Un dirigeable explose au-dessus de Gand

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Gand, le 23 septembre 2011. Frederik Vanderstraeten et Piet Dhanens décrivent dans un livre récemment publié l'accident du LZ 37, le dirigeable abattu par le pilote britannique Reginald Warneford dans la nuit du 6 au 7 juin 1915 et qui s'est écrasé à Sint-Amandsberg.

Frederik Vanderstraeten est responsable de la section Sint-Amandsberg au Centre de documentation d'histoire régionale Maurits Gyseling. Il est fasciné par le LZ 37 et la tragédie de Sint-Amandsberg depuis 1975. Piet Dhanens, originaire de Gand, se spécialise principalement dans l'histoire de l'aviation gantoise et a publié notamment « Un siècle d'aviation au-dessus de Gand ». Les deux auteurs ont compilé leurs recherches sur le LZ 37. Ils ont contribué à l'émission « Publiek Geheim » (Secret public) sur Canvas, consacrée à l'aérodrome de Gontrode et au zeppelin LZ 37. L'intérêt du public pour l'accident du LZ 37 n'a cessé de croître. Lorsque l'Agence du Patrimoine de Gand a sollicité leur collaboration lors de la Journée des Monuments Ouverts de septembre 2011, sur le thème « Conflit », ils ont eu l'idée d'intégrer l'histoire du LZ 37 dans un livre. Le résultat fut une publication remarquable.

Roger Poelman, président de la société d'histoire locale « De Oost-Oudburg », écrit dans sa préface que les habitants de Sint-Amandsberg ont confondu la vérité et la fiction. Cela n'est guère surprenant, compte tenu de la censure imposée par les forces d'occupation après l'accident du LZ 37. Une fois les secours intervenus, aucun spectateur n'était le bienvenu et la dépouille fut marquée comme « dirigeable français » et expédiée en Allemagne. Les journaux locaux reçurent l'ordre de diffuser des communiqués de presse rédigés pour eux par les forces d'occupation. Les Allemands, bien sûr, souhaitaient préserver à tout prix l'inviolabilité de leur flotte de zeppelins. Il est indéniable que les deux auteurs, grâce à leur étude critique des témoignages locaux et des sources internationales, ont réussi à distinguer la vérité de la fiction.

Le sous-lieutenant Warneford avait décollé d'une base aérienne avancée près de Furnes. Il largua ses grenades au-dessus du dirigeable, mais seule la dernière atteignit sa cible. Reginald Warneford reçut la Croix de Victoria pour avoir abattu le zeppelin. Le bilan fut lourd, et l'histoire continue d'émouvoir. Ce fut un week-end triste pour les défenseurs du zeppelin ; la même nuit, le LZ 38 fut également détruit dans son hangar à Evere.

Frederik et Piet décrivent les dernières secondes du LZ 37 avec une grande précision et clarté. Une religieuse et une fillette de neuf ans ont péri dans le couvent de la Visitation Notre-Dame, là où le dirigeable s'est écrasé. Les témoignages écrits, notamment ceux des pompiers et des religieuses, constituent la base de l'enquête. Nous en apprenons davantage sur les victimes civiles, mais aussi sur les huit membres d'équipage qui ont perdu la vie et sur le timonier survivant. Nous recevons des informations sur les inhumations des défunts et, bien sûr, le monument Zeppelin du cimetière occidental de Gand reçoit l'attention nécessaire. Des questions importantes trouvent des réponses : comment a-t-il été créé, qui y est encore enterré, à qui appartient-il, etc.

Le monument à l'équipage tombé du LZ 37 au cimetière occidental de Gand.
(Photo Paul Van Caesbroeck)

Plusieurs histoires ayant circulé auparavant ont été réfutées par les auteurs. Warneford avait survécu indemne à l'aventure et avait dû effectuer son premier atterrissage d'urgence à Saint-Idesbald avec son Morane-Saulnier L, et non au Cap Griz-Nez comme il le prétendait lui-même. Dans son rapport, Warneford décrit comment il a réussi à réparer les dommages causés à son avion et à décoller sans assistance. Dans les archives municipales de Saint-Amandsberg, les auteurs ont retrouvé la déclaration manuscrite d'un agriculteur affirmant avoir aidé Warneford à démarrer l'avion.

En Angleterre, le pilote fut salué comme un héros. « Reggie » ne savoura pas longtemps sa victoire. De retour en France, il périt le 17 juin 1915, aux commandes d'un Farman HF 27 flambant neuf, à peine une semaine et demie après sa glorieuse victoire à bord du dirigeable.

Le chapitre sur les photos truquées est remarquable, comme la photo douteuse de la prétendue rencontre de Warneford avec la reine Élisabeth à Saint-Idesbald. Une photo du crash d'un autre zeppelin a été utilisée pour créer un montage sur l'accident du LZ 37. Photoshop avant le termeLes visites des auteurs aux tombes de Warneford (cimetière de Brompton) et des membres de l'équipage allemand (cimetière militaire allemand de Vladslo et cimetière occidental de Gand) complètent le récit.

Les auteurs ne se limitent pas au crash du LZ 37. Ils consacrent une attention particulière à l'essor et au déclin des dirigeables, à la biographie de Reginald Warneford, à la construction d'une réplique du Morane-Saulnier L au Vrije Technisch Instituut (VTI) d'Ypres, à l'aérodrome de Gontrode, etc. Les retrouvailles avec les descendants des membres de l'équipage du LZ 37 sont également soulignées à juste titre. La plaque commémorative de Sint-Amandsberg, sur un mur du monastère de la Visitation, est examinée, et divers rapports sont inclus dans l'ouvrage, illustrés, entre autres, de photographies de petits fragments préservés du dirigeable. D'importants documents manuscrits et cartes illustrent l'ouvrage.

« Un dirigeable explose au-dessus de Gand (Sint-Amandsberg) » de Frederik Vanderstraeten et Piet Dhanens est un ouvrage auto-édité par la société d'histoire locale « De Oost-Oudburg ». Impression numérique, noir et blanc, 176 pages. Prix : 15 € + 5 € de frais de port. Fortement recommandé. Commandes et informations : vanderstraeten.fr@telenet.be

Frans Van Humbeek

Photo de Frans Van Humbeek

Frans Van Humbeek

Frans est rédacteur en chef de Hangar Flying. Journaliste aéronautique indépendant, il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'aviation. Il s'efforce d'aborder presque toutes les facettes de l'aviation belge, mais sa passion réside principalement dans le patrimoine aéronautique et l'histoire des aérodromes belges. Au sein de la rédaction de Hangar Flying, il met également à jour www.aviationheritage.eu.