Serres (France), 10 avril 2014. Chez Hangar Flying, nous nous efforçons de couvrir l'actualité du monde de l'aviation avec sérieux et neutralité. Cependant, il est parfois difficile de maintenir cette neutralité. Après avoir pris possession du Stemme S10 pour mon précédent article, j'avais encore envie de passer plus de temps à bord de cet avion. Avec Serres, j'ai pu réaliser ce souhait, et avec Klaus Ohlmann, rien de moins.
Ce nom ne dit peut-être rien aux non-pilotes de planeur, mais son palmarès parle de lui-même : 52 records du monde, dont 23 sont toujours en circulation. Le plus marquant est le record de distance de plus de 3 000 kilomètres établi en Argentine. En février, il est également devenu le premier pilote à survoler l'Everest en planeur, avec un Stemme S10.
Ohlmann gère un centre de vol à voile à Serres, près de Gap, dans les Alpes du Sud. Chaque jour, il emmène jusqu'à trois planeurs à travers les montagnes. Il ouvre la voie avec son Stemme S10, tandis que les participants suivent et apprennent par radio où se trouvent les thermiques et les points d'intérêt. Ce sont des pilotes expérimentés, généralement allemands, pour qui la haute montagne est encore un territoire inconnu, et ils sont guidés ainsi pour une initiation. La plupart apportent leur propre équipement, mais il est également possible de louer un planeur sur place. L'hébergement est également possible sur place, dans des chalets simples ou en camping.
Je n'avais pas besoin d'hébergement : la première semaine des vacances de Pâques, nous étions en vacances de ski en famille à La Joue-du-Loup, un magnifique domaine à une demi-heure de route de Serres. Malgré l'arrivée tardive de la saison, la neige était encore abondante et de bonne qualité. Le beau temps a également permis de skier avec plaisir. Cependant, en tant que pilote, j'ai mes priorités : le forfait doit être conservé pour une journée, et ma femme et mes enfants partent seuls sur les pistes. Je n'ai pas manqué l'occasion de partir une journée avec le S10. C'est accessible à tous pour 240 euros.
La journée commence par un briefing à 10h. Klaus Ohlmann passe en revue les conditions de la veille et commente les vols effectués par les différents pilotes. L'objectif est avant tout d'apprendre de ses erreurs ou des bonnes décisions prises par soi-même ou par d'autres pilotes. Les conseils de sécurité concernant le vol en montagne sont tout aussi importants lors de ce briefing. Quelle est la meilleure technique pour franchir un col ? Que faut-il prendre en compte lors d'un atterrissage hors route, etc. ?
La deuxième partie du briefing fait le point sur les conditions métrologiques de la journée : où trouverons-nous les meilleures thermiques et quelles performances sont possibles ?
| Ohlmann guide le Stemme le long des rochers. Ça n'a peut-être pas l'air de l'être sur la photo, mais d'après mon expérience, nous étions plus près que je ne le pouvais. |
| Même si la température dépasse largement les 20 degrés au sol, les pistes de ski sont encore recouvertes d'une épaisse couche de neige. |
On comprend vite que la journée s'annonce correcte, mais on n'attend pas de performances exceptionnelles. On n'est que début avril, et les meilleures conditions ne seront réunies qu'en juillet et août. C'est pourquoi le départ est fixé à 13 h.
En attendant, je passe mon temps à lire un article dans un magazine d'aviation allemand. Il est écrit par l'épouse d'Ohlmann et décrit le voyage à bord du Stemme, de l'Allemagne à Katmandou. De là, l'équipe du Mountain Wave Project (www.mountain-wave-project.com/) divers vols à travers l'Himalaya et au-dessus de l'Everest.
D'ailleurs, l'avion que nous pilotons aujourd'hui, le D-KKOP, était celui utilisé pour survoler le toit du monde. Ce n'est pas un exploit comparable à celui du Spirit of Saint-Louis, mais tout de même…
Alors que je m'installe et que Klaus est occupé à régler l'ordinateur de bord, je remarque qu'il est toujours réglé sur l'heure locale de Katmandou.
Peu après 13 heures, nous roulons sur la piste de Serres pour le décollage. Toujours au moteur, nous cherchons une première thermique à proximité, mais elle est très faible. Après quelques minutes, nous coupons le moteur dans une thermique faible. Impossible de dépasser 1 400 mètres à cause de l'inversion, et la situation n'est guère meilleure ailleurs sur le terrain. Lorsque le cône avant est déployé pour reprendre suffisamment d'altitude au moteur, le variomètre se met enfin à biper, plein d'espoir. Klaus doit travailler dur pour prendre de l'altitude avec le lourd Stemme dans ces conditions légères, mais nous atteignons tout de même suffisamment d'altitude pour décoller. Les avions qui nous accompagnent – un ASH-31 et un DG-808 – sont beaucoup plus légers et offrent une finesse tout aussi bonne que le Stemme.
Nous volons très près des rochers, et avec un autre pilote à la contrôles Je ne me sentirais pas à l'aise. Ohlmann vole dans cette région depuis les années 1980 et connaît chaque vallée et chaque col comme sa poche. Il sait exactement où trouver les thermiques et quand nous sommes assez haut pour les traverser.
| Briançon a marqué un tournant. Cette ville de montagne mérite d'être visitée, et pas seulement depuis les airs. |
Les conditions s'améliorent au fil de l'après-midi, et nous atteignons des altitudes allant jusqu'à 3 500 mètres. Le spectacle est indescriptible ! Quiconque s'est déjà retrouvé au sommet d'une montagne peut en avoir une idée, mais survoler ces géants alpins enneigés est une sensation tout autre.
| Les courants thermiques ne restent pas faibles toute la journée. De fortes poussées nous propulsent parfois à plus de cinq mètres par seconde. |
| En passant par le parc des Écrins, sur le chemin du retour. Découvrez également la vidéo sur YouTube (www.youtube.com/watch?v=EcS7HYA5tkU) |
Ce n'est que durant la dernière heure que j'ai réussi à prendre l'avion régulièrement en main. Les conditions n'étaient pas très bonnes aujourd'hui, et la première préoccupation d'Ohlmann était d'offrir un voyage agréable aux suiveurs. Après tout, ils payent pour cette expérience et permettent au « passager » du Stemme de voyager pour un prix relativement modique. Comme cela faisait vingt ans que je n'avais pas volé correctement en thermique, nous n'aurions pas pu aller bien loin si j'avais été aux commandes.
Même sans piloter soi-même, la journée est très instructive et, surtout, une expérience formidable. Je ne pense pas qu'on puisse réserver un baptême de l'air dans les Alpes ailleurs pour 40 euros de l'heure.
| Nous ne sommes pas seuls dans les airs. En plus des quelques dizaines d'autres planeurs que nous croisons, celui-ci a également parapente j'ai atteint plus de 3 000 mètres ! |
Ce n’est qu’après sept heures que les roues touchent à nouveau le sol – plus de six heures dans les airs, et cela avec seulement quelques litres d’essence !
… Celui-là aussi coup est finalement insuffisant. Comme un véritable junkie, la faim ne fait que s'intensifier une fois l'euphorie initiale passée…
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Vous trouverez plus d'informations sur le centre de vol à voile de Serres sur www.quovadis-aero.com.
Texte et photos : Peter Snoeckx


