Quatrième déménagement pour l'Aéro-Club de Hesbaye ?

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Avernas, le 2 avril 2011. Lors d'une des premières journées d'été de l'année, Hangar Flying a visité l'aérodrome ULM d'Avernas-le-Bauduin (EBAV), une base idéale pour des vols au-dessus des vergers de Hesbaye.

Voler sans être dérangé
Avernas, dans la province de Liège, est une sous-commune de Hannut et se situe à la frontière des régions flamande et wallonne. L'aéroport est entouré de vastes champs. Un tumulus protégé se dresse au bord des rues de la Tombe et de Wamont, les rues qui mènent à l'aéroport à travers les champs. Aucun bâtiment n'est visible dans les environs immédiats. Ce doit être l'endroit idéal pour des décennies de vol sans perturbation. Ou pas ?
Avec ses 235 mètres de long, la piste 05/23 est probablement la plus courte de Belgique. Le seuil de la piste 23 se trouve en territoire flamand. Comme les avions y atterrissent généralement, ce terrain est également reconnu comme aérodrome par la Flandre, ce qui implique l'obtention des permis nécessaires en Flandre et en Wallonie. Naturellement, cela crée une situation kafkaïenne.

Le hangar bien approvisionné de l'Aéro-Club de Hesbaye.

Clubs et éducation
L'Aéro-Club de Hesbaye ASBL (www.aero-hesbaye.be) loue le terrain de l'aérodrome et y possède un hangar abritant une vingtaine d'ULM et de DPM. Le hangar est donc surchargé. Il y a une liste d'attente permanente pour les pilotes souhaitant y entreposer leurs appareils. Un deuxième hangar appartient à l'association de propriétaires Aviastock ASBL. Celui-ci abrite également une seize avions, plus spacieux et donc plus faciles à sortir. Nous avons constaté qu'aucun des deux hangars n'a de sol en béton. Une bâche en plastique recouvre la terre compactée. Conformément à la réglementation wallonne, le site doit pouvoir être rapidement remis en état si nécessaire.
L'aérodrome abrite également l'école de pilotage Avernas (www.ebav.be). Philippe Hendrickx (chef instructeur) et Christophe Theunis (instructeur et commandant d'aérodrome) dispensent également des formations ULM à l'aérodrome de Saint-Trond. Delta Trikes Aviation (DTA) est un constructeur français de DPM dont les avions et les ailes sont importés sur le marché belge exclusivement par l'école de pilotage Avernas.

Christophe Theunis (à gauche) et Philippe Hendrickx. Derrière Christophe se trouve le Tecnam P92 Echo Classic OO-G64, qui atteint la même vitesse de croisière qu'un Cessna 150 (105 nœuds). À l'arrière droit se trouve le Fly Synthesis Storch High Speed ​​OO-G98. Avec une autonomie d'environ 1 200 kilomètres, le Tecnam est idéal pour des vols de navigation fluides, tandis que le Storch est un avion plus agile.

Instructeur Christophe Theunis : « De plus en plus de pilotes DPM et PPL optent pour l'ULM. Ces ULM sont de plus en plus performants. Côté motorisation, on privilégie désormais les moteurs quatre temps, plus économes en carburant. Un moteur deux temps consomme environ 15 litres et son temps de vol entre révisions (TBO) est de 350 heures. À l'inverse, un moteur quatre temps consomme environ 12 litres et son TBO est d'environ 2 000 heures. »

À gauche, le Microbel TD 1+1 (OO-A26) et à droite, un Combo de pointe. Ils illustrent clairement l'évolution des DPM.

Avernas privilégie les pilotes titulaires d'une licence belge, notamment pour garantir leur conformité à la réglementation belge. L'entretien de l'aérodrome est assuré par des bénévoles. On aperçoit quelques techniciens ULM travailler sur leurs appareils dans les hangars. Environ deux tiers des pilotes sont flamands.

Visite italienne
Alors que nous profitions des ULM sur la terrasse de la cafétéria, qui, malgré un fort vent latéral, ont atterri sans encombre sur la courte piste, nous avons été agréablement surpris par l'atterrissage de Karim Mousny à bord de son CH-7 Kompress. Karim est le représentant commercial pour le Benelux de cet hélicoptère ULM aux lignes aérodynamiques remarquables. Le port d'attache de cet hélicoptère immatriculé en Italie (I-A351) est Maillen. De Namur, il faut compter cinq heures de vol pour rejoindre Asti, près de Turin, où l'hélicoptère a été conçu et construit. Le CH-7 est équipé d'un moteur Rotax, d'une capacité maximale de 64 litres de carburant et d'une consommation de carburant comprise entre 17 et 21 litres.

