Anvers, le 4 novembre 2011. Dans leur livre « Turbulent Times », les journalistes aéronautiques Steven Decraene (TerZake), Luk De Wilde (VRT + TM Aviation Newsletter) et Guido Meeussen (De Tijd) brossent un tableau des causes du crash de la Sabena, dix ans après la disparition de la compagnie aérienne nationale.
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Au cours des dix dernières années, l'aviation belge a connu une transformation radicale, documentée avec passion. Le trio donne la parole aux acteurs clés et présente les CV des personnalités clés. Les auteurs abordent non seulement Sabena, mais aussi toutes les autres compagnies aériennes et aéroports qui ont façonné le paysage aérien belge au cours de la dernière décennie, y compris les nouveaux venus venus d'ailleurs à l'aéroport de Bruxelles.
Naturellement, le chapitre Sabena suscite la controverse. On y apprend comment Airbus a été choisi et comment 34 appareils Airbus ont été commandés sur la base de documents falsifiés. Le texte concernant l'accord Astoria, ou accord hôtelier, des 16 et 17 juillet 2001, est choquant. Autour de la table se trouvaient le Premier ministre Verhofstadt, le ministre du Budget Johan Vande Lanotte, leurs deux chefs de cabinet, Patrick De Maeseneire, membre du conseil d'administration de Sabena, et Mario Corti, PDG de Swissair. Le ministre Rik Daems et Fred Chaffart, président du conseil d'administration de Sabena, n'étaient pas invités. L'accord hôtelier stipulait que les Belges et les Suisses garantiraient leurs dirigeants et leurs employés en cas de litige. Les coupables sont absous, même si Corti avait déjà fait part de son intention de rompre l'accord d'acquisition de 85 % de Sabena. Mais les auteurs n'imputent pas la faute uniquement aux Suisses. Avant même leur arrivée, Sabena, autrefois pionnière, était au bord de la faillite. La politique belge n'a jamais stratégiquement ancré sa compagnie aérienne, et encore moins l'a soutenue. Une fois les Suisses arrivés à bord, Sabena a volontairement remis les clés de l'entreprise. Le conseil d'administration était chargé de défendre les intérêts de l'État belge. « Temps turbulents » ne leur décerne pas l'Oscar de la bonne gouvernance. Les auteurs ne commettent pas l'erreur de faire porter à la direction tous les péchés d'Israël. Ils ne se dérobent pas non plus à la responsabilité des syndicats bien ancrés, de la mentalité bureaucratique et des équipages grincheux.
Les différents flux de trésorerie exposés sont particulièrement intéressants. Grâce à la liste noire de SABBEL, les salaires des administrateurs et des dirigeants ont considérablement augmenté. Le PDG Paul Reutlinger a sans aucun doute utilisé ces flux de trésorerie à des fins de chantage. Le livre offre un bref aperçu des transactions. Les noms des administrateurs ont été remplacés par des initiales ; il est facile de leur donner un visage. Mais d'autres compagnies aériennes belges font également le point dans ce livre. Il est étonnant de constater les sommes dépensées en conseil, de préférence vers des paradis fiscaux et sans se soucier des conflits d'intérêts. Les finances de la mise sous séquestre de Sabena sont également abordées. Quelles sont les dépenses et les revenus ? Comment l'avocat Christian Van Buggenhout finance-t-il les poursuites ?
Ces dernières décennies, les compagnies aériennes ont connu des ascensions et des chutes vertigineuses. La faillite de Sabena a provoqué une réaction en chaîne à l'aéroport de Bruxelles. Des compagnies comme Sobelair et VG Airlines ont connu un sort tout aussi tragique, tandis que d'autres initiatives comme Jetairfly sont toujours en activité. Et qu'en est-il de Brussels Airlines, née des cendres de Sabena et qui a finalement cherché refuge à l'étranger ? Dans « Turbulent Times », nous suivons le duo Lippens-Davignon dans sa quête d'investisseurs. Le livre offre également un bon aperçu des efforts de Brussels Airlines pour établir sa propre compagnie en Afrique. Nous suivons Freddy Van Gaever chez DAT, VLM, VG Airlines et Delsey Airlines. Le chapitre consacré à la gestion de Sobelair est à couper le souffle. Un accident impliquant un 747 cargo de Cargo B Airlines et la faillite de Lehman Brothers ont également entraîné la chute de ce nouveau cargo belge.
Ce livre ne se contente pas de chiffres et de réflexions sérieuses de hauts dirigeants. Plusieurs anecdotes le rendent très agréable à lire. Après les attentats du 11 septembre, les capitaines Bob Berben et Jean Declerq ont dû dérouter leur A330 vers le Canada. Faute de restauration à l'aéroport, ils ont acheté pizzas, sandwichs et boissons pour leurs passagers dans un grand magasin local. Ils attendent toujours le remboursement de leur facture VISA.
L'ouvrage aborde non seulement les compagnies aériennes, mais aussi les aéroports. En 2001, l'aéroport de Charleroi menait une existence quelque peu obscure, tandis que celui de Bruxelles-National atteignait un pic record en termes de trafic passagers. Aujourd'hui, Charleroi peut à juste titre se targuer d'être un concurrent majeur de l'aéroport de Bruxelles-National. Les Belges ont appris à voyager à moindre coût à Charleroi grâce à Ryanair. Liège, en revanche, a obtenu d'excellents résultats en matière de trafic de fret. Plusieurs exemples illustrent le contraste saisissant entre la politique aérienne résolue du gouvernement wallon et le manque de vision de la Flandre. Bien entendu, les auteurs n'ignorent pas la délocalisation d'EAT et de la société de messagerie DHL à Leipzig, et accordent une attention particulière à Belgocontrol et aux sociétés de manutention.
Plutôt que de considérer le 7 novembre 2001 comme un point final, les auteurs marquent cette date comme le début d'une nouvelle culture aéronautique belge. Un exemple novateur de cette nouvelle culture aéronautique se trouve, par exemple, chez Thomas Cook Belgique, qui a lancé son activité le 13 mars 2002 avec cinq Airbus.
Dans les annexes de l'ouvrage, on retrouve une chronologie des années 1991-2011 et des copies de divers documents qui ont changé le visage de l'aviation belge, comme des lettres de l'Accord Hôtelier.
L'objectif des trois auteurs était de donner à leurs lecteurs un aperçu plus approfondi des turbulences de l'aviation belge. Ils y sont parvenus avec brio. Dans ma bibliothèque, « Turbulent Times » a sa place aux côtés de « La Sabena, des origines au crash » de Guy Vanthemsche. Une recherche et une lecture d'une telle qualité méritent une place de choix.
Turbulent Times (19,95 euros), Editions Van Halewyck-Leuven, disponible dans toutes les librairies.
Frans Van Humbeek


