Nouvelles ailes, nouveaux pilotes à la composante aérienne

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Bevekom, le 17 octobre 2013 : Ce ne sont pas seulement des ailes qui ont été distribuées lors de la cérémonie d'assermentation de douze nouveaux pilotes, présidée par le major-général aviateur Claude Van de Voorde, commandant de la composante aérienne, et dirigée par le colonel aviateur Frédéric Givron, nouveau chef de corps du Centre de compétences aériennes depuis le 4 septembre.

Le décor est installé sur le tarmac de Beauvechain : un Embraer Xingu de l’école de pilotage d’Avrord, l’hélicoptère de démonstration belge Agusta A109, avec en arrière-plan un F-16AM FA-114 et plusieurs autres aéronefs, le tout sous la surveillance du maître-chien. Les troupes vont bientôt se rassembler et la remise des ailes aux nouveaux pilotes de l’Armée de l’air pourra commencer.

L'événement a été honoré par la présence du lieutenant-colonel Pascal Ballinger, détaché des forces armées luxembourgeoises auprès de la composante aérienne, ainsi que du colonel James S. Shikegane, attaché de l'armée de l'air à l'ambassade des États-Unis d'Amérique, et du colonel Hosokawa, attaché de l'armée de l'air à l'ambassade du Japon à Bruxelles.

Le cadre préparé est présent et le major général aviateur Claude Van de Voorde, commandant de la composante aérienne, accompagné du colonel aviateur Frédéric Givron (à gauche), chef de corps du Centre de compétences aériennes depuis le 4 septembre dernier, inspecte les troupes.

Parmi les pilotes certifiés figuraient trois pilotes d'hélicoptère (dont la seule femme pilote), huit pilotes de chasse et un pilote de transport, qui n'est autre que le deuxième pilote luxembourgeois destiné à servir au sein de la 15e Escadre en attendant l'arrivée de l'Airbus A400M Atlas en 2019. Quatre d'entre eux sont issus des promotions 145 et 146 SSMW (Sciences sociales et militaires) de l'Académie royale militaire, tandis que les huit autres appartiennent au cadre supplémentaire de 2010. De plus, deux pilotes néerlandais, futurs pilotes de F-16, faisaient partie du groupe, le recrutement étant ouvert à tous les citoyens des pays de l'Union européenne depuis 2007. La formation franco-belge, traditionnelle, exige que les pilotes de chasse et de transport soient certifiés en France et portent donc le célèbre insigne de pilote de l'Armée de l'Air française sur leur poche droite (dont la symbolique est : « Les ailes vous portent, l'étoile vous guide et la couronne de laurier vous attend »), tandis que les pilotes d'hélicoptère portent les ailes de l'ALAT (Aviation légère de l'armée) sur leur côté droit, avec deux bombes croisées au milieu des ailes, rappelant les débuts de cette arme aéroportée dédiée à l'observation et au réglage des tirs d'artillerie.

Les jeunes pilotes se voient épingler leurs toutes nouvelles ailes par le major-général Claude Van de Voorde, en compagnie des deux filles de Georges Jaspis DFC, à l'exception du sous-lieutenant Xavier Remacle, dont le frère, capitaine pilote, a eu le privilège de les lui épingler, un grand moment de bonheur au sein d'une fraternité !

La deuxième partie de la cérémonie était consacrée à la remise de diplômes à trente spécialistes, dont des marins, à savoir cinq maîtres de chargement, un plongeur, cinq stewards et trois mitrailleurs, ainsi qu'un pilote-navigateur de drone B-Hunter.

Les trente spécialistes, dont des membres de l'équipage de vol, fraîchement certifiés et félicités par le major-général Claude Van de Voorde, retournent à leurs places sur le terrain de parade.

Lors de la promotion de 2010 des pilotes du cadre supplémentaire, le lieutenant d'aviation (capitaine) Georges Jaspis, décoré de la DFC, fut choisi comme parrain. Il avait intégré l'aviation militaire en 1938, lors de la 78e promotion. Après la campagne de 18 jours, il fut rapatrié en Belgique, d'où il s'évada pour gagner l'Angleterre en avril 1942. Après une brève période de remise à niveau, il fut affecté au célèbre 609e escadron, avec lequel il effectua deux missions opérationnelles en 1943 et 1944. Il y pilota le redoutable Typhoon, armé de roquettes, qui sema la terreur parmi les chars de la Wehrmacht dans le bocage normand en juin et juillet 1944. Georges Jaspis, à trois victoires aériennes confirmées, fut l'un des nombreux Belges à servir au sein du célèbre 609e escadron.

La cérémonie s'achève : l'étendard est salué par le colonel Frédéric Givron, chef de corps du CC Air, avant de quitter les lieux.
Le programme de promotion des jeunes pilotes avait choisi le lieutenant d'aviation Georges Jaspis, décoré de la DFC, comme parrain. Il effectua deux missions opérationnelles à bord du Typhoon au sein de la Royal Air Force avant d'être affecté au transport à la fin de la guerre et de rejoindre la SABENA en 1946. Il mena une brillante carrière, totalisant quelque 27 000 heures de vol et 2 400 traversées de l'Atlantique. Il décéda le 14 décembre 2007 et ses deux filles le représentèrent lors de la cérémonie de passation de pouvoir.
Georges Jaspis en 1943 ou 1944, devant la formation de l'escadrille 609, qui s'est particulièrement distinguée en Normandie durant l'été et l'automne 1944 par ses attaques à la roquette. Georges Jaspis est titulaire de la DFC (Distinguished Flying Cross) et compte trois victoires aériennes confirmées, ainsi que plusieurs en collaboration avec ses camarades d'escadrille.

Peu avant la fin des hostilités, Georges Jaspis (affectueusement surnommé « Poupa ») fut muté au Commandement des transports à la mi-janvier 1945. Il le quitta début 1946 pour rejoindre la SABENA, où il mena une brillante carrière. Celle-ci prit fin en 1978 lorsqu'il posa le Boeing 747 qu'il commandait sur la piste de l'aéroport de Zaventem. Il avait 62 ans et totalisait 27 000 heures de vol. Il resta longtemps actif au sein du comité de la BCA (Association belge des pilotes de ligne), l'association représentant les pilotes de ligne belges, jusqu'à son décès le 14 décembre 2007. Les deux filles de Georges Jaspis assistèrent à la remise des ailes aux nouveaux pilotes en cette journée inoubliable dans la vie d'un aviateur.

Les jeunes soldats brevetés posent pour la postérité avec, au centre, les deux filles de Georges Jaspis et du major-général Claude Van de Voorde.
Les jeunes pilotes participant à cette promotion ont réalisé un lancer de képi traditionnel particulièrement puissant…
La démonstration s'achève lorsque le petit SIAI-Marchetti SF260M de l'école de pilotage élémentaire reste immobile sous la pluie ; le ST-02 arbore toujours le ventre et l'empennage rouges caractéristiques de la patrouille Hardship Red qui a précédé les Red Devils.

Texte et photos : Jean-Pierre Decock

Photos prises par l'auteur ou provenant de ses archives.

Nos remerciements à l'adjudant Philippe Van Huyck de l'IPR/Comopsair.

Photo de Jean-Pierre Decock

Jean-Pierre Decock

Brevet B de vol à voile en 1958. Pilote d'avion privé en 1970. Totalise 600 heures de vol dont 70 d'acro. Un œil droit insuffisant même pour une carrière en vol. (Co-)Auteur et traducteur de 41 ouvrages d'aviation publiés en 4 langues depuis 1978. Compétences : histoire, technique et pilotage (aviation civile, militaire ou sportive).