équipé de capteurs et d'armes supplémentaires.

Il reste encore beaucoup de travail à faire

« Je tiens à remercier le gouvernement pour sa décision courageuse d'investir dans la Défense », a déclaré le ministre Steven Vandeput. « La sécurité est un bien précieux, mais elle a un coût. Grâce aux décisions que nous avons prises aujourd'hui, nous pouvons offrir une perspective nouvelle et porteuse d'espoir à nos forces armées et à tous nos personnels qui donnent le meilleur d'eux-mêmes chaque jour. »

Le premier obstacle majeur a été surmonté, mais il reste encore beaucoup à faire. Dans les prochains mois, j'élaborerai un plan de gestion avec l'état-major des armées, décrivant les mesures que nous mettrons en œuvre au cours de cette législature. Nous lancerons plusieurs appels d'offres pour formaliser les décisions gouvernementales dans les contrats. En attendant, nous continuerons de nous concentrer sur la rationalisation des structures et des processus, nous poursuivrons le recrutement de jeunes et nous resterons solidaires de nos partenaires opérationnels.

Les Alpha Jets seront progressivement retirés du service à la fin de 2018. La formation des pilotes sera transformée en une collaboration multinationale.

Notes annexes

• Concernant le déplacement et/ou la fermeture de bases ou de quartiers militaires, aucune décision n'a encore été prise. À lire entre les lignes et à écouter attentivement les diverses rumeurs, la pérennité de certaines bases est loin d'être assurée. Le plan structurel élaboré par la direction de la Défense et le ministre apportera, espérons-le, bientôt des réponses claires aux militaires et à leurs familles.

• Le lieu d'implantation de l'A400M reste une question majeure, aucune décision n'ayant encore été prise concernant les travaux d'infrastructure nécessaires à la base de Melsbroek. Cet espace pouvant être utilisé pour l'extension nécessaire de l'aéroport national, une relocalisation semble envisageable.

• La formation des pilotes n'est pas non plus incluse dans le plan stratégique. Par exemple, nous avons appris lors de la commission parlementaire de la défense de janvier 2015 que les Alpha Jets seraient retirés du service fin 2018 dans le cadre de l'accord de coopération bilatérale avec la France. Il n'est pas prévu de remplacer cette flotte, car un nouveau concept de formation des pilotes est en cours d'élaboration. Ce concept privilégie la coopération internationale, bilatérale ou multinationale, dans un contexte européen ou OTAN. Nous n'avons pas encore reçu d'informations concernant les Marchetti destinés à la formation de base.

• En Last but not leastLe plan stratégique actuel n'entrera en vigueur qu'à partir de la prochaine législature. D'ici là, un nouveau gouvernement sera en place et pourrait revenir sur certaines décisions. Plus d'informations à suivre.

Texte et photos : Tom Brinckman

Photo de Tom Brinckman

Tom Brinckman

Est le Hangar Flying Webmaster originaire de Sint-Michiels Brugge, il travaille comme graphiste et photographe de presse indépendant. Passionné d'aviation militaire et générale depuis son plus jeune âge, il a combiné cette passion avec la photographie. Photographe et reporter, il traque les images et les récits marquants de l'aviation belge. On le croise souvent lors de meetings aériens, en Belgique comme à l'étranger… ou le nez plongé dans un bon livre d'aviation.