Le musée Dornier est au top

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Bade-Wurtemberg (Allemagne), 17 août 2011. Nicolas Flosbach et Susi Mikulic inondent le musée Dornier de Friedrichshafen de lumière pour le photographe Jan Vanhulle, un spectacle créé par l'artiste lumière américain James Turrell. C'est aussi beau que la Saint-Jean, le feu de la Saint-Elme, ou un coup de soleil et des vents solaires. C'est presque plus beau que les avions qui ont élu domicile dans ce musée : ceux de Claudius Dornier.

Claudius Dornier. L'inconnu est mal-aimé, ce qui est tout à fait injuste, bien sûr.

Dornier, un constructeur aéronautique

Claude Dornier, Bavarois de naissance (1884-1969), entra chez Zeppelin après ses études d'ingénieur. Son intérêt se portait non seulement sur les dirigeables, mais aussi, et peut-être surtout, sur les hydravions. Après la Première Guerre mondiale, Dornier construisit un hydravion à douze moteurs (2x6) sous le nom de Do-X, le Wal, équipé de moteurs Siemens (550 ch), puis Curtiss (615 ch). Le Wal pouvait alors accueillir 100 passagers, une première à l'époque. En 1929, 169 personnes embarquèrent, faisant du Wal l'un des trois plus grands hydravions au monde (avec le Saro Princess et le Spruce Goose).

La société d'aviation Dornier, fondée en 1922, exploite toujours des hydravions à coque, mais a depuis construit de nombreux avions terrestres remarquables qui ont volé en Belgique ou sont toujours en service. L'entreprise a survécu grâce à la production sous licence du F-104, du Bell 205 et de l'A300 jusqu'à son absorption par le groupe Daimler-Benz en 1985 et sa vente en 1996 à l'américain Fairchild, qui recherchait une expertise pour la construction d'un avion de ligne de petite et moyenne taille, le Do-328 (528/728/928), équipé d'hélices et principalement de réacteurs.

Un peu trop de Dornier en Belgique : Do-27
7 octobre 1960. Les trois premiers appareils commandés par la Force aérienne légère de l'armée belge auprès de l'avion allemand Dornier atterrissent à Brasschaat. Les pilotes sont Depermentier, Jeangette et Arnhem. L'avion de liaison monomoteur, capable de décollage et d'atterrissage extrêmement courts (ADAC), est un Do 27-J2. Les Belges en ont commandé douze. Six sont stationnés au sein du 16e Escadron LtAvn à Butzweilerhof, en Belgique ; les six autres sont basés à Brasschaat. En mars 1977, après 17 ans, ces Dornier sont retirés du service.

Les enfants apprennent à aimer les avions en jouant. Ici, descendez en glissade depuis une réplique d'un Do-27.

Un peu trop de Dassault et pas assez de Dornier en Belgique : A-Jet

La Force aérienne belge commande 33 Alfa Jet franco-allemands à Dassault-Dornier. Le choix se porte toutefois sur la version E française, assemblée par Sabca sous le nom d'Alpha Jet 1B (1978-1980), puis d'Alpha Jet JB+ (2000). Les A-Jets devraient rester en service en Belgique jusqu'en 2015.

Quel beau jet c'est.

Un petit Dornier en Belgique : Do-328

Une autre brève apparition en Belgique fut celle de la compagnie aérienne régionale Welcome Air du Tyrol, en Autriche, qui exploita des vols de ski entre Deurne et Innsbruck dans un Fairchild-Dornier Do-328 en 2002 et à nouveau en 2007. Le Dornier 328 exploité par Welcome Air avait 32 sièges.

Triste mais belle fin...
Fairchild-Dornier nourrissait des projets ambitieux pour le Do-328 et a même obtenu la signature de Lufthansa comme client de lancement pour les Do-728/928. En 2002, le conte de fées prit fin. Le prototype du Do-328 de 1998, D-BEJR, immatriculé 3021, est aujourd'hui abandonné au magnifique musée Dornier, inauguré en 2009, juste à côté de l'aéroport local d'EDNY.

Pas un début, mais une très belle fin pour un beau conte de fées : le Do-328 JET.

 …dans un musée

Le musée Dornier de Friedrichshafen est situé dans une région qui respire l'aviation. Une visite s'impose, notamment pour son ambiance merveilleuse et son atmosphère paisible, idéale pour une croisière sur le lac de Constance, partagé entre Allemands, Suisses et Autrichiens.

