Le Belge qui doit aider à sauver le D-jet

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Ontario, Canada, le 20 juillet 2012. Il y a cinq ans, jour pour jour, le deuxième prototype du nouvel avion d'affaires de la société autrichienne Diamond Aircraft effectuait son vol inaugural à l'aéroport international de Londres. Rien de particulier, si ce n'est qu'il s'agissait du vol inaugural du SN002, entièrement conçu par le Belge Luc Van Bavel.

Dans le sillage du désir de jets privés abordables, l'autrichien Diamond Aircraft a lancé le D-Jet abordable, mais non sans de nombreuses inquiétudes.
(Photo Diamond Aircraft, Canada)

Né à Uccle le 20 novembre 1964, Luc Van Bavel étudie l'électromécanique à l'ECAM, école d'ingénieurs industriels de Bruxelles. Cependant, l'étudiant s'ennuie tellement pendant les cours qu'il les suit péniblement en dessinant des prototypes d'avions. Ces croquis étaient autrefois basés sur les dessins de Roger Leloup, le créateur de l'héroïne de bande dessinée Yoko Tsuno.

Avec une thèse sur le calcul des matériaux composites pour la construction de l'aile de l'Euronef ATTL, cet aspirant ingénieur a remporté le Prix Industrie/Université du CERDECAM en 1990. Ce Belge a ensuite travaillé pendant deux ans (1991-92) comme officier de maintenance au sein de la Force Aérienne Belge, où il a mené des recherches sur la postcombustion. C'est dans cette Force Aérienne que Luc Van Bavel a volé pour la première fois à bord d'un avion à réaction, le F-16.

Déjà à cette époque, et même avant, alors qu'il était encore étudiant, Luc Van Bavel passait tout son temps libre chez Promavia, occupé à l'époque avec le Jet Squalus (1987-91). Outre ses autres travaux informatiques, il écrivait également le logiciel de vol d'essai et s'impliquait progressivement dans les projets ATTA-1500 et ATTA-3000 de Gene Kerrigan, ancien de North American Rockwell.

Le jeune Luc Van Bavel, photographié à gauche, pose avec le Jet Squalus de Promavia. Ce jet privé n'aurait jamais connu le succès avant sa création. (Via Luc Van Bavel)

L'ATTA-3000, comme le MiG 8-15 du Bureau d'études Mikoyan (1993-1994), devait concourir pour le programme JPATS (Joint Primary Aircraft Training System) de l'USAF/NAVY en collaboration avec Boeing, mais le projet n'a pas remporté le premier prix. Il a néanmoins conduit Luc Van Bavel en Russie, où il a poursuivi des activités extra-aéronautiques (94-97).

En 1995, notre Belge s'installe au Canada, où il commence à travailler chez Bombardier en 1998 sur le Challenger 645 (une version militaire de l'avion d'affaires, conçue pour la guerre électronique). Lorsqu'il propose son Sky-Doo monoplace à la division Projets Avancés, la proposition est rejetée, mais rapidement reprise par Michael Margaritoff, fondateur de la société Safire en Floride, aux États-Unis, pour la production d'avions d'affaires abordables. Le Sky-Doo de Luc Van Bavel devient le S-12 ; son projet d'avion personnel six places devient le S-26.

Ce projet a pris fin en juillet 2004, quelques semaines avant le premier vol.

Voici comment Luc Van Bavel conçoit son avion. Voici le S-26, qui a ouvert la voie au futur SafireJet. (Archives Aeroscript)

En 2007, le travail de Van Bavel a été nominé pour le prestigieux Trophée Collier's. Van Bavel a conçu le fuselage, la queue et l'entrée d'air du moteur de l'Epic Victory (jet) et de l'Escape (turbopropulseur). Le Victory a volé seulement 202 jours après l'apparition du premier trait de crayon sur l'écran de l'ordinateur.

 

Pour les modélistes parmi nous et autres passionnés d'aviation, Graupner sort un modèle radiocommandé de l'Epic Victory (1 090 m de long / 1 112 m d'envergure), disponible à partir du 19 septembre 2012 pour environ 250 € (Conrad, voir http://www.conrad.be/ce/nl/product/275378/

 

En 2009, ce projet a fait faillite et a été vendu à un groupe d'investisseurs chinois (Aviation Industry Corporation of China) qui ont tenté en vain de relancer le projet.

