Un « Pou » restauré ?

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Bruges, le 8 novembre 2010. Dans le calme des vacances d'automne, je sonne à la porte du relieur Ivan Devolder. J'ai avec moi un livre qui, malheureusement, est presque complètement en ruine. Il date de 1934 et a besoin d'une restauration urgente. Intitulé « Le Sport de l'Air », il a été écrit par le Français Henri Mignet (né en 1893 – décédé en 1967). C'est un classique pour les passionnés d'aviation et très recherché par les antiquaires… il mériterait une restauration coûteuse.

Le Flying Flea plus récent est très loin du HM-14 original mais ne renie en aucun cas les principes fondateurs de Mignet.

Les lecteurs de Hangar Flying se souviendront des deux articles consacrés au Pou du Ciel dans la newsletter d'octobre 2010. Le regain d'intérêt pour Mignet est en effet à l'ordre du jour, et aujourd'hui, l'un d'eux se dresse, étincelant, dans un hangar de l'aérodrome de Moorsele.

Ou si moi, … si mon permis de vol n’avait pas expiré depuis longtemps, je voudrais piloter ce Pou ?

Mignet a toujours été un homme controversé. On raconte qu'il aurait inventé son « pou du ciel » parce qu'il ne maîtrisait pas parfaitement la technique du pilotage sur trois axes. Il est généralement admis que son premier avion Pou, en 1933, était un véritable kamikaze, car le profil de l'aile était incorrect et les règles de centrage (centre de gravité) avaient été bafouées.

Dans les années 1930, l'aviation n'était pas une science exacte. Mignet suivit également la voie de essai et erreurLes configurations qu'il testa et fit voler furent le HM-6 à moteur arrière, suivi des HM-11, HM-12, HM-13, et enfin le HM-14, qui deviendrait le Pou ultime. Le HM-14 effectua son premier vol le 10 septembre 1933, avec Mignet aux commandes. Mignet construisit l'appareil en un mois seulement avant de l'exposer au 14e Salon du Bourget à Paris. Cet avion monoplace était propulsé par un moteur Aubier & Dunne bicylindre refroidi par air de 14,9 kW et atteignait une vitesse de pointe de près de 100 km/h. Il lui fallait vingt minutes pour franchir un kilomètre en ascension et atterrir à seulement 30 km/h au retour !

Des dizaines de Pou seront construits par des passionnés d'aviation selon les instructions du célèbre livre de Mignet : « Le Sport de l'Air » de 1934. Ce livre pour construire son propre avion, manuel le plus complet jamais écrit sur le sujet, sera édité par Mignet à chaque nouvelle édition. affiner Mais la perfection ne sera jamais totale. Le livre révèle la passion, mais aussi le bouleversement, dont Mignet a fait preuve en concevant et en pilotant son avion.

Le livre est devenu un objet de collection dans sa version originale et peut toujours être commandé à l'Imprimerie Gatignol à Royan, France (tél. +32 5 46 05 05 42).

Le Pou du Ciel est une machine complexe. Pour Mignet, il était primordial qu'un avion ne perde pas de portance. Pour ce faire, il opta pour deux ailes en tandem. L'aile avant avait une envergure de six à neuf mètres, tandis que l'aile arrière mesurait cinq mètres. Cet avion, sans ailerons, ne décrochait pas, mais planait simplement à un angle d'environ 45° à une vitesse de 4 m/s jusqu'à ce qu'il retrouve son élan aérodynamique. Tout cela à quelques centaines de mètres d'altitude.

Mais juste avant la Seconde Guerre mondiale, après une série d'accidents mortels, le gouvernement français décida d'interdire le vol du Pou de Mignet. Cela mit fin à l'engouement initial pour la centaine d'avions de construction artisanale d'Henri Mignet. Cette décision coïncida avec le fait que, malgré la récente interdiction civile, l'armée française commanda douze Pou Maquis HM280 à ailes repliables.

Le caractère infatigable de Mignet l'amena aux États-Unis avant même le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, où il fonda American Mignet Aircraft pour commercialiser le HM-14, doté d'une stabilité intrinsèque et de commandes rudimentaires. Ce modèle fut suivi par le HM-20, puis par extension par le HM-280, ses successeurs les HM-290 et HM-293. De retour en France, Mignet se rendit ensuite en Argentine. À court d'argent, il poursuivit son voyage au Brésil où, en 1953, il conçut le biplace HM-310 Estafette, qui, cependant, ne pouvait plus concurrencer les avions de Piper, Cessna et Beech qui inondaient alors le marché de l'aviation privée.

Remarquez l'aile avant et après. Elle est soulevée et abaissée par des tiges situées avant et après les flancs du fuselage. L'aile arrière est fixe et bien en avant de la gouverne de direction.

Le tempérament infatigable du Français le conduisit au Japon et au Maroc, où il conçut respectivement le HM-330 Cerises de Fleurs, le monoplace HM-310 et le biplace HM-350. Plus tard, de retour en France, apparurent le HM-360 (monoplace) et le HM-380 (biplace), toujours destinés aux constructeurs aéronautiques amateurs.

Mignet était un homme véritablement déterminé mais aussi tragique, souvent frappé par le destin, comme ce jour de la Seconde Guerre mondiale où la Résistance française a tiré à tort sur sa femme.

L'admiration pour le travail de Mignet se manifeste par ses nombreux imitateurs. En France, Émilien Croses inventa l'Airplume, un HM-14 à tuyères. Croses concevra également sa propre gamme de plumes aériennes, dont l'EC-6.

Les Pou du Ciel encore construits aujourd'hui par des amateurs en classe ULM/VLA sont les HM-360/380, dont les plans sont disponibles pour 100 € auprès de Pierre Mignet (+32 5 46 93 20 72). L'autre appareil populaire est le HM-293, dont la construction peut coûter 3 000 € selon le moteur choisi, et dont environ quatre cents exemplaires volent actuellement dans le monde.

Il existe également un Pou du Ciel sur l'aérodrome en herbe de Moorsele, mais l'avion n'est pas (encore) piloté car le certificat de navigabilité n'a pas encore été délivré.

Si seulement ce Pou du Ciel de l'aérodrome en herbe de Moorsele pouvait bientôt prendre son envol.

Henri Mignet est resté une figure controversée de l'histoire de l'aviation, notamment pour son invention d'avions non sustentables. Mais Mignet fut aussi le fondateur d'un mouvement qui allait connaître un grand succès : le RSA (Réseau du Sport de l'Air) français, qui ouvrit la voie à la PFA britannique et à l'EAA américaine. Ce monde de constructeurs amateurs américains n'a-t-il pas donné naissance à un géant comme Burt Rutan ?

Guido Bouckaert
Photos : Jan Vanhulle

Photo de Guido Bouckaert

Guido Bouckaert

Guido, ancien pilote PPL ayant piloté plus de 120 avions pour des reportages et huit types d'avions en tant que commandant de bord, est le plus jeune vétéran du journalisme aéronautique flamand. Ses articles sont publiés dans le monde entier, dans la presse écrite et numérique. Ancien membre du comité de rédaction, Guido écrit aujourd'hui comme auteur invité.