« Tout le monde peut être un pionnier » est le message central du musée, situé directement à l’aéroport, dont le bâtiment permet aux visiteurs de découvrir 100 années passionnantes d’aviation et de voyages spatiaux.

Le bâtiment ressemble à un hangar, et c'en est un, mais un immense hangar de 5.000 2 m² abritant plus de 400 maquettes, dont douze Dornier originaux. On y trouve également une réplique complète du Dornier Mercur de 1925.

Les visiteurs du musée sont accueillis dans le hall par de célèbres pionniers de l'aviation.

Les visiteurs du musée sont accueillis dans le hall par de célèbres pionniers de l'aviation, dont Léonard de Vinci. Un escalier mène ensuite les visiteurs à la boîte de musée Là, un montage vidéo d'images du passé et du présent est diffusé. Plus grandiose que jamais, et magnifique, magnifique, exceptionnellement beau. Il laisse le visiteur sans voix. Plusieurs salles se succèdent, présentant les nombreuses créations de Claude Dornier, progressiste et visionnaire pour son époque. C'est incroyable ce que cet homme a accompli, et à notre grande honte, l'œuvre de cet Allemand nous est quasiment inconnue et donc mal-aimée, car, regardez : la Catalina ne ressemble-t-elle pas étrangement à l'une de ses nombreuses créations ?

Le musée explore chaque époque en profondeur, y compris la Seconde Guerre mondiale et sa production massive de bombardiers qui ont survolé Londres. On y trouve notamment le Do-335, l'avion à hélice le plus rapide de tous les temps. En tant que visiteurs, nous sommes également témoins des conséquences désastreuses des bombardements alliés, un fléau pour la société Dornier, ses employés et la population en général. Nous assistons ensuite à la renaissance de l'entreprise avec ses métiers à tisser ultramodernes, son broyeur de calculs rénaux, sa participation aux voyages spatiaux et l'exposition de sept sondes spatiales au musée. Ce sont des copies conformes de celles qui ont volé dans l'espace ; apparemment, ils en font toujours des copies… et puis, enfin, les développements militaires qui connaissent un nouvel essor…

Il y a quatre-vingts ans, le Do-X Wal était le premier avion long-courrier à traverser l'océan Atlantique.

L'exposition temporaire sur le Do-X

Il y a quatre-vingts ans, le Do-X était le premier à voler transporteur long-courrier De l'autre côté de l'Atlantique. Le mastodonte, initialement doté de 66 places, conçu par Claude Dornier et construit à Altenrhein, inaugura une nouvelle ère du transport aérien international le 5 novembre 1930 : le Do-X s'embarqua pour un vol vers le Nouveau Monde. L'exposition temporaire met en lumière la technologie, le développement et l'histoire du Do-X dans les années 1930. On y retrouve de nombreux souvenirs de ces vols, du livre d'or et de magnifiques porcelaines aux témoignages sur le parcours difficile de ces hydravions géants. Pour la première fois, les équipages portaient également des uniformes bleus, comme on en voit encore aujourd'hui dans toutes les compagnies aériennes. Et puis ces photos, toutes ces photos… en tant que photographe, on ne peut que rêver d'avoir été témoin d'une telle époque, et tout cela encore en noir et blanc et d'une qualité exceptionnelle. Oui, c'étaient assurément des professionnels, nos ancêtres, à tous égards !

À cette époque, l’interdiction de fumer dans les salons n’était pas encore un problème…

Qui vaut la peine d'être visité

Le magnifique musée Dornier (http://www.dorniermuseum.de) est vivement recommandé. N'oubliez pas de passer la nuit à proximité – un hôtel IBIS est accessible à pied – car l'artiste lumière américain James Turrell a transformé le bâtiment du musée, créant un formidable jeu de lumière. Ce résultat a été vérifié à nouveau cet après-midi afin qu'à la tombée de la nuit (et à l'aube), le soussigné puisse photographier le spectacle de manière optimale pour Hangar Flying, ce dont nous vous remercions.

Le jeu de lumière de James Turrell dans un photomontage digne d'une carte postale touristique.

Texte et photos : Jan Vanhulle

 

Photo de l'auteur invité

Auteur invité

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