Zeebruges, le 29 juillet 2017. En flânant le long de la digue de Zeebruges, rares sont les excursionnistes qui remarqueront qu'une base d'hydravions s'y trouvait pendant la Première Guerre mondiale. Pour votre prochain week-end en bord de mer, nous vous conseillons l'excellent livre « Koers Noordzee : Duitse naval luchtbasisssen aan de Belgisch Oostkust 1914-1918 » (Cours sur la mer du Nord : Bases aéronavales allemandes sur la côte est belge 1914-1918) de l'auteur Eddy Lambrecht.
En 1914, les ports d'Ostende et de Zeebruges tombèrent indemnes aux mains des Allemands. Leur proximité avec l'Angleterre permit à la marine impériale allemande d'en percevoir immédiatement les avantages militaires, comme en témoignait l'amarrage de la flottille de bateaux de pêche « Flandern ». Jusque-là, la station d'hydravions de la digue de Zeebruges avait été peu étudiée. Le livre d'Eddy Lambrecht change la donne.
La force aérienne du Marinekorps Flandern s'est considérablement développée pendant la Première Guerre mondiale et a joué un rôle essentiel dans la défense côtière. Les Britanniques s'attendaient à une prise rapide d'Ostende et de Zeebruges ; ils n'ont donc pas détruit les installations portuaires comme la digue de Zeebruges – une erreur cuisante. Une véritable base d'hydravions a été construite sur la digue, avec hangars et abri anti-bombes. Des grues belges à bras de grappin allongés ont été utilisées pour hisser les avions à l'eau et hors de l'eau. Parmi les photographies du livre figurent de nombreux joyaux, comme un Gotha Ursinus, dont un seul exemplaire a été construit. Les hydravions étaient placés sur des wagons-plateaux afin de pouvoir être rapidement transportés vers Lissewege, où un atelier de réparation avait été installé. On y trouve non seulement des photos d'avions, mais aussi des photos de groupe de pilotes et de techniciens, des images qui dégagent une atmosphère presque familiale. On y trouve des images d'un hangar près du bâtiment de la gare sur le barrage où les Allemands élevaient de la viande supplémentaire, des photos aériennes de sous-marins endommagés, des photos de maisons détruites, de magnifiques photos aériennes de la région, etc. Sur une photo d'un aviateur allemand tombé au combat, évacué en train depuis le quai du port, on aperçoit le Palace Hotel en arrière-plan. Eddy Lambrecht possède manifestement une riche collection de photos.
Dès le 4 décembre 1914, le premier contingent d'une unité d'aviation navale arriva à Zeebrugge par train. Les pilotes de la Seeflugstation « SEE » Flandern I (SEE II était Ostende) commencèrent bientôt à larguer leurs bombes sur l'Angleterre, ciblant les navires alliés, protégeant les sous-marins, etc. Zeebrugge était une épine dans le pied des Britanniques, qui lancèrent des bombardements dès le début de 1915. Les bombardements britanniques s'intensifièrent considérablement au cours de la guerre. Eddy Lambrecht s'intéresse non seulement à la technologie, mais aussi aux histoires humaines. Il raconte par exemple l'histoire poignante du capitaine Fryatt du SS Brussels. Le 22 juin, il fut contraint de faire voile vers Zeebrugge avec son bateau. Fryatt, qui avait réussi à endommager le sous-marin U-33 un mois plus tôt, fut arrêté et traduit en cour martiale. Ce père de sept enfants fut exécuté près de l'actuel palais de justice de Bruges.
En raison de l'avancée des Alliés, l'évacuation allemande de la côte belge fut ordonnée le 30 septembre 1918. La base aérienne de Zeebrugge fut également évacuée.
Les six premiers chapitres du livre traitent de la Seeflugstation Seebrügge, dans un style de journal intime méticuleux. Le sixième chapitre contient de superbes photographies d'avions capturés. Que diriez-vous d'un cliché d'un Blériot XI aux mains des Allemands ? Nombre d'entre eux semblent avoir été pris par des photographes professionnels.
Outre les hydravions, les avions terrestres jouaient également un rôle important. Dans les chapitres sept à dix, l'auteur aborde les aéroports d'Uitkerke, de Koolkerke, de Nieuwmunster et de Jabbeke. Ces chapitres sont accompagnés de cartes et de photographies claires qui permettent de comparer la situation pendant la Première Guerre mondiale à celle d'aujourd'hui.
L'écrivain et natif de Knokke Eddy Lambrecht (62 ans) n'est pas étranger à ceux qui s'intéressent à la Première Guerre mondiale. Il se consacre à la Grande Guerre depuis plus de vingt ans. Après "Gruss aus Flandern" (2004), "Gas Clouds over Flanders" (2005), "Struggle in the Mud, Langemark-Poelkapelle" (2005), "Versteendevleugels" (2005), "Voor hen geen zeemannengrave" (Pas de tombe de marin pour eux) (2007), "Zij vallen uit de hemel" (2009), "Ten tegen tegen" (2013), "Knokke en Westkapelle in de Grote Oorlog" (2014) et "Het Onbarmhartige Bos" (2014), il s'agit du dixième livre de Lambrecht sur les événements de la Première Guerre mondiale. Eddy Lambrecht est également contributeur au magazine « Cnock is Ier » publié par la société d'histoire locale de Knokke et à « Shrapnel », le magazine de la Western Front Association (WFA) Belgique.
« Koers Noordzee » (Cours en mer du Nord) d'Eddy Lambrecht compte 247 pages et comprend environ 300 photos, documents et cartes en noir et blanc. Dimensions : 24 x 31 cm, couverture rigide. Très bien réalisé, il est publié par Uitgeverij Bonte. www.bonte.be. ISBN 9789491466090. Le prix de 36 euros en vaut vraiment la peine.
Frans Van Humbeek


