Les lève-tôt de Kiewit

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Kiewit, dimanche 26 août 2012 : le plafond est bas et le débit incessant des douches compromet définitivement… jours historiques Sur le plus ancien aérodrome encore en activité de Belgique, voire du monde, puisque des vols y sont assurés depuis l'époque héroïque des « poulaillers » en 1909. Aucun avion n'a pu voler à Kiewit ce week-end, la météo étant exécrable. Le déplacement en valait cependant la peine, car il nous a permis de rencontrer Jean-Marie Baerts, président de la toute récente association à but non lucratif Early Birds Kiewit, branche belge de l'association néerlandaise Vroege Vogels/Early Birds Foundation, qui se consacre à la restauration d'avions anciens.

Une partie de la flotte d'Aero-Kiewit sur l'aérodrome détrempé par la pluie, le dimanche 26 août ; au premier plan, le Cessna 172 OO-KWT, commémorant le centenaire de Kiewit, le plus ancien aérodrome de Belgique encore en activité.

Lève-tôt à Lelystad
Au milieu des années 70, un groupe de passionnés néerlandais entreprit de restaurer de vieux moteurs rotatifs, témoins de l'esprit d'aventure des pionniers de l'aviation du début du XXe siècle. Jean Salis, animateur pour une société de production d'avions anciens fondée par son père dans les années 30, développa considérablement ses activités dans les années 70 au profit du cinéma et, plus particulièrement, de la télévision. On se souvient notamment des célèbres séries télévisées françaises « Les Faucheurs de Marguerites » et « Le Temps des As », dont les vedettes étaient des avions anciens restaurés ou des répliques, construits à son initiative. Il les utilisait sur l'aérodrome de La Ferté-Alais, sur le plateau de Cerny, au sud de Paris. En 1975, Jean Salis sollicita les passionnés néerlandais de l'association Vroege Vogels (Pionniers) pour la restauration de plusieurs moteurs rotatifs en échange du don d'un De Havilland DH 82a Tiger Moth (anciennement PG671 au sein de la RAF et N82AM aux États-Unis), qu'ils remirent en état de vol. Ce fut le premier appareil d'une aventure qui allait bientôt prendre forme, donnant naissance à une importante collection d'avions anciens évoluant dans leur élément : les airs.

Devant le Blériot XI, les deux principaux acteurs de la plateforme Kiewit : à gauche, Frank Sterkmans, président d'Aero-Kiewit et à droite, Jean-Marie Baerts, président d'Early Birds Kiewit.

Installés à Lelystad, l'aéroport au nord-est d'Amsterdam qui abrite également le musée Aviodrome et la reconstitution du terminal de Schiphol du début des années 30, les Vroege Vogels possèdent vingt-trois avions anciens, dont le rarissime BAT FK23 Bantam, le Brewster Fleet 7, le Pietenpol Aircamper et le DH 60G Moth (le plus ancien avion en état de vol immatriculé aux Pays-Bas), et même un redoutable chasseur North American P-51D Mustang de la dernière guerre.

L'expansion significative de l'héritage de cette organisation à but non lucratif a conduit à la création de la Fondation Early Birds.

Le Blériot XI, également connu sous le nom de « Type traversée de la Manche », est en parfait état de vol et a été construit selon les plans originaux de Henk van Hoorn ; il est conforme à l’original à l’exception d’un ou deux instruments et du moteur, qui est cependant un vieux Lenape Papoose à trois cylindres en Y inversés développant 45 ch, tandis que le moteur Anzani de 1909 du Blériot était un moteur de type W à trois cylindres développant 25 ch (une variante du moteur avec les trois cylindres en Y a existé).

Une succursale en Belgique
Jean-Marie Baerts, un jeune Belge passionné d'avions anciens, découvrit le Tiger Moth des Early Birds lors du rassemblement d'avions anciens de Schaffen-Diest en 1985. Son cœur s'emballa à la vue de ces biplans d'entraînement standard des années 30 et 40 de la Royal Air Force. Mais il fut encore plus ému lorsque le pilote, Jaap Mes, l'emmena voler à son bord. Sa passion pour les avions anciens le poussa à réaliser de nombreux reportages photos sur l'association néerlandaise et, de fil en aiguille, il devint naturellement son représentant pour la Belgique. Jean-Marie Baerts s'est donc fortement investi dans le développement de la présence des Early Birds au Benelux en favorisant l'arrivée des avions anciens de Lelystad, en Belgique. Ainsi, le Blériot XI, le plus ancien avion de l'association, fit une apparition remarquable et opportune en 1999 à Kiewit, atterrissant et décollant sur la piste en herbe de cet aérodrome historique. Le mouvement visant à créer une organisation à but non lucratif appelée Early Birds Belgium a été lancé…

Gros plan sur le poste de pilotage du Blériot XI, immatriculé à juste titre PH-BLE. Le dôme en cuivre en forme de projectile au centre est en réalité l'arrière du réservoir de carburant. Les instruments sont d'époque, à l'exception des deux petits indicateurs de température et de pression d'huile situés en bas du panneau droit, avec, juste derrière et fixé au montant droit, le compas d'origine dont le cadran est horizontal.

Les lève-tôt de Kiewit
En 2009, le président de la toute nouvelle association à but non lucratif entreprit de rechercher des infrastructures et obtint le soutien total des autorités chargées de déterminer les destinations de l'aérodrome de Kiewit, près de Hasselt. Il fut chaleureusement accueilli et il fut décidé de construire un hangar dédié pour abriter les avions et les activités de la section belge de la Fondation Early Birds. C'était en 2009, année du centenaire de la traversée de la Manche par Louis Blériot. Le Blériot XI de l'association (immatriculé PH-BLE) se rendit à Blériot-Plage, près de Calais, d'où l'illustre aviateur avait entamé son vol désormais légendaire. Initialement prévu pour que le PH-BLE effectue la traversée en commémoration, c'est finalement le Blériot XI de la collection Jean Salis qui s'en chargea. Face à l'immense succès rencontré par le Blériot XI néerlandais auprès de la foule rassemblée, il resta sur la plage à la demande expresse des organisateurs. Ce vol n'a été que reporté, le PH-BLE effectuant un vol retour au-dessus de la Manche en 2010 pour célébrer l'exploit de l'aviateur français Jacques de Lesseps en 1910.

Le magnifique triplan Fokker DR I, immatriculé PH-EBF, qui passe la plupart de son temps à Kiewit, est ici photographié à Anvers-Deurne le 7 juillet 2007 ; quelques concessions structurelles à la modernité : le remplacement du patin de queue (incompatible avec les pistes en béton) par une roulette de queue et le moteur radial à la place du moteur rotatif moins fiable et moins efficace de cette époque.

Le centenaire de l'aérodrome de Kiewit a été célébré en grande pompe en 2009, avec notamment l'inauguration d'un tout nouveau hangar de 500 m² pour la branche belge des Early Birds.

Offre spéciale lève-tôt à Kiewit aujourd'hui et demain
Le hangar Early Birds de Kiewit, inauguré le 28 août 2010, abrite des avions historiques durant leur séjour en Belgique, comme actuellement le Blériot XI immatriculé PH-BLE, une réplique construite d'après les plans originaux par Henk van Hoorn, qui en est également le pilote. L'autre appareil, prêt à voler et stationné à Kiewit, est la réplique du triplan Fokker DR I, un avion rendu célèbre par le célèbre as allemand de 14-18, Manfred von Richthofen, alias le Baron Rouge. Cet avion est immatriculé PH-EBF (pour Early Birds Foundation) et porte le numéro de construction fictif 155/17, ainsi qu'une magnifique livrée bleu azur ornée d'un aigle blanc, caractéristique de la « Jasta » (escadrille de chasse) basée à Marke, près de Courtrai, en 1917, et dont faisait partie l'as allemand aux 80 victoires aériennes.

Vue d'ensemble du hangar Early Birds de Kiewit. Au premier plan, le Morane-Saulnier MS 733 (OO-MSA/178) sans capot moteur, le cockpit et les bords d'attaque démontés pour révision ; puis le MS 505 Criquet (Fieseler Fi 156 Storch construit en France), qui vient d'être suspendu avec son châssis moteur en place ; ensuite, la remorque destinée à transporter le Blériot XI démonté vers les lieux de démonstration en vol ; et enfin, le Blériot XI assemblé et complet se trouve juste devant le Fokker DR I PH-EBF.

Le hangar abrite encore plusieurs appareils en cours de restauration, dont un Fieseler Fi 156 Storch, un avion d'observation léger allemand de la fin de la guerre, capable de décollage et d'atterrissage sur des distances ultracourtes. Cet avion est entré dans l'histoire lorsque, en septembre 1943, le colonel allemand Otto Skorzeny atterrit à bord d'un Storch dans les montagnes du Gran Sasso, en Italie, pour ramener Benito Mussolini, qui y était emprisonné et venait d'être libéré par une équipe aéroportée allemande. Il s'agit en réalité d'un Morane-Saulnier MS 505 Criquet, une version du Storch construite en France pendant et après l'occupation et équipée d'un moteur radial Jacobs. La restauration du Criquet est bien avancée et il est prévu d'installer un moteur radial Jacobs de 304 ch reconditionné, qui brille comme neuf et attend d'être installé dans le nez de l'appareil pour un vol imminent.

Le radiant moteur radial américain Jacobs à sept cylindres attend d'être installé sur la MS 505 Criquet, où il déploiera enfin ses 304 chevaux…

L'autre projet de restauration en cours concerne un Morane-Saulnier MS 733 Alcyon. Cet avion d'entraînement français des années 50, portant le numéro de construction 178, a servi dans la Marine nationale française. Déclaré excédentaire, il a été acquis en avril 1978 et immatriculé OO-MSA par Eric Vormezeele, le célèbre collectionneur et pilote belge d'avions anciens. Ce projet, récemment entamé, s'avère être une entreprise de longue haleine, car l'appareil n'a pas volé depuis de nombreuses années et le moteur Potez 6D.30 nécessite également une révision.

Les intentions clairement exprimées de Jean-Marie Baerts sont de développer l'association depuis son siège de Kiewit, près de Hasselt, mais aussi de nouer des partenariats solides avec la société mère de Lelystad et avec le Stampe Center/Musée situé à l'aéroport de Deurne, près d'Anvers.

Gros plan sur le moteur Potez 6D.30 de 240 ch, six cylindres en ligne inversé, actuellement en cours de restauration sur le Morane-Saulnier MS 733 Alcyon. Il convient de noter que les appareils de la Marine nationale étaient équipés d'une hélice bipale à pas variable, tandis que ceux de l'Armée de l'Air étaient dotés d'une hélice tripale, offrant un meilleur rendement.

La section belge des Early Birds est donc active et, comme on le dit souvent, a beaucoup de travail à faire dans les années à venir pour le groupe de passionnés qui y travaillent tous les samedis sous la direction attentive et bienveillante de leur président, Jean-Marie Baerts.

Plus d'informations sur www.earlybirdskiewit.be of www.vroegevogels.org

Texte et photos : Jean-Pierre Decock

Photo de Jean-Pierre Decock

Jean-Pierre Decock

Brevet B de vol à voile en 1958. Pilote d'avion privé en 1970. Totalise 600 heures de vol dont 70 d'acro. Un œil droit insuffisant même pour une carrière en vol. (Co-)Auteur et traducteur de 41 ouvrages d'aviation publiés en 4 langues depuis 1978. Compétences : histoire, technique et pilotage (aviation civile, militaire ou sportive).