L'Epic Escape était un magnifique turbopropulseur, l'un des plus beaux avions de l'ère informatique récente. Pourquoi les belles choses ne survivent-elles pas parfois ? (Via Epic Aircraft)

Parallèlement, Luc Van Bavel a été responsable du restylage du deuxième prototype du Diamond D-Jet pour Diamond Aircraft Holdings Canada, où il a été embauché comme entrepreneur indépendant. Luc Van Bavel possède une grande expertise en modélisation 3D et un sens aigu de l'esthétique et de l'ergonomie. Il a ainsi amélioré l'esthétique du D-Jet, améliorant ainsi l'aérodynamisme, la cabine avec plus d'espace pour le tableau de bord, ainsi que les prises d'air et l'échappement du moteur. Il était l'interlocuteur privilégié pour les performances des vols d'essai. Le Belge continuera de travailler sur le D-Jet en tant qu'analyste des données actuelles des vols d'essai et de tous les aspects des performances en vol. Sa contribution à l'équipe de développement du D-Jet est significative, mais le rôle de chaque membre est tout aussi important. Diamond Aircraft Canada se réjouit de collaborer avec ce Belge, homme de talent et passionné d'aviation.

Comme le montre la photo, cela ne ressemble guère à un avion, mais les apparences sont parfois trompeuses. (Via Luc Van Bavel)

La certification du D-Jet, le jet privé le moins cher du marché, coûtant initialement à peine 5 million de dollars, était attendue pour la mi-2008, avec des livraisons prévues pour 2009. Diamond Aircraft Holdings Canada a reçu au moins 300 commandes pour le D-Jet. Cependant, le développement de ce prometteur jet cinq places a été considérablement retardé par des facteurs tels que le choix d'un autre moteur. L'avancement du projet a même parfois été compromis par un manque de financement. Le projet a stagné mi-2011, mais a été relancé la même année grâce au financement du Medrar Financial Group, un groupe d'investisseurs basé à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

Le D-Jet attire tous les regards. Des centaines de commandes ont été passées, dont une de cette école de pilotage américaine, qui en a réservé vingt.
(Via Diamond Aircraft)

Depuis 2007, Luc Van Bavel est consultant et instructeur à l'ITPS (International Test Pilots School, Canada). Il y explique aux futurs pilotes d'essai le pourquoi et le comment de leurs manuels de vol, leur montrant comment les manœuvres de combat reposent sur l'arithmétique et la logique. Le Belge a fait de même pour l'ITPS en 2007 en Malaisie, pour l'armée de l'air malaisienne, qui exploite des F-18 et des MiG-29.

En plus d'analyser les vols d'essai du D-Jet, Luc Van Bavel travaille également sur le développement d'un nouvel avion militaire aux États-Unis, mais le Belge n'est pas autorisé à en dire plus à ce sujet.

Le concepteur aéronautique Luc Van Bavel est convaincu qu'il faut donner leur chance aux nouveaux types d'avions. Ce Belge est lui-même un casse-cou, prêt à s'attaquer à ces nouvelles configurations. « Les possibilités d'intégrer un moteur à une cellule sont rares », dit-il, « mais fort de mon expérience avec l'Epic Victory et le D-Jet, je suis prêt à épater le monde. Et pour garder une longueur d'avance sur la concurrence, il faut oser. » Une déclaration audacieuse de la part d'un Belge qui espère toujours vivement impressionner le monde de l'aviation.

Un Belge et sa fierté. Luc Van Bavel exhibe l'Epic Victory. Quel dommage pour ce one-hit wonder. (Via Luc Van Bavel)

Luc Van Bavel vit au Canada, au Québec, est marié, père de deux enfants et est pilote privé.

Les avions créés par Luc Van Bavel ne ressembleront jamais à cette flotte de SafireJets en images de synthèse. (Photographie composite via Luc Van Bavel)

www.lucvanbavel.com

Guido Bouckaert

Photo de Guido Bouckaert

Guido Bouckaert

Guido, ancien pilote PPL ayant piloté plus de 120 avions pour des reportages et huit types d'avions en tant que commandant de bord, est le plus jeune vétéran du journalisme aéronautique flamand. Ses articles sont publiés dans le monde entier, dans la presse écrite et numérique. Ancien membre du comité de rédaction, Guido écrit aujourd'hui comme auteur invité.