Arrivée de Karim Mousny dans son hélicoptère ULM CH-7 Kompress (www.kompress.be)

Historique
Selon l'Aéro-club de Hesbaye, leur premier aérodrome ULM fut créé lorsqu'Arthur Moureau et son ami Daniel Matagne commencèrent à chercher un terrain approprié près de Waremme durant l'hiver 1982-1983. Un troisième passionné d'aviation les rejoignit, Armand Rocour d'Amay, cinéaste avec plus de 4 000 heures de vol à son actif. Grâce au baron d'Otreppe, pilote de ligne à la retraite, un agriculteur des Waleffes fut convaincu de leur louer un terrain de 50 mètres sur 300. Le site des Waleffes, à une dizaine de kilomètres au sud de Waremme, devint l'un des premiers aérodromes ULM belges. L'Aéro-club de Hesbaye fut fondé au domicile d'Arthur Moureau pour gérer l'aérodrome. Les premiers vols eurent lieu en juillet 1983. Après avoir organisé avec succès des séances d'entraînement, des désaccords surgirent avec le propriétaire foncier fin 1984, obligeant le club à chercher un autre emplacement. Un site sur le domaine d'Avernas est devenu opérationnel au printemps 1986. Le premier hangar et la cafétéria y ont ensuite été construits.
Fin 1987, le golf d'Avernas fut construit. Une fois de plus, le propriétaire refusa de renouveler le bail. Le hangar fut démoli puis reconstruit 700 mètres plus loin, et une troisième pelouse fut posée. L'aérodrome ULM actuel d'Avernas-le-Bauduin connaît un grand succès ; le nombre de ses adhérents et de ses appareils a considérablement augmenté récemment. Mais cela ne signifie certainement pas que ce troisième déménagement fut le dernier.

Moulins à vent
L'Aéro-Club de Hesbaye est situé sur le tracé de 14 des 29 éoliennes prévues le long de l'autoroute E40 à Landen, Hannut et Hélécine. Cependant, l'Aéro-Club est disposé à déménager pour rendre ce projet éolien possible et ainsi contribuer significativement à l'essor des énergies vertes. L'aéroport, en collaboration avec Greensky, filiale d'Electrabel, et la ville de Landen, ont tenté de parvenir à un accord qui servirait les intérêts des deux parties : un parc éolien le long de l'E40 et la poursuite de l'activité aérienne à proximité. L'Aéro-Club de Hesbaye réclame naturellement une juste compensation pour ce déménagement.

Ce parking pour avions appartient à l'association des propriétaires Aviastock.

Filip Lowette, secrétaire de l'Aéro-Club de Hesbaye, est convaincu que son aérodrome est en parfaite conformité avec la réglementation en vigueur. Filip Lowette : « Nous avons dû faire appel à plusieurs reprises, car notre activité aérienne a été jugée illégale à tort par Greensky, la ville de Landen et la province du Brabant flamand (contre l'avis de sa propre commission environnementale). Heureusement, le 14 mars, notre légalité a finalement été reconnue et confirmée par le gouvernement provincial du Brabant flamand. En effet, notre aéroclub dispose de tous les permis requis depuis 1988. Nous exerçons nos activités depuis plus de 20 ans sans la moindre plainte. La Direction générale de l'aviation civile sait également que nous respectons scrupuleusement les conditions d'exploitation qu'elle impose. »
Filip Lowette est favorable aux éoliennes, mais le club doit recevoir une compensation équitable pour la relocalisation de ses activités. Lowette : « Nous ne sommes pas contre l’énergie verte, bien au contraire. Notre aéroclub souhaite collaborer avec les gouvernements wallon et flamand pour concrétiser ce projet. Un nouvel emplacement pour notre aérodrome est déjà prévu, ainsi qu’un accord entre la commune concernée et la Direction générale de l’Aviation civile. Heureusement, nous avons trouvé une bonne alternative à proximité, en Wallonie ; en Flandre, une telle solution est pratiquement impossible à trouver. » Plusieurs pilotes d’ULM rencontrés à Avernas n’étaient pas non plus opposés à la relocalisation de leurs activités. L’un d’eux nous a confié : « Je ne suis absolument pas contre un changement d’emplacement. On pourrait peut-être y allonger légèrement la piste. Mais avant de déménager, tous les accords doivent être clairement écrits, notamment en ce qui concerne la compensation financière. Je ne me fie pas trop aux promesses. »
Attendons donc de voir ce que l’avenir réserve à ce club enthousiaste et à son aéroport.

L'aéroport d'Avernas est ouvert tous les jours du lever au coucher du soleil. Des vols VFR et PPR sont disponibles, la fréquence recommandée étant 123.425 MHz. Les vols d'initiation sont généralement sur rendez-vous. Conseil pour un survol de la région fruitière : www.jestreekvanuitdelucht.be

Frans Van Humbeek
Photos : Paul Van Caesbroeck
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Google Maps: http://maps.google.be/maps?f=q&source=s_q&hl=nl&q=Rue+de+Wamont&aq=&sll=50.458399,3.818457&sspn=0.005382,0.015407&ie=UTF8&geocode=FXWzBQMdUVhNAA&split=0&hq=&hnear=Rue+de+Wamont&ll=50.706188,5.069804&spn=0.002847,0.007703&t=h&z=17

Photo de Frans Van Humbeek

Frans Van Humbeek

Frans est rédacteur en chef de Hangar Flying. Journaliste aéronautique indépendant, il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'aviation. Il s'efforce d'aborder presque toutes les facettes de l'aviation belge, mais sa passion réside principalement dans le patrimoine aéronautique et l'histoire des aérodromes belges. Au sein de la rédaction de Hangar Flying, il met également à jour www.aviationheritage.